Soupçonner chacun du meilleur pour réussir la rénovation énergétique en copropriété
Denis VANNIER, AMO coach de copropriété. - © La Copro des Possibles
Tribune

Soupçonner chacun du meilleur pour réussir la rénovation énergétique en copropriété

Par Denis VANNIER, AMO coach de copropriété, fondateur de l’école nationale de La Copro |  le 15/12/2021  |  Rénovation énergétique CopropriétésFrance

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Copropriétaires, syndics, professionnels du bâtiment, maîtres d’oeuvre architectes (et bureau d’études), AMO copro et service public : c’est ensemble que nous améliorerons l'empreinte environnementale des bâtiments.

On peut s’étonner que la rénovation énergétique ne fasse pas plus d’adeptes alors qu’elle doit permettre d’agir positivement pour le climat, d’améliorer le confort du logement et de réduire sa facture énergétique... La copropriété est un bien commun, et l’affaire de tous ceux qui l’habitent.

Pourquoi alors les copropriétaires ne se l’arrachent-ils pas cette rénovation énergétique ?

Eh bien, parce que toutes les parties prenantes mobilisées sont incapables de composer ensemble. À commencer par les copropriétaires.

Premier point : quand les Français achètent un appartement, ils n’achètent pas la vie en habitat collectif qui va avec. Sauf que la copropriété est une grande colocation… bien qu’on ne choisisse pas ses colocataires. C’est une petite démocratie qui possède son propre fonctionnement, au sein de laquelle les propriétaires doivent décider ensemble. Contrairement à ce qu’ils croient souvent, les syndics ne sont que « leurs assistants » sur les sujets comptables et juridiques, pas des décideurs !

Deuxième point : en France, et c’est culturel, on aime davantage débattre que faire ensemble à l’instar des pays scandinaves ; ce qui importe c’est de pouvoir s’exprimer et donner son avis. Donc quand un projet de rénovation énergétique, qui a un certain coût, est porté à l’attention des copropriétaires, il y a une espèce de réflexe de survie qui consiste à répondre un grand « non ». La copropriété les indiffère ; certainement davantage par méconnaissance que par principe.

Cette résistance à la rénovation énergétique est le reflet d’une peur mais agit surtout comme le révélateur d’une incompréhension qui
perdure depuis la loi de 1965 qui fixe le statut de copropriété : quels sont les droits mais aussi les devoirs du copropriétaire ?

Ce n’est pas si clair. Car l’objet même « copropriété » est très complexe à appréhender, avec sa gouvernance privée partagée. Même les services publics qui en sont à l’initiative de part la loi, ne savent pas exactement comment la considérer ; ces mêmes services publics qui jamais, en plus de 50 ans, n’ont révisé ou ajusté cette loi de 1965 sur la base de retours d’expérience mais qui aujourd’hui - paradoxalement - enchaînent des changements réglementaires additionnels pour tutoyer les objectifs énergétiques visés, créant confusion et instabilité, notamment pour les syndics et acteurs professionnels de la rénovation.

Ajoutons à cela les professionnels de la rénovation énergétique, qui ne possèdent pas les codes pour collaborer « avec » (et pas seulement « pour ») une cible grand-public, que sont les copropriétaires, non initiée et à la gouvernance multiple. Et parmi eux les architectes, dont peu ont réalisé de nombreuses rénovations en copropriété hors dispositif public.

Selon les territoires, ils manquent d’expériences reproductibles, de posture basse pour travailler « avec » des « non-sachants », ou d’une offre travaux attractive.

Certains architectes imposent trop souvent leur vision en faisant fi des besoins et capacités de l’usager. Ceci constitue malheureusement un frein, parmi d’autres, à la rénovation énergétique. Ce métier d’art nécessaire à une rénovation de qualité, doit trouver une nouvelle posture entre esthétique, énergétique et usagers. Pour l’intérêt général dans un contexte d’urgence climatique, certaines positions dogmatiques pouvant entraver la prise de décision collective sont inacceptables… alors que des confrères ou consoeurs exemplaires montrent la voie.

Face à ce désordre, comment rassembler ?

Quand on parle de copropriété, on traite essentiellement de l’angle technique. Donc on considère seulement la moitié du problème ; les 50% restant étant du ressort de l’humain. Il faut améliorer le dialogue et la communication. Pour ce faire, inviter chacun à échanger (copropriétaire et professionnels), en s’écoutant. Et heureusement, bien s’entendre, ça s’apprend !

Le premier levier, pour que cette conduite du changement réussisse, c’est que chacune des parties prenantes décide de changer. Sans décision, pas d’action ! Sans changement de méthode, pas de changement de résultats. Ensuite, ce qui va être accélérateur du changement, c’est l’accompagnement humain, par de nouvelles compétences en sciences humaines pour les acteurs en place.

Si l’objectif est de massifier la rénovation énergétique, commençons déjà par associer les copropriétaires à la genèse du projet qui les concerne, de la conception, jusqu’à l’exploitation voire à la requalification.

Pour cela, l’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU) peut être une réponse. À la fois approche, méthode et compétence professionnelles, l’AMU favorise l’appropriation du lieu de vie, établit des liens entre les usagers et avec confort, sobriété, performance et qualité de vie. Attention, l’AMU ne doit pas être un acteur supplémentaire, mais une compétence à intégrer par les AMO copro en particulier. L’AMU doit permettre notamment de soutenir ou faire émerger des leaders parmi les copropriétaires qui emmèneront le reste du groupe, les « invisibles », ceux qui ne se manifestent ou ne se mobilisent pas. Les leaders doivent fédérer et devenir des passeurs de communication.

Pour cela, des professionnels doivent être formés aux sciences humaines, parmi eux les syndics qui agissaient jusqu’alors intuitivement, pour réussir à décrocher des décisions des copropriétaires, sans risquer leur mandat. Ce savoir-être et savoir-faire peuvent être consolidés par le coaching professionnel, au sein d’écoles dédiées à la copropriété.

Le changement climatique est l’affaire de tous car la maison brûle littéralement et en partie à cause du bâti (1). Cette situation nous l’avons créée, c’est à nous de la désamorcer. Copropriétaires, syndics, professionnels du bâtiment, maîtres d’oeuvre architectes (et bureau d’études), AMO copro et service public. Chacun d’entre nous doit soupçonner l’autre du meilleur. C’est ensemble, en confiance, en étant à l’écoute les uns des autres, en dialoguant et en acceptant de changer soi-même, que nous atteindrons notre objectif : celui d’améliorer notre empreinte environnementale.

(1) Aujourd’hui, 45 % de la consommation énergétique nationale est générée par les bâtiments (tertiaires et résidentiels) - ADEME

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