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« Strabag n’est comparable à aucun autre groupe en Europe »

Propos recueillis par Julie Guérineau (à Vienne) |  le 04/07/2014  |  EntreprisesInternationalEurope

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Thomas Birtel, P-DG de Strabag SE -

Major du BTP autrichien, Strabag compte parmi les poids lourds européens (numéro 7). Solide sur son marché domestique, il est aussi leader en Allemagne. S’appuyant sur sa R & D, le groupe veut poursuivre son développement sur le vieux continent et vise les grands projets à l’international.

Il y a quelques années, Strabag s’était fixé comme objectif de devenir le major du BTP européen. Est-ce toujours le cas ?

En 2007, mon prédécesseur, Hans Peter Haselsteiner, avait en effet dit que c’était son ambition. Mais il ajoutait toujours : « Cela signifie que nous devons devenir le premier groupe en Russie. » A l’époque, il était impossible d’atteindre la première place européenne sans conquérir ce pays. Tous les autres marchés sont déjà plus ou moins répartis entre les principaux acteurs de la construction. Nous avions identifié la Russie comme une zone intéressante et vaste et où l’activité de la construction, comparée aux standards d’Europe de l’Ouest, n’était pas encore très performante. Entre-temps, nous devons avouer que nous n’avons pas réussi à prendre cette position de major en Russie.

Comment expliquez-vous cet échec ?

La première raison est que la coopération avec Basic Element Group, la filiale diversifiée de notre principal actionnaire, Oleg Deripaska, ne s’est pas concrétisée. La seconde est que la Russie n’a pas réussi à mettre sur les rails les projets d’infrastructures en PPP sur lesquels nous comptions pour devenir numéro 1. De sorte que nous ne pouvions pas sérieusement prétendre être major en termes de volume de production. Mais nous affirmons que nous sommes l’un des plus grands groupes européens de construction en ce qui concerne la puissance financière et la capacité de recherche et d’innovation.

Justement, quels sont les atouts de Strabag en termes de R & D ?

Nous disposons du plus grand centre de recherche technologique de tous les groupes de construction européens. Il compte plus de 750 ingénieurs travaillant sur des problèmes spécifiques et développant des solutions sur mesure pour les équipes sur le terrain.

L’Autriche est en pointe dans la construction durable. Est-ce une notion importante pour Strabag ?

Bien sûr. Preuve en est : le siège de Strabag, ici à Vienne, est le premier immeuble de bureaux basse consommation à avoir été construit en Autriche, en 2003. Strabag est vraiment avant-gardiste en Autriche, grâce aux exigences que nous avons rencontrées sur d’autres marchés, comme aux Pays-Bas. Les Néerlandais sont probablement les plus en pointe sur le sujet en Europe. L’aspect environnemental des chantiers est inclus dans la notation lors du processus d’attribution des marchés. Cela nous a beaucoup incités à réfléchir à cette notion. D’ailleurs, notre capacité à effectuer des chantiers plus respectueux de l’environnement et moins énergivores que d’autres nous donne déjà un avantage compétitif dans certains pays.

Quelle est votre stratégie en matière de diversification sectorielle ?

Le segment bâtiment et génie civil [hors routes, ports et chemins de fer, ndlr] représente 40 % de notre activité, et les infrastructures de transport [hors ponts, ndlr] 23 %. Le facility management, les concessions, l’immobilier et « les projets spéciaux » comptent pour 20 % de notre chiffre d’affaires. Nous sommes d’ailleurs numéro 2 dans le facility management en Allemagne. Cette activité représente quasiment 1 milliard d’euros. Les « projets spéciaux » sont aussi l’un de nos axes de développement prioritaires à l’international. Nous visons surtout de grands projets de génie civil comme les grands ponts et tunnels. Nous avons aussi des activités de promotion immobilière et d’autres spécialités comme les équipements pour les autoroutes et les systèmes de péage.

Selon vous, quels sont les marchés les plus prometteurs en Europe ?

Ma réponse va vous surprendre. Si vous regardez les prévisions de cette année, les deux marchés les plus dynamiques pour nous en Europe, avec plus de 10 % de croissance, ont été la Hongrie et la Slovaquie. Ces deux pays étaient en perte de vitesse, nous sommes simplement revenus à la normale. Mais, en Hongrie, nous prévoyons une hausse de plus de 20 % cette année.
La Pologne est également un marché important en raison de sa taille. Le secteur de la construction y a connu une chute spectaculaire à la fin de l’Euro 2012, puis s’est beaucoup détérioré. De nombreux constructeurs ont fait faillite. Nous avons nous-mêmes perdu 50 % de notre taille en Pologne. A l’époque, le pays représentait près de 1,3 milliard d’euros par an et était sur le point de devenir le deuxième plus gros marché de Strabag, devant l’Autriche. Aujourd’hui, la Pologne lance des appels d’offres intéressants, surtout dans les infrastructures. Nous en avons déjà gagné plusieurs. Nous sommes le major dans la construction de routes en Pologne.

En Allemagne, Hochtief est moins présent et Bilfinger se retire de la construction. Le marché est-il désormais plus ouvert ?

Le chiffre d’affaires de Strabag en Allemagne s’élève à 5,5 milliards d’euros, ce qui fait de nous, et de loin, le « major du BTP allemand » dans tous les segments. Le marché est ouvert mais la compétition y est très rude. Nous avons vu entrer des acteurs étrangers comme les français Eurovia ou Eiffage, mais y perdre pied et beaucoup d’argent. Nous ne prévoyons pas une « invasion » d’entreprises étrangères sur le marché allemand. Le retrait partiel de Hochtief et Bilfinger va plutôt profiter aux PME locales.

Quid de votre stratégie à l’international ?

Aujourd’hui, nous réalisons près de 6 % de notre activité hors Europe et, à moyen terme, nous visons au moins les 10 %. Notre développement dépend beaucoup de nos spécialisations. Nous travaillons au coup par coup, sur de grands « projets spéciaux ». Les pays de l’Amérique du Sud, sauf le Brésil, sont des marchés potentiels. Nous sommes présents au Chili depuis longtemps via notre filiale allemande Züblin. La situation s’est également beaucoup améliorée au Pérou et en Colombie au cours des dernières années sur le plan politique et légal.
Plus au nord, nous avons pénétré le marché canadien il y a de nombreuses années avec la réalisation d’un tunnel sous les chutes du Niagara. Nous avons remporté deux autres projets spéciaux au Canada.
Strabag est également présent au Moyen-Orient depuis longtemps, notamment en Arabie Saoudite, à Abou Dhabi et au Qatar. Nous construisons aussi des routes dans le Sultanat d’Oman depuis plus de trente ans. Nous sommes numéro 1 là-bas. Ce sont des marchés intéressants pour le futur. En revanche, nous ne prévoyons pas de nous implanter en Chine ou en Inde. Ce sont des marchés dynamiques, mais leur industrie du BTP est déjà mature. Ils n’ont pas besoin de nous.
En Afrique, notre activité de construction de routes est bien implantée en Afrique de l’Est, en Tanzanie, au Kenya ou au Rwanda. Nous y bénéficions d’une très bonne réputation, surtout en comparaison avec les Chinois.

Craignez-vous l’arrivée des Chinois sur les marchés européens ?

On ne peut pas vraiment dire qu’il y ait de plus en plus d’entreprises chinoises sur les marchés européens. Il y a un exemple assez célèbre d’un constructeur chinois qui a été choisi pour réaliser une autoroute en Pologne, mais qui n’y est pas parvenu. Depuis, je n’ai pas entendu parler d’une quelconque entreprise chinoise qui aurait exécuté un contrat de construction en Europe. On peut imaginer que Strabag travaille un jour pour un client chinois sur le continent, mais je ne les considère pas comme des concurrents sérieux sur le marché européen.

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PHOTO - 800976.BR.jpg - © vyhnalek
Strabag en chiffres

Chiffre d’affaires 2013 : 12,4 milliards d’euros (-4 %).
Répartition géographique de l’activité : 43 % en Allemagne, 15 % en Autriche, 25 % dans les pays de la CEE, 11 % dans le reste de l’Europe, 6 % hors d’Europe.
Répartition du chiffre d’affaires par métiers : 40 % pour la construction et le génie civil, 37 % pour les infrastructures de transport, et 23 % pour le reste (« projets spéciaux », facility management, concessions, immobilier).
Plus de 15 000 chantiers chaque année. Effectif : 73 100 salariés, dont 27 140 en Allemagne et 9 695 en Autriche.

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