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Six ingénieurs et architectes hissés haut

Olivier Baumann |  le 08/11/2013  |  ÉvénementArchitectureBâtiment

Prix construction (GPNI 2013) -

Concepteurs et constructeurs du pont levant Jacques-Chaban-Delmas, à Bordeaux, se voient attribuer le prix construction du Grand Prix national de l’Ingénierie 2013 (GPNI 2013). Portrait d’équipe…

«Nous avons gagné ! » Il est 5 heures du matin à New York en ce jour de janvier 2006 lorsque Paul Skelton, spécialiste des ponts mobiles, décroche son téléphone pour entendre la voix exaltée de Jean-Marc Tanis, génie-civiliste. Peu importe le décalage horaire, l’annonce de la victoire au concours de conception-construction du pont levant de Bordeaux ne peut attendre. Même s’il a fallu patienter près de trois ans, depuis le lancement de la consultation en 2003, pour l’obtenir ! Pour Thomas Lavigne, architecte du projet avec Christophe Chéron, l’émotion de cet instant est vive, et sa grande joie le dispute à une grande tristesse. Son père, l’architecte Charles Lavigne, qui avait démarré l’aventure du pont levant, décédé en juin 2005, quelques semaines après l’oral prévu dans le calendrier de la consultation, n’aura pas pu vivre ce moment. « Mais il était convaincu que nous gagnerions. »

On le devine, le projet du pont levant Jacques-Chaban-Delmas, lauréat du prix construction du Grand Prix national de l’Ingénierie 2013 (voir les autres lauréats p. 26) imprègne l’équipe de conception-construction au-delà du simple cadre professionnel. Michel Virlogeux, expert en ponts, Jean-Marc Tanis et les Lavigne sont des amis de quarante ans. Depuis 1976 et leurs premières collaborations, les formidables ouvrages d’art qu’ils ont conçus en trio ou en duo se comptent par dizaines : ponts de Normandie, de Térénez, ouvrages sur l’A 10, l’A 11… Les années auraient pu émousser leur enthousiasme. Il n’en est rien. Il a même dû être plus fort que jamais, pour traverser les nombreuses bourrasques et écueils qui attendaient la vie du projet, loin, tout comme la Garonne, d’être un long fleuve tranquille : onze ans séparent la formation de l’équipe en 2002 de l’inauguration du pont par le président de la République, le 16 mars 2013 ! Les six mois d’élaboration du projet entre janvier et mai 2003 ont été les plus intenses, marqués par une quinzaine de réunions, « qui ne s’achevaient que lorsque chacun était satisfait et convaincu des orientations prises », se souvient Jean-Marc Tanis. Loin du consensus mou, donc. Très vite, la solution d’un pont levant à quatre tours et tablier unique devient évidente. « Elle correspondait à la philosophie commune des membres du groupement : réaliser de beaux ouvrages, sûrs, fonctionnels, et facilement constructibles », explique Michel Virlogeux. L’entreprise, GTM Sud-Ouest TP GC (Vinci Construction), mandataire du groupement, loin de calmer les ardeurs et l’enthousiasme des concepteurs, participe activement au processus de création et invente des méthodologies ad hoc. « Nous assurions l’équilibre de l’équipe », se rappelle Alain Denat, directeur du développement Vinci Construction France. Pour Michel Virlogeux, « cette bonne entente, ajoutée à la volonté de la communauté urbaine de Bordeaux de construire un franchissement de qualité, a permis d’obtenir ce à quoi aboutissent rarement les projets menés en conception-construction : un très bel ouvrage ».

Soudés contre vents et marées

Revenons à 2006. « Ce n’est qu’une fois le concours gagné que les difficultés ont commencé ! » sourit Thomas Lavigne. Le pont est en effet remis en cause plusieurs fois. « Certaines associations parlaient du pont de la honte », se souvient Alain Denat. L’ouvrage et ses hautes tours font l’objet de réserves de la part du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, auquel est inscrite Bordeaux. Le dessin des pylônes est revu, approuvé par l’Unesco, leur hauteur passe de 83 à 77 m. « Mais le projet n’a pas été dénaturé par rapport au projet d’origine », assure Thomas Lavigne. Dans ces périodes compliquées, la cohésion du groupe joue à plein. Pendant trois ans, cinq dossiers en phase PRO sont émis par le groupement, si bien que les travaux ne commencent qu’en octobre 2009. Le chantier sera marqué par les exploits techniques (voir « Le Moniteur » du 15 mars 2013, p. 30) et les moments de stress (grève de trois mois et demi au port de Bordeaux, aléas géotechniques…). Aujourd’hui, l’équipe qui parle encore du projet avec l’enthousiasme d’origine, savoure ce qui est peut-être sa plus belle victoire : l’appropriation du pont par les Bordelais. Selon Alain Denat, il figure même déjà dans le top 3 des monuments à visiter à Bordeaux ! Tout un symbole…

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