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Tour Triangle : l'architecte Jacques Herzog face aux Parisiens
Le Pavillon de l'Arsenal présente jusqu'au 4 janvier une soixantaine de maquettes du projet Triangle. - © © Marie-Douce Albert/Le Moniteur

Tour Triangle : l'architecte Jacques Herzog face aux Parisiens

M-D.A |  le 31/10/2014  |  ArchitectureParisFrance

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Inconfortable situation que celle de Jacques Herzog ce jeudi 30 octobre, au Pavillon de l’Arsenal. L’architecte suisse y présentait l’immeuble sculptural que son agence, Herzog & De Meuron, a conçu pour la Porte de Versailles. Et ce, quelques jours seulement avant un vote décisif au conseil de Paris qui menace de provoquer le blocage du projet.

« Je ne suis pas là pour défendre le projet de la tour Triangle mais pour essayer de vous en expliquer le parti pris architectural ». D’emblée, Jacques Herzog donnait le ton, jeudi soir 30 octobre, en ouvrant sa conférence publique au Pavillon de l’Arsenal, le centre d’information sur l’architecture et l’urbanisme de la capitale. L’architecte suisse, co-fondateur de l’agence de réputation internationale Herzog & De Meuron, était, il est vrai, attendu. Dans la salle bondée, les contempteurs de ce projet de tour tertiaire de 180 mètres, prévue pour être construite à la porte de Versailles (XVe), à la frontière sud de Paris, étaient au rendez-vous. Parmi eux, on reconnaissait  des représentants associatifs du Collectif contre la Tour Triangle et de SOS Paris, mais aussi l’élu écologiste Yves Contassot qui n’a jamais caché son opposition à la grande hauteur dans la capitale. Tant et si bien qu’en préambule de la présentation de Jacques Herzog, le directeur du Pavillon de l’Arsenal, Alexandre Labasse avait tenu à rappeler que l’invité du jour était « architecte et qu’il répondait à des questions d’architecture. » Sous-entendu, là n’était ni le lieu ni le moment de s’écharper sur des questions de gestion politique parisienne.

Incertitude

Une précision non négligeable dans le contexte d’incertitude qui règne ces jours-ci autour du projet porté par Viparis, filiale à 50 % du promoteur d’immobilier Unibail-Rodamco. En effet, à l’occasion du prochain conseil de Paris, qui se tiendra du 17 au 19 novembre, les élus de la capitale se verront soumettre une délibération portant sur le déclassement du terrain d’assiette du projet, qui n’est plus utilisé par le Parc des expositions. Or, à ce jour, rien ne garantit que le texte, qui porte aussi sur la signature d’une promesse de bail et du bail à construction entre la Ville et le maître d’ouvrage, sera adopté.

Anne Hidalgo, la maire de Paris, a en effet admis récemment qu’elle avait « un problème de majorité » sur le dossier. Les Verts, sur leur lignée, ne devraient pas approuver et les conseillers UMP pourraient se conformer à la position de leur chef de file, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui juge le projet « passéiste ».

La situation est si délicate qu’avant même la conférence de Jacques Herzog, Jean-Louis Missika, l’adjoint au maire chargé des questions d’urbanisme, était venu dans l’après-midi à l’Arsenal, en compagnie de représentants d’Unibail-Rodamco, pour visiter l’exposition sur Triangle qui se tiendra jusqu’au 4 janvier prochain (*)… et surtout répondre aux questions des journalistes. « Avec Anne Hidalgo, nous avons l’intention de nous battre, a lancé l’élu. Je crois en la sagesse du  conseil de Paris. Si par malheur, il devait refuser le déclassement du site, ce serait sans doute un coup d’arrêt pour le projet, mais en serait-ce la fin ? Dans une ville, tout projet important rencontre des difficultés mais aucun n’est jamais complètement arrêté ». Et de renvoyer au cas de la Fondation Vuitton, construite par l’architecte Frank Gehry et tout juste ouverte dans le bois de Boulogne, après avoir pourtant connu des vicissitudes. Jean-Louis Missika y est alors allé de son avertissement : Si le projet Triangle devait finalement échouer, « ce serait un très mauvais signal envoyé au monde, alors que la France a déjà cette réputation d'un pays qui a du mal à entrer dans la modernité. »

Coté Unibail-Rodamco, pas question de s’immiscer dans le processus démocratique d’un vote du conseil. Jean-Jacques Lefebvre, son directeur général, a cependant souligné que sa société était « très confiante dans la capacité d’une telle opération à trouver preneurs puisque nous investissons, sur des bureaux en blanc, 550 millions d'euros. »

Le Pavillon de l'Arsenal présente jusqu'au 4 janvier une soixantaine de maquettes du projet Triangle.
Le Pavillon de l'Arsenal présente jusqu'au 4 janvier une soixantaine de maquettes du projet Triangle. - © © Marie-Douce Albert/Le Moniteur

Tout ceci étant posé, Jacques Herzog a donc développé le soir venu les principes qui ont conduit à la conception de cette pointe de verre dressée dans l’axe de la rue de Vaugirard (Retrouvez ici la présentation officielle du projet dont l'agence française Valode & Pistre est architecte d'exécution). Il a insisté sur son caractère parisien. Ainsi, comme bien des monuments de la capitale qui se dressent à l’intersection d’axes majeurs, la tour viendrait marquer un grand carrefour. « Le site de la porte de Versailles a besoin d’une telle intervention, a-t-il assuré. Elle ouvrira un flux entre la ville dedans et la ville dehors » et donc la périphérie de la capitale.

« Par ailleurs, nous n’avons pas projeté ce bâtiment comme un seul moteur économique, sinon nous aurions fait le plus de surfaces de bureaux possibles et imaginé une forme plus simple et plus hermétique », a-t-il encore précisé. Transparente, Triangle sera en effet une tour à double visage. A une face lisse répondra une autre, plus fragmentée, qui donnera une tournure plus intime au bâtiment.

Maniant les arguments, de l’écologie de la construction au rapport au sol animé par des commerces et des restaurants, Jacques Herzog a aussi dégainé l’arme de séduction massive : un ascenseur diagonal assez unique au monde permettra de relier l’atrium au belvédère du sommet, offrant aux visiteurs l’occasion d’une expérience nouvelle des sommets de Paris.

« Beauté »

Pour encore donner des gages à l’assistance, l’architecte a présenté quelques autres projets, soigneusement choisis pour illustrer la capacité de l’agence Herzog & De Meuron soit à intervenir en site historique, notamment à l’Armory de New York, soit à fabriquer des architectures spectaculaires et reconnues comme telles, comme le parking du 1111 Lincoln Road à Miami Beach. Surtout, Jacques Herzog, à plusieurs reprises, a souligné « la beauté » du projet du Triangle quand, rarement, les architectes s’engagent aussi directement sur ce terrain de l’esthétique. « Je pense que je ne suis pas arrogant quand je dis cela », a-t-il jugé.

Malgré tout, les anti-Triangle n’ont pas manqué, venu le temps des questions, de faire valoir leurs contre-arguments. La passe d’armes n’en est pas moins restée assez feutrée, en tout cas polie. A l’issue de la soirée, les porteurs du projet pouvaient sans doute reprendre leur souffle. En attendant la grande bataille, dans deux semaines, dans l’hémicycle de l’Hôtel de Ville.

Les données techniques du projet Triangle

-  92 204 m² de surface de plancher.

84 930 m² de bureaux.

6 650 m² d’espaces accessibles au public.

1 585 m² de commerces.

180 m de hauteur.

35 m de largeur à la base.

17 m de largeur au sommet.

7 500 m² : surface de la parcelle.

(*) Jusqu’au 4 janvier, une soixantaine de maquettes d’études mais aussi des détails de mise en œuvre et d’échantillons des vitrages du projet Triangle sont exposés au Pavillon de l’Arsenal : 21 boulevard Morland 75004 Paris. Tél. 01 42 76 33 97. Pour d’avantage d’informations, cliquer ici.

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