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Tout le monde doit s’y mettre
PHOTO - ENQ HLM14.eps - © eric saillet

Tout le monde doit s’y mettre

F. V. |  le 18/09/2008  |  LogementsTechniqueEnvironnement

Quelques organismes sont partis en éclaireur sur le développement durable. Mais, avec le Grenelle de l’environnement, il devient l’affaire de tous, des organismes, de leurs personnels mais également des habitants.

Dès 2001, Michel Delebarre, président de l’Union sociale pour l’habitat, avait retenu le développement durable comme thème du congrès de Toulouse. Mis en sommeil, le sujet est réactivé depuis trois ans. A Bordeaux, en 2006, la commission Développement durable a d’ailleurs apporté une grosse contribution où il était abordé dans toutes ses dimensions : équité sociale, préservation de l’environnement, efficacité économique et management de la démarche.

En 2007, alors que le Grenelle de l’environnement se cherchait encore, le mouvement HLM a pris la décision politique de recentrer le débat sur l’énergie. Est sorti alors le projet de remettre à niveau les 800 000 HLM « passoires » – les plus énergivores – dont les performances devaient être améliorées de 25 %. Idée reprise et élargie ensuite par le Grenelle, qui fixe de tomber à moins de 150 kWh/m2.an dans le parc existant et impose la BBC en 2012 dans le neuf. Le développement durable, dont se préoccupaient quelques organismes pionniers, devient l’affaire de tous. D’ailleurs, au quotidien, les initiatives foisonnent.

Politique Une démarche empreinte de réalisme

Il ne faut pas se voiler la face : la motivation première des HLM en matière de développement durable est de maîtriser la quittance des habitants, à savoir le couple loyer charges, ces dernières étant mal couvertes par l’APL. D’où leur intérêt croissant pour les économies d’énergie et d’eau.

Dans le parc social, le poste chauffage et eau chaude sanitaire représente, selon les derniers chiffres connus – hélas bien antérieurs à la nouvelle crise énergétique –, 44 % des charges. Et l’eau 19 %. La flambée des énergies fossiles et le renchérissement de l’eau sont donc particulièrement préoccupants.

Certes, les HLM ont coutume de se réjouir de voir leurs 4,3 millions de logements afficher une consommation énergétique inférieure de 30 % à la moyenne du parc français. Mais les organismes, qui s’étaient convertis massivement au gaz après le premier choc pétrolier, sont pris à contre-pied par l’envolée de son prix.

Si quelques-uns se sont lancés dans les énergies renouvelables, le mouvement dans son ensemble fait preuve d’une grande prudence dans sa manière d’aborder le sujet. « Il faut aller au-delà du kWh économisé et, quand on parle de la quittance, intégrer les coûts de maintenance », plaide Raphaël Besozzi, en charge de la prescription technique et du développement durable à l’Union sociale pour l’habitat (USH). Car, si les économies d’énergie sont annulées par une hausse des coûts de maintenance, on ne voit pas l’intérêt de la démarche.

Quelques retours d’expérience sont parfois douloureux dans des organismes aussi sérieux que l’Opac 38 ou l’Opac de Paris. Pour le solaire, par exemple, l’Opac de Paris reconnaît que le rendement des 1 500 m2 de panneaux posés depuis plus de trois ans sont plus faibles que ce qui était prévu au départ (400 kWh/m2.an contre 500), que les coûts de maintenance sont élevés – « les entreprises ont tendance à marger », reconnaît Emmanuel Tual, directeur de l’économie et du développement durable à l’Opac de Paris – et que les prix augmentent : ils sont passés de 1 000 euros/m2 à 1 500… Quant à la fameuse pile à combustible, elle est tombée en panne. Autre exemple, le Foyer Rémois estime que les performances des panneaux solaires ne sont pas probantes sur l’eau chaude sanitaire et met sous surveillance le puits canadien prévu dans un bâtiment passif à la cité-jardin du petit Bétheny.

environnement A l’école du développement durable

Mais les HLM courent un risque s’ils n’apportent qu’une réponse technique à la question du développement durable. Car, plus encore peut-être que dans le parc privé, se pose la question du comportement des habitants. Le sujet est récurrent – et ancien – sur l’eau : faute d’entretien, les fuites non réparées font grimper les consommations. On le retrouve sur la question énergétique de manière lancinante : « On parle de développement durable mais si on ne travaille pas sur le comportement des gens et qu’ils laissent leurs fenêtres ouvertes en plein hiver, ça ne sert à rien », explique-t-on à l’USH.

Francis Déplace, directeur de l’association Delphis, redoute pour sa part un problème dans les constructions passives : « On atteint les limites comportementales. Les Italiens et les Allemands ont maîtrisé la question de malfaçons mais ils se heurtent au comportement des habitants, qui est différent de celui prévu par les ingénieurs », raconte-t-il, ajoutant : « Il va falloir apprendre aux personnels à faire de la pédagogie vis-à-vis des locataires. »

Livrets écohabitants, kits du locataire ou écocitoyens pour les salariés, plaquettes… les organismes multiplient les initiatives auprès des habitants. Ils le faisaient déjà depuis longtemps, par exemple avec EDF sur le chauffage individuel. Un gros travail a été mené, aussi, sur les déchets.

Certains organismes travaillent avec des associations de femmes. Adoptant une approche plus large, d’autres créent des appartements témoins, en s’appuyant éventuellement sur les CAF et des associations de consommateurs. Mais, ils constatent parfois que leurs visiteurs sont plus des scolaires que des adultes…

Plus largement, les habitants peuvent être déroutés par la conception de cette nouvelle génération de logements : Habitat 62/59 explique clairement qu’ils s’adaptent mal à la l’éloignement des parkings, déplorent l’utilisation de tel ou tel matériau, voire transforment en dépotoir un bassin… Et que dire, lorsqu’on constate, comme le Foyer Rémois à la cité-jardin du Petit-Béthény, que les habitants qui consomment le plus d’énergie sont ceux qui ont reçu des bons d’achat les incitant à acheter de l’électroménager classe A... car ils se sont suréquipés ?

Sociétal La RSE, un virage culturel pour les HLM

Last but not least, la RSE, la responsabilité sociale (ou sociétale) des entreprises. Bien que venue des Etats-Unis, la problématique de la RSE paraît a priori plus naturelle pour les organismes d’HLM que pour d’autres entreprises. Pas si simple, dans la mesure où il s’agit d’articuler les problématiques sociales et environnementales, expliquait en juin Olivier Delbard, professeur à l’ESCP-EAP, lors d’un colloque organisé par Delphis sur ce thème.

Le gros danger pour les HLM est de considérer qu’ils font déjà de la RSE sans le savoir. En réalité, la RSE est une démarche encadrée qui suppose un référentiel construit et astreint les entreprises à faire du reporting. Or, qui dit reporting, dit mesure de la performance. Une logique totalement nouvelle dans le monde HLM : selon Marie-Noëlle Lienemann, présidente de la fédération des coopératives, c’est « un changement culturel » qui peut jouer le rôle de « catalyseur », donnant « du sens et de la cohérence » aux organismes.

L’exercice permet également de souder les équipes autour d’une stratégie d’entreprise, à un moment où le mouvement fait l’objet d’attaques de l’extérieur, de donner des réponses aux partenaires, de dégager des pistes d’amélioration mais aussi de s’engager sur des résultats. L’image la plus fréquemment évoquée en juin a d’ailleurs été celle de « la clé de voûte ». Elle suppose un engagement fort de la direction générale de l’entreprise, qui doit s’impliquer et faire descendre le projet à tous les échelons de la société.

L’association Delphis a construit un référentiel comprenant une soixantaine d’indicateurs, aux deux tiers en liaison avec ses adhérents européens. Une quinzaine d’organismes sont impliqués dans la démarche, dont six ont déjà rendu leur premier rapport. D’où il ressort parfois des informations surprenantes : Eric Lamoulen, directeur général du Toit Angevin, affirme ainsi avoir pris conscience du poids de l’impôt payé par son organisme (4 millions d’euros sur 24 millions de chiffre d’affaires brut). Dès septembre, Delphis va procéder à un retour d’expérience sur ces rapports et deux ESH prévoient de se faire certifier par un tiers extérieur.

D’autres organismes jouent plutôt la carte de Vigeo. L’AEL (Association Entreprises et Logement) lui a demandé d’adapter son référentiel aux HLM. Il sera testé sur quelques grandes ESH dépendant du 1 % logement, comme 3 F, Batigère et CMH. D’autres organismes, comme l’Opac de Paris, construisent leurs propres indicateurs. A noter aussi que Ciliopée Habitat, ex-Logis 47, a reçu le 20 juin un des cinq prix spéciaux européens permettant d’accéder au label européen Discerno qui lui permet d’obtenir la RSE.

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