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Spécial TP : la recherche collaborative publique/privée doit se réinventer
Xavier Neuschwander président de la commission technique innovation de la FNTP - © Alain montaufier/Vinci alain Montaufier

Spécial TP : la recherche collaborative publique/privée doit se réinventer

Olivier Baumann |  le 24/04/2013  |  BâtimentEntreprisesTravaux sans tranchéeFrance Technique

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Laboratoires publics et entreprises de travaux publics reconnaissent la nécessité de mener des recherches ensemble. Mais le paysage actuel du génie civil fait que le modèle historique de coopération doit évoluer.

S'il est un domaine où les partenariats public-privé font l’unanimité, c’est bien celui de la recherche en génie civil ! La collaboration entre la puissance publique et les entreprises privées y est même historiquement exemplaire. « Dans le domaine des infrastructures, le modèle inédit de coopération entre les services techniques de l’Etat et les entreprises, initiée pendant les Trente Glorieuses, a permis de faire émerger un savoir-faire hexagonal reconnu internationalement et des entreprises leaders mondiales dans leur secteur », rappelle Hélène Jacquot-Guimbal, directrice générale de l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar, ex-Laboratoire central des ponts et chaussées).
Mais la décentralisation, avec l’affaiblissement du réseau scientifique et technique de l’Etat, conjugué à l’atomisation des maîtrises d’ouvrage et le manque de moyens, a peu à peu altéré ce modèle qu’il s’agit aujourd’hui de réinventer.

Ainsi, bien que les projets collaboratifs restent légion, Hélène Jacquot-Guimbal propose quelques pistes pour que la « fertilisation croisée public-privé » puisse continuer à porter les fruits de l’innovation et de l’excellence. Elle suggère, par exemple, de multiplier les séjours temporaires d’ingénieurs d’entreprises dans les laboratoires publics et vice versa. Ou encore de favoriser les thèses Cifre (Convention industrielle de formation par la recherche), dans lesquelles le doctorant, tout en étant rattaché à un laboratoire de recherche publique, effectue sa thèse dans une entreprise. Et la directrice générale de proposer de lancer le débat au sein de « la maison commune » qu’est l’Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (Idrrim).

Présence des grands groupes dans la plupart des projets de recherche collaboratifs

Côté entreprises, Xavier Neuschwander, président de la Commission technique innovation de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), considère que les projets de recherche collaboratifs sont « indispensables ».. Il le prouve en annonçant la création prochaine d’une fondation d’entreprises par les trois majors français (Vinci, Bouygues et Eiffage) destinée à abonder les projets nationaux à hauteur de ce que finance déjà l’Etat (soit environ 600 000 euros pour 2013), dans un contexte de vaches maigres. Pour Xavier Neuschwander, l’association d’entreprises concurrentes au sein de mêmes projets de recherche est bénéfique pour chacune d’elles : « Les avantages managériaux dans une entreprise qui a la volonté d’innover […] sont beaucoup plus puissants que ceux qui résultent de la simple exploitation d’un brevet sur un produit […]. Ce sont des sujets de fierté, d’intelligence collective », suggérait-il lors de la table ronde des entretiens du Réseau génie civil et urbain (RGC & U) en octobre 2012.

Et les PME ?

Si les grands groupes sont présents dans la quasi-totalité des projets de recherche collaboratifs, « le partenariat public-PME est en revanche peu performant en France, soulignait Philippe Freyssinet, directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche (ANR) lors de cette même table ronde. Les PME ont moins accès aux dispositifs de financement, le montage de dossiers nécessitant du temps et de l’argent. »
Côté public, l’Ifsttar, avec ses 1 100 scientifiques, est le plus grand acteur de la recherche publique et collaborative dans le génie civil. Mais il est loin d’être le seul et les chercheurs des universités, des écoles d’ingénieurs ou des organismes du Réseau scientifique et technique (RST) se retrouvent sur de nombreux projets.
Les pôles de compétitivité, qui rassemblent laboratoires publics, entreprises et collectivités locales, sont les creusets de la recherche collaborative au niveau national. Mais un seul est tourné vers les travaux publics et le génie civil, le pôle Advancity. Il est le passage obligé pour obtenir des financements du Fonds unique interministériel (FUI). Dans les régions, des pôles d’excellence comme Indura en Rhône-Alpes, spécialisé dans les travaux publics, ou Novabuild dans les Pays de la Loire (ex-Pôle génie civil écoconstruction) promeuvent la recherche collaborative, notamment auprès des PME. Novabuild a d’ailleurs récemment créé NovaTP, sa branche dédiée aux travaux publics.


Points de vue

"La recherche collective dans le génie civil n'e'st pas assez explosive"

Hélène Jacquot-Guimbal, directrice générale de l'Institut Français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (Ifsttar)

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PHOTO - 709610.BR.jpg - © © Vincent Leloup/Le Moniteur

 

« C’est en grande partie grâce aux transferts de compétences croisés entre les puissances publiques et les entreprises privées que notre pays a su développer un savoir-faire reconnu internationalement dans le génie civil. Aujourd’hui, cette fertilisation mutuelle s’est affaiblie. Evidemment, la recherche collaborative dans le génie civil est vivante mais elle n’est pas suffisamment explosive ! En forçant le trait, je dirais que, ne connaissant pas leurs fonctionnements et besoins réciproques, les laboratoires publics et privés ont tendance à faire des recherches chacun de leur côté. C’est désolant, car la mise en commun de nos énergies a souvent fait et fait encore des étincelles, voire des merveilles ! Il nous faut donc engager une réflexion et mener des actions pour que nous puissions nous réapproprier une culture commune. Cela pourrait passer par des échanges et de la mobilité. Pourquoi, par exemple, un ingénieur d’entreprise ne viendrait-il pas s’immerger dans un laboratoire public pendant une période de six mois ou un an ? Et réciproquement, ne serait-il pas pertinent qu’un chercheur soit mis à disposition dans une entreprise pendant un temps équivalent ? Ces quelques pistes méritent d’être explorées. »

"Les majors créent une fondation pour abonder les projets nationaux"

Xavier Neuschwander, président de la commission technique innovation de la FNTP

Xavier Neuschwander président de la commission technique innovation de la FNTP
Xavier Neuschwander président de la commission technique innovation de la FNTP - © Alain montaufier/Vinci alain Montaufier

 

« La recherche en génie civil, historiquement portée par l’Etat, a permis le développement d’une technique d’excellence entraînant l’émergence d’entreprises de premier rang au niveau mondial. Aujourd’hui, alors que la concurrence mondiale est de plus en plus forte, elle est une activité plus stratégique que jamais pour les entreprises, qui se différencient par l’innovation. Même si, côté public, la décentralisation et le manque de moyens ont peu à peu dispersé les énergies et les compétences, il ne s’agit pas d’abandonner la recherche collaborative, bien au contraire ! N’oublions pas que l’industrie des travaux publics produit, par définition, des ouvrages publics. A ce titre, le partenariat entre les instances publiques, garantes de la crédibilité d’une recherche et porteuses d’un cadre réglementaire (technique, environnemental…) et les entreprises, qui connaissent la réalité du terrain, est indispensable. Cette collaboration devrait d’ailleurs s’enrichir grâce à la création imminente par les trois majors du BTP (soutenus par la FNTP) d’une fondation destinée à abonder avec des fonds privés les projets nationaux gérés par l’Irex, à hauteur des subventions déjà accordées par l’Etat. »

Lire le dossier complet dans Le Moniteur n°5705 du 29 mars 2013

Les principaux « guichets » de financement

Les projets nationaux (PN). Le ministère de l’Ecologie subventionne à hauteur de 20 % ces projets dont l’objectif est de constituer un corps de doctrine technique sur des sujets répondant à des enjeux forts pour l’Etat et les entreprises. Les projets nationaux sont montés et gérés par l’Institut pour la recherche appliquée et l’expérimentation en génie civil (Irex). Ce dispositif, particulièrement pertinent pour les projets de génie civil, est amené à perdurer.
Le Fonds unique interministériel (FUI). Ce programme de l’Etat finance des projets de recherche industrielle appliquée visant le développement de marchés à court ou moyen terme. Pour prétendre au FUI, les projets doivent être systématiquement labellisés en amont par un pôle de compétitivité, en l’occurrence Advancity pour les projets de génie civil.
L’Agence nationale de la recherche (ANR). Créée en 2005, l’ANR dépend du ministère de la Recherche. Elle ne dispose pas de programme dédié aux projets de génie civil, mais elle en finance néanmoins, notamment à travers le programme « ville et bâtiment durables ».
L’Ademe. Comme l’ANR, l’Ademe ne dispose pas de programme de soutien spécifique au génie civil, mais elle peut financer des projets, notamment lorsqu’ils abordent les thèmes de prédilection de l’agence comme le recyclage, la déconstruction, la dépollution des sols…
L’Europe. Fonds européen de développement régional (Feder), Programme-cadre de recherche et de développement (PCRD), ou Fonds européen de recherche du charbon et de l’acier (RFCI)…, les guichets de financement européens ne manquent pas, mais semblent trop peu investis par les travaux publics.

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