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Thierry Genestar, directeur général France de Colas « Nous anticipons une hausse du prix du bitume de 70 % sur l’année 2005 »
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Thierry Genestar, directeur général France de Colas « Nous anticipons une hausse du prix du bitume de 70 % sur l’année 2005 »

Propos recueillis par Julien Beideler et françoise Vaysse |  le 20/10/2005  |  ConjonctureEntreprisesArchitectureAménagementFrance entière

Tandis que l’activité de la route reste soutenue, les entreprises font face depuis le début de l’année à l’augmentation des coûts de l’énergie et à la subite remontée du prix du bitume. Dans ce contexte, Thierry Genestar, directeur général France de Colas, se veut raisonnablement optimiste. L’activité de Colas France en 2005 est en progression et les carnets de commandes pour 2006 sont bien garnis. De quoi aborder sereinement le recours aux énergies de substitution et le développement des liants d’origine végétale.

Comment gérez-vous la hausse des produits pétroliers ?

Actuellement, les pétroliers ne s’engagent pas sur un prix ferme au-delà de deux mois. En 2004, leur politique – ainsi que le rapport euro/dollar – avait stabilisé le prix du bitume au niveau de 2003. Mais depuis le début de l’année, les choses ont changé et nous anticipons une hausse du prix du bitume de 70 % sur l’année 2005.

Quel est l’impact sur vos prix de revient ?

L’énergie et le bitume comptent pour environ 15 % dans nos prix de revient. Nos coûts de production augmentent et il nous faut couvrir cette hausse. Pour les affaires à prix révisables ou actualisables, nous sommes protégés, même si un décalage subsiste toujours. Pour les autres contrats, il faudra tenter de négocier au cas par cas avec les clients.

Pensez-vous avoir recoursà des énergies de substitution dans un proche avenir ?

La hausse du coût de l’énergie plaide en faveur de solutions plus économiques. Nous explorons des voies, telle l’utilisation de carburants d’origine agricole pour nos véhicules et pour nos centrales d’enrobés. Aujourd’hui, lorsque nous investissons dans un poste d’enrobage, nous nous laissons toute latitude pour recourir à des énergies de substitution.

Un bitume cher peut-ilfavoriser le développementdes liants d’origine végétale ?

Les produits d’origine végétale que nous développons présentent des performances équivalentes, voire supérieures au bitume. Cela dit, le prix du bitume n’a pas encore atteint un niveau permettant une substitution économique.

Comment qualifieriez-vous le premier semestre pour Colas ?

L’activité a été soutenue. En France, elle a augmenté d’environ 10 % par rapport à l’an passé. Le début d’année a été pénalisé par un hiver tardif. Les équipes et le matériel mobilisés ont eu du mal à travailler efficacement. Par la suite, l’activité a été forte, ce qui nous a permis de gommer le retard des premiers mois. Les résultats intermédiaires sont encourageants.

Cette bonne tenue s’est-elle confirmée cet été ?

Oui, si l’on tient compte de la spécificité des travaux du mois d’août : congés des équipes, effectifs réduits, difficulté de travailler dans les zones touristiques…

Notez-vous des disparités régionales ?

Le marché est dynamique sur l’ensemble de la France, avec quelques régions plus actives que d’autres, comme la façade atlantique, le Sud, Rhône-Alpes… Le volume d’activité est influencé par les mouvements géographiques de la population.

Le carnet de commandes est-il plus étalé qu’auparavant ?

C’est une tendance depuis quelques années. Notamment parce que certains contrats – comme les tramways ou les transports en commun en site propre – portent sur des durées plus longues. Par ailleurs, le délai s’allonge entre l’appel d’offres, l’attribution et l’ordre de service. Les démarches administratives et les recours éventuels prennent régulièrement trois mois.

Cela rend-il plus délicatela gestion d’une agence ?

Oui, car l’allongement des délais – et leur incertitude – rend difficile le lissage de l’activité. D’autant que, les affaires sont souvent de plus petite taille. Nous réalisons chaque année 71 000 chantiers en France, de 62 000 euros en moyenne. Nous ne sommes pas adjudicataires de toutes les affaires auxquelles nous répondons, ce qui signifie que nous soumissionnons en moyenne à 1000 appels d’offres par jour !

Quelles sont vos perspectives pour le 2d semestre et 2006 ?

Nous pensons que l’activité restera en progression tout aussi importante. Pour 2006, nous sommes raisonnablement optimistes.

Les coûts augmentent, les budgets ne sont pas extensibles. Aurez-vous mécaniquement moins d’activité ?

La réalité est plus complexe. L’augmentation des coûts énergétiques va entraîner des changements dans les modes de vie, et incitera, par exemple, à développer les transports en commun. Les maîtres d’ouvrage devront gérer des parkings de périphérie, des voies de bus, des tramways… Tout cela est générateur d’activité et d’autant d’opportunités pour notre groupe. Nous sommes perçus comme des constructeurs d’autoroutes et de routes alors que la majorité de nos chantiers relèvent de l’aménagement urbain.

Les routiers ne font plusde routes ?

Nous travaillons de moins en moins sur la construction de routes neuves et de plus en plus sur le patrimoine existant. Traduction concrète : notre activité travaux de rénovation et d’entretien est en augmentation alors que nos industries tournent, au mieux, au niveau de l’an passé. Notre activité se « VRDise ». Cela impacte aussi notre parc matériel : les gros finisseurs et les niveleuses laissent la place à des machines au gabarit plus réduit, adaptées à l’environnement urbain.

Redoutez-vous, avec le transfert de routes nationales, un abaissement des crédits d’entretien pour 2006-2007 ?

Les départements devraient consacrer à leur voirie les montants habituels. Avec un bémol : les finances publiques ne sont pas extensibles et l’on peut supposer que, si les départements choisissent d’améliorer les axes fraîchement transférés, cela se fera au détriment du reste du réseau départemental. La seule véritable inquiétude est celle du calendrier. La programmation des travaux risque d’être délicate pour 2006.

Comment a été ressentie la décision de Bouygues de ne pas présenter d’offres pour la privatisation des sociétés d’autoroutes ?

Colas s’est toujours montré intéressé à prendre des parts dans les sociétés d’autoroutes dans la mesure où lui serait donnée la possibilité d’être acteur sur le marché des travaux réalisés. La décision du gouvernement ne réunissant pas ces conditions, le groupe a choisi de ne pas y donner suite. Cependant, nous restons très intéressés par les concessions de nouveaux tronçons autoroutiers.

Quelle est la part dans votre chiffre d’affaires des travaux pour sociétés d’autoroutes ?

Pour notre activité routière, les travaux d’entretien comme le renouvellement de couches de surface constituent environ 1 % du chiffre d’affaires. Le neuf (tronçons à construire, mises à trois voies) représente de 0 à 4 % selon les années. Quel que soit l’avenir des sociétés cédées, nous allons continuer à répondre à leurs appels d’offres. Car, en principe, la privatisation ne réservera pas les travaux aux actionnaires. Parallèlement, nous allons accentuer notre présence sur les tronçons lancés en concession comme l’A41 Annecy-Genève que nous avons obtenu ou l’A65 pour laquelle nous allons remettre une offre.

Colas en France métropolitaine (2004)

4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

500 centres de profit (toutes marques confondues).

240 sites de carrières et gravières.

60 usines d’émulsion en propre et en participation.

41,8 millions de tonnes de granulats produits.

71 000 chantiers de 62 000 euros en moyenne.

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