En direct

Toulouse : gommage en douceur pour la brique et la pierre

DOMINIQUE ERRARD, ELISABETH GILLION, PASCALE BRAUN, JEAN-MARIE CONSTANS, ROLAND KUSCHNER |  le 25/06/1999  |  TechniqueInnovationHaute-Garonne

Le traitement de deux façades de bâtiments classés en briques et en pierres du centre ancien implique la mise en oeuvre de procédés innovants, utilisant des systèmes non abrasifs.

L'Hôtel du Vieux-Raisin

Le gommage est réalisé par projection de microfine de silice, avec brumisation d'eau.

La façade en briques de l'Hôtel du Vieux-Raisin, un bâtiment classé du XVIe siècle, fait l'objet d'une restauration rendue nécessaire par la forte salissure des briques et des motifs sculptés en pierre, provoquée par la pollution liée à sa situation sur une rue à grande circulation. Environ 3 000 briques foraines, fortement abîmées, doivent par ailleurs être remplacées. Une opération réalisée essentiellement par l'entreprise toulousaine Sagné, et l'entreprise Mérindol, d'Avignon, pour le traitement des encadrements du portail et des ouvertures.

Une opération réalisée sur quatre mois en plusieurs phases. Après piquage des joints anciens, les briques cassées ou salpêtrées sont enlevées et remplacées par des briques foraines de récupération ou fabriquées à l'ancienne par une briqueterie spécialisée de Haute-Garonne. Une pose traditionnelle en tiroir, au mortier de chaux réalisée avec de la chaux aérienne. Quelques éléments de pierre, jambages de fenêtres et linteaux, sont également remplacés par des éléments en pierre de Chauvigny sculptés en atelier ou après pose. Des éléments décoratifs de briques en encorbellement font également l'objet d'un remplacement après taille en atelier. Le nettoyage proprement dit est ensuite réalisé par gommage avec projection de microfine de silice, de granulométrie 50 à 200 microns, avec brumisation d'eau. « La principale difficulté réside dans la différence de dureté des briques plus ou moins cuites, qui nous oblige à ajuster en permanence la pression de 800 grammes à 1,5 kg », souligne Bernard Rouxel, conducteur de travaux.

L'autre phase délicate concerne ensuite le rejointoiement, plus de 500 m2 de joints au total, avec la réalisation à l'identique, sur la façade principale, de joints baguettes en boudin, qui ont nécessité la fabrication spécifique de fer à joints de forme concave, et de joints « à la toulousaine », biseautés avec débordement de la brique supérieure, sur la façade donnant sur une petite rue annexe. Les joints sont également réalisés en mortier de chaux teinté dans la masse avec de l'ocre naturelle.

Pour le traitement des encadrements de pierre, l'entreprise Mérindol utilise une projection microfine de corindon, poudre métallique de granulométrie 80 microns, moins agressive que la silice ou les micro-billes de verre, sous une pression de 1,5 kg à 2 kg. Un ragréage est ensuite prévu pour les parties les plus abîmées, avec un enduit de type « Patrimoine » de CDZ. A la demande de l'architecte des monuments historiques, la façade sera ensuite patinée par application à la brosse d'un fixateur, sel d'alun ou latex, avec ajout d'ocre naturelle.

PHOTO : Quelque 3 000 briques foraines ont été remplacées pour préserver la façade à l'identique.

L'Hôtel de Pierre

La poudre de marbre, de 40 microns de granulométrie, est choisie pour éviter l'abrasion de la pierre.

L'Hôtel de Pierre, qui doit son nom à la seule façade ancienne de Toulouse intégralement réalisée en pierre, dissimulait la beauté de ses sculptures sous une épaisse pellicule noire. L'intervention de l'entreprise Sèle, basée à Montauban, a permis de retrouver la clarté originelle du calcaire.

Après le remplacement d'environ 8 ètres cubes de pierres, essentiellement à la base des pilastres, dans les corniches et entablements de colonnes, par des éléments sculptés après relevés par l'atelier spécialisé Jean-Loup Bouvier, à Villeneuve-les- Avignon, l'entreprise Sèle a procédé à un nettoyage par gommage.

« Compte tenu de la nature de la pierre, nous étions confrontés à un problème de matériau » indique Jean-Paul Louis, responsable de l'agence régionale. « La silice ou les micro-billes de verre, même dans les granulométries les plus faibles, se révélaient trop abrasives.

Quant au traitement laser, il était difficilement applicable dans des délais raisonnables sur l'intégralité des 600 m2 de la façade ». L'entreprise, après recherche, a été amenée à innover en utilisant de la poudre de marbre, de 40 microns de granulométrie, produite par la société Omnia France, projeté à 800 g de pression en moyenne. Une finesse qui a demandé une adaptation du matériel de projection. Afin d'éviter un effet d'agglomérats, la machine a été disposée sur une table vibrante, un sécheur d'air a été disposé à la sortie du compresseur, et trois tamis successifs posés en sortie. Le diamètre des buses variant de 8 mm à 3 mm pour les détails des sculptures. La réfection des joints a été réalisée, lorsqu'elle se justifiait, par une injection d'une barbotine très liquide de chaux et de sable. L'entreprise a également réalisé le ragréage de quelques moulures avec un mortier de chaux dans lequel sont incorporées des fibres de verre afin d'en améliorer la tenue.

Réalisé en moins de cinq mois, le chantier constitue la première tranche d'une restauration qui doit se poursuivre par le traitement de la façade en briques donnant sur la cour intérieure. Une intervention pour laquelle deux hypothèses sont à l'étude : application d'un enduit pelliculaire, comme cela se pratiquait souvent, ou le nettoyage des briques laissées apparentes, dans le cadre duquel pourrait être utilisé le dispositif qui a fait ses preuves sur la façade en pierres.

PHOTO : Pour une meilleure tenue, des moulures ont été réalisées avec un mortier de chaux contenant des fibres de verre .

FICHE TECHNIQUE DES DEUX OPERATIONS TOULOUSAINES

Maîtrise d'ouvrage : ministère de la Culture/Direction régionale des affaires culturelles.

Conduite d'opération : Conservation régionale des monuments historiques Maîtrise d'oeuvre : Bernard Voinchet, architecte en chef des monuments historiques (Tarbes).

Coût : Hôtel du Vieux-Raisin : 1,4 million de francs TTC.

Hôtel de Pierre : environ 3 millions de francs TTC.

Commentaires

Toulouse : gommage en douceur pour la brique et la pierre

Votre e-mail ne sera pas publié

Librairie du Moniteur

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Prix : 0.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur