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Toits en émoi

Margaux Darrieus |  le 23/07/2014  |  ParisArchitectureTourismeAutres DOM-TOMFrance entière

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Si le programme de l’été concocté par la rédaction ne satisfait pas pleinement les envies archi de certains – ils sont donc sacrément exigeants –, l’exposition “Toit sur Toit” présentée jusqu’au 14 septembre 2014 à la Maison de l’architecture d’Île-de-France devrait y parvenir. Relatant un travail scientifique passionnant mené sur les surélévations d’immeubles par des enseignants de l’école d’architecture de Paris-Malaquais et leurs étudiants, elle est l’occasion de découvrir un phénomène historique, véritable outil prospectif face aux enjeux contemporains de densification de la ville. Attention, danger de contamination par le virus “tête en l’air de touriste”.

La façade homogène des boulevards Poissonnière et Saint-Martin (IIe et IIIe arondissements de Paris) reliant les grands magasins à la place de la République, cache bien son jeux. En 200 ans, un immeuble sur deux y a été surélévé pour gagner 4 à 5% de surface habitable en plus au total. Pourtant, rien ne pertube la perception longiligne du ruban haussmannien. Déceler les discontinuités plus ou moins camouflées, c’est le travail de relevé qu’ont mené les architectes-enseignants Sabri Bendimérad, Carla Deshayes, Léa Mosconi et Philippe Simon et leurs étudiants, la tête en l’air ou plongés dans les permis de construire qui ont façonné le profil actuel des grands boulevards parisiens. On y a surélevé de 40 cm à 6 hauteurs d’étage pour cacher une machinerie disgracieuse, magnifier un pignon (et ainsi augmenter sa visibilité), gagner en confort ou rentabiliser un peu plus son bien. Moins visibles que d’autres, la surélévation n’en est donc pas moins un phénomène banal de l’évolution des villes, nous démontrent la collection de photo d’immeubles augmentés et la maxi-élévation des boulevards qui accueillent le visiteur. Un constat historique qui tombe à pic à l’heure où la volonté de construire 10 000 logements par an dans Paris (en favorisant notamment la surélévation) vient d’être réaffirmée et la loi ALUR incitant à ce genre de travaux promulguée. Mais pour convaincre les derniers réticents, peut-être un peu apeurés depuis 2008 par les images choc de la première consultation internationale du Grand Paris, l’analyse historique doit muter en outil prospectif pour les architectes de la ville contemporaine. Quel type d’architecture inventer pour surélever la métropole puisqu’elle doit l’être? À partir de projets existants en France et à l’étranger et de travaux étudiants, les commissaires de l’exposition ont interrogé les faisabilités des surélévations, les potentiels mobilisables pour les réaliser et les enjeux urbains et sociaux qu’ils peuvent porter.

Et si on surélevait Ricardo?

Outre les quelques exemples parisiens, qui montrent que les surélévations récentes concernent essentiellement les immeubles d’habitations et la maison individuelle (souvent en structure bois pour faciliter le chantier, parfois en bardage métallique “pour rappeler le zinc des toits parisiens” mais toujours un moyen d’expérimenter de nouveaux modes d’habiter), ce sont les recherches menées par les étudiants qui, avec une certaine candeur libératrice, interrogent le mieux la surélévation. Neufs situations parisiennes ont été testées pour produire une forme d’inventaire des possibles évolutions de la ville par ses toitures. Les toits des immeubles de la place de Catalogne (conçus par Ricardo Bofill donc) ou du front de parc de Bercy, ceux des barres Cassan de Jussieu ou des HBM du XVIIe arrondissement - étonnement, cette typologie se prête très bien à la surélévation, vue la largeur des cours intérieures - deviennent autant d’espaces à investir. Les documents produits, dont la représentation sobre est parfaitement didactique, font rêver d’une ville dynamisée par le haut. Capables d’abriter les équipements publics ou les espaces de respiration manquant au quartier, des courts de tennis, des restaurants, des terrasses végétalisées ou des forêts d’éoliennes, les anciennes toitures inaccessibles deviennent des lieux urbains atypiques. Elles sont une réponse efficace à la rareté et au prix du foncier, des ressources mobilisables pour la nécessaire diversification des usages dans la ville dense. En plus des problématiques techniques que représentent les travaux de surélévation, ces recherches étudiantes questionnent, sans en avoir l’air, les outils de fabrication actuels de la ville: le PLU peut-il être envisagé par projet? Les prospects peuvent-ils être adaptés selon la parcelle à bâtir? Peut-on envisager une copropriété à l’échelle d’un îlot? Et enfin, comment se positionner face à l’héritage architectural et l’auteur du bâtiment à transformer? Autant de questions en suspens mais ouvertement posées, sur lesquelles il va falloir rapidement s’attarder…

Exposition “Toit sur Toit. La surélévation de Paris: une question urbaine, écologique, énergétique, architecturale, économique et sociale..."

Jusqu’au 14 septembre 2014 à la Maison de l’architecture en Île-de-France (148, rue du Faubourg-Saint-Martin, Paris XXe )

 

Invention de l’exposition, commissariat et scénographie par les architectes-enseignants Sabri Bendimérad, Carla Deshayes, Léa Mosconi et Philippe Simon, assistés de Diane Pialucha, Fanny Ben Guigui et Giulia Settimi.

Suivi graphique: Nils Le Bot, Lisa Poletti-Clavet

Montage: Émilien Cristia, Johnatan Fritsch, Gilles Mustar, Linh Tham et les étudiants du P8 “actualisation des processus historiques de densification de Paris” Master 1, école d’architecture de Paris-Malaquais

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