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Smart city : comment Sidewalk Labs (et Google) veulent régénérer Toronto
Vision du futur quartier, qui privilégiera la construction bois. Et sera truffé de capteurs. - © Source : Sidewalk Labs

Décryptage

Smart city : comment Sidewalk Labs (et Google) veulent régénérer Toronto

Philippe Coste, à New York |  le 07/11/2018  |  InternationalConstruction boisGoogle

Immeubles modulables en bois, auvent rétractables, pavés chauffants… et des milliers de capteurs. La filiale du groupe Alphabet, maison-mère de Google, a présenté quelques détails de son projet urbain pour Quayside, futur quartier "intelligent" du port de la métropole économique canadienne. Mais la population s'inquiète…

L’empire Google n’était sans doute pas assez présent dans nos vies quotidiennes. Voilà qu’il se charge de fonder une ville ou, plus exactement un quartier entier. Un quartier intelligent bien sûr, truffé de technologies et "bâti avant tout pour l’humain", selon le mot d’ordre « people first » du titan digital

Mi-août, à Toronto, les représentants de Sidewalk Labs, la filiale "smart city" et urbanisme du groupe Alphabet -la maison-mère de Google-, présentaient pour la première fois quelques détails de leur projet urbain pour Quayside, une zone d’entrepôts décatis et de friches industrielles située près du port de la métropole économique canadienne.

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L’épilogue de 11 mois de spéculations depuis l’annonce du projet en octobre 2017. En collaboration avec Toronto Waterfront, une entité municipale, le chantier de réhabilitation de Quayside se limitera à la rénovation, à partir de 2020, de 5 ha au bord du lac Ontario pour un investissement initial de 50M$. Mais il promet de révolutionner la grise et austère Toronto.

Vitrine de la construction bois

Sidewalk Lab a requis les services du cabinet d’architecture Michael Green, situé à Vancouver. La firme, récemment acquise par Katerra, pionnier de la construction high-tech, est spécialisée dans les constructions en bois. Le quartier devrait ainsi devenir la vitrine et le laboratoire de l’usage du lamellé croisé, produit en masse à partir des forêts canadiennes toutes proches, pour l’édification d’immeubles pouvant atteindre 12 étages, grâce à la prochaine modification du code de la construction canadien.

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Sidewalk Labs veut en outre concevoir un habitat flexible, modifiable en fonction de l’évolution de la ville et de ses habitants. Des modules préfabriqués, des cloisons mobiles, permettent de modifier la surface des appartements ou de transformer des logements en espace commerciaux.

Les rez-de-chaussée de ces immeubles sont conçus comme des espaces publics, des halles modulables en espaces commerciaux, bibliothèques ou forums publics. Les rues, protégées par des auvents rétractables, tendus de matériaux capables de devenir opaques ou translucides sur commande, peuvent se muer à volonté en marchés couverts, zones piétonnières ou cyclables à l’abri des intempéries canadiennes.

Chaussée redessinée aux heures de pointe

Conçus par l’architecte italien Carlo Ratti, chargé de l’essentiel du projet urbain, des pavés hexagonaux, esthétiques et facilement remplaçables, chauffant en hiver pour faciliter le déneigement, sont aussi sertis de leds qui colorent le sol pour en modifier la signalétique, élargissant les espaces piétonniers ou les pistes cyclables selon l’affluence du moment, redessinant la chaussée aux heures de pointe pour assurer la circulation fluide des navettes autonomes et des rames de tramway.

Rohit Aggarwala, directeur de l’urbanisme chez Sidewalk Labs, s’est réjoui devant les administrés de Toronto de la liberté qu’offre « un espace vierge, table rase urbaine propice à toutes les innovations ».

Les livraisons et le transport des ordures seront assurés dans des galeries souterraines. Quayside, par ce système, abolit en surface presque la notion de trottoir, en misant sur la cohabitation harmonieuse des piétons avec les transports urbains, au prix bien sûr du bannissement des voitures personnelles, reléguées dans des parkings en périphérie du quartier.


Piège à données géant ?

Toronto n’est pas la première ville à bâtir son utopie high tech. Mais Dan Doctoroff, patron de Sidewalk Labs et ancien numéro deux de la ville de New York au temps du maire businessman Michael Bloomberg , confie au magazine « the Economist » que « la plupart de ces autres projets échouent faute de combler le fossé entre urbanisme et technologie ».

Ce n’est pas le cas, à ses yeux, de Quayside, une ville bientôt construite et gérée aux mesures exactes de ses résidents. Et pour cause. De la qualité de l’air à la température de chaque appartement, de la durée des promenades des résidents au niveau de remplissage de leurs poubelles, aucun détail vital n’échappe aux milliers de capteurs nichés dans les rues et les immeubles, afin de faciliter la gestion du quartier.

La « cité la plus mesurable au monde », selon les brochures de Sidewalk Labs, est avant tout, comme Google, un gigantesque capteur de données. Pour quel usage ? Mi-août, lors de leur rencontre avec les habitants de Toronto, les représentants de Sidewalk Labs ont promis que ces informations ne seraient jamais utilisées à des fins de marketing et de publicité destinés à la population locale.

Mais les associations canadiennes de défense des consommateurs ne doutent pas que les données seront monnayées, pour ouvrir au groupe Alphabet le nouveau marché des « digital cities » et de la gestion municipale high-tech. Sidewalk Labs précisera à nouveau ses plans en 2019. D’ici là, Quayside n’a pas fini d’intriguer.

Vidéo : comment Sidewalk Labs promeut son projet (en anglais) :

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