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Spécialiste du traitement des déchets, Paprec met le cap sur les smart cities en Inde
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Spécialiste du traitement des déchets, Paprec met le cap sur les smart cities en Inde

Myrtille Delamarche |  le 30/11/2018  |  DéchetsRecyclagePaprec

Le groupe français de recyclage a levé, le 15 mars 2018, un milliard d'euros, dont 800 millions en green bonds (obligations vertes). L'occasion, pour son PDG Jean-Luc Petithuguenin, de préciser sa stratégie naissante de développement à l'international. Après vingt-cinq ans de croissance forcenée en France et en Suisse, Paprec craque pour l'Inde via sa filiale Ikos, rachetée en janvier au groupe Lhotellier.

Voilà Paprec pourvu d'un milliard d'euros en financements, dont son président Jean-Luc Petithuguenin avouait, le 27 mars 2018 à Paris, qu'il « ne savait pas encore dans quoi il allait les investir ». Non qu'il hésite à saisir les opportunités, il se décrit au contraire comme « pragmatique » et son groupe a connu une croissance annuelle moyenne de 26 % ces vingt-cinq dernières années. Longtemps aux deux tiers organique, cette croissance est de plus en plus externe (42 % à ce jour) depuis l'acquisition de Coved. Mais clairement, Paprec envisage aujourd'hui sa croissance avec un œil neuf.

Troisième acteur du traitement des déchets en France derrière Veolia et Suez, Paprec finira-t-il par emprunter le chemin de ses deux prédécesseurs à l'international ? S'il vend des matières recyclées « dans 65 pays », comme le précise son président Jean-Luc Petithuguenin, il s'est montré jusqu'ici frileux à investir à l'étranger. Après un échec en Afrique, le patron de Paprec regardait avec méfiance les opportunités d'investissement à l'international, comme le démontre un arbitrage négatif récent au Canada. Hormis en Suisse, où le groupe a acquis en décembre 2017 Rewag, sa sixième société dans ce pays. Il faut dire que le berceau de sa famille se trouve dans le Jura suisse…

Rationaliser le traitement des déchets

Tout a changé, en janvier, avec l'acquisition des activités environnement de Lhotellier. Le groupe familial était implanté en Inde - c'est l'une des raisons de cette acquisition - via sa filiale environnement, Ikos. En partenariat avec Mailhem, cette dernière a des contrats de gestion des déchets municipaux avec une dizaine de villes indiennes. Elle a également conçu et construit plusieurs centaines d'unités de production de biogaz, d'usines de méthanisation et de centres de traitement des déchets solides. Ikos a récemment construit à Nashik (au nord de Mumbai), l'une des villes du programme indien de smart cities, une décharge aux normes internationales. Elle accueillera les déchets précédemment aiguillés vers une décharge sans isolation aucune avec le sol, où ils étaient brûlés et dont les jus de lixiviats percolaient avec les nappes phréatiques environnantes. La collectivité locale n'ayant pas les moyens de lancer une remédiation complète de l'ancienne décharge, Paprec a prévu d'y installer au moins une couverture étanche pour empêcher la pluie de traverser les déchets et de polluer l'eau et les terres environnantes.

Au sein du groupe Paprec, Ikos espère démontrer son savoir-faire à Nashik (où Ikos et Mailhem ont décroché le prix « Garbage guru ») pour décrocher d'autres marchés dans une dizaine des 65 smart cities lancées par le gouvernement indien. Pour cela, le groupe prépare un investissement de 7 millions d'euros sur deux ans, comprenant une unité de méthanisation et une « unité plastic to fuel » (transformation de déchets plastiques en gazole). Celle-ci n'est certes pas aux normes européennes - notamment en termes de soufre contenu - mais représente une solution bien plus acceptable que l'incinération à ciel ouvert telle qu'elle se faisait jusqu'ici. D'autres investissements pourraient suivre, selon Jean-Luc Petithuguenin : recyclage de plastique en matières, en carburant et en énergie, compost normé, gestion de déchets toxiques…

Pas de quoi, encore, rouvrir l'appétit de Paprec pour d'autres marchés émergents. Jean-Luc Petithuguenin se décrit régulièrement comme « un grand brûlé de l'Afrique » depuis l'échec d'Apostrophe Cameroun et Apostrophe Sénégal, deux filiales créées dans les papiers cartons. Elles ont depuis été fermées.

Sécuriser ses paiements

Pour conquérir les smart cities indiennes et effacer cet échec dans les pays émergents, où tant reste à faire dans le traitement des déchets, le seul frein à lever concerne la capacité de Paprec à se faire payer ces prestations, dans un État dont il ne maîtrise pas encore bien le cadre. « Paprec pourrait envisager d'investir plus de 100 millions d'euros en Inde si la Banque mondiale et l'AFD nous financent. Non que nous n'en ayons pas les moyens, mais dans ce cas, ils apportent la garantie que nous serons payés. Et pour cela, je dois prendre le temps de comprendre comment réussir à les mobiliser. Si j'y vais seul, je ne suis pas certain d'être payé », explique Jean-Luc Petithuguenin.

Le patron de Paprec n'est donc pas pressé de dépenser son nouveau milliard hors de France. Il faut dire que les opportunités se multiplient sur le sol national. « Depuis longtemps, j'anticipe un ralentissement de la croissance du groupe en France, au bénéfice de mes deux concurrents principaux. Mais en fait, ça ne ralentit pas. Nous continuons à gagner des appels d'offres et des contrats. La poubelle jaune d'un Français sur six est triée dans un centre Paprec », rappelle le dirigeant, qui vient de relever l'objectif assigné à ses fils.

Jusque-là chargés de réaliser le deuxième milliard d'euros de chiffre d'affaires de l'entreprise familiale, ils vont en fait devoir préparer le troisième. Paprec a vendu en 2017 pour 1,478 milliard de biens et services, et prévoyait un chiffre d'affaires de 1,7 milliard en 2018. Le défides 2 milliards ne serait donc pas bien difficle à relever pour Sébastien (directeur général, division plastiques et déchets électroniques), Thibaut (directeur de la communication) et Mathieu (directeur délégué, achats et grands comptes) Petithuguenin.

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