Simplifier les exigences de la RT 2012, mais pas à n’importe quel prix
Ponts thermiques linéiques - © © Schöck France

Simplifier les exigences de la RT 2012, mais pas à n’importe quel prix

Frédérique Vergne |  le 10/07/2014  |  RT2012BâtimentSantéPerformance énergétiquePlancher

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Objectif 500 000 logements en péril ? Une question posée par Pouget Consultants, Medieco, le groupement du Mur manteau et l’industriel Schöck France qui s’alarment d’une des propositions du groupe de travail n°1 d’Objectifs 500 000 : celle de supprimer l’exigence sur le coefficient linéique des ponts thermique à la jonction plancher intermédiaire/mur extérieur pour les immeubles collectifs.  Ce qui signifierait, si elle était adoptée, le non traitement des ponts thermiques et un retour en arrière aux conséquences désastreuses sur l’environnement, la santé et la qualité des bâtis.

C’est l’incompréhension totale qui règne chez les organisateurs de la conférence de presse du 10 juillet dont le thème pour le moins provocateur « Objectif 500 000 logements en péril ? » portait sur l’une des propositions émises par le groupe de travail n°1 dédié à la simplification des normes de construction de la démarche « Objectifs 500 000 » ; c’est-à-dire  vouloir remonter de 0,6 à 1 le coefficient des ponts thermiques linéiques à la jonction plancher intermédiaire/mur pour les immeubles collectifs. Concrètement, cela reviendrait à ne plus du tout isoler la jonction entre les dalles et la façade des bâtiments, source de déperdition de chaleur et de développement de l’humidité.

Pouget Consultants, Medieco, le groupement du Mur Manteau et l’industriel Schöck France, les quatre protagonistes, interpellent ainsi la DHUP (sans la nommer), qui est en train de travailler sur la question, concernant les dangers que cette proposition pourrait occasionner.

Projet de loi pour la Transition Energétique vs simplification des normes de construction


« Il y a une vraie contradiction en matière de politique de performance énergétique des bâtiments, relève Raphaël Kieffer, directeur général de Schöck France. Alors que Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie,  fait des économies d’énergie l’un des deux piliers majeurs du projet de loi pour la Transition Energétique et de la rénovation énergétique un enjeu, cette mesure si elle est adoptée va entraîner tout le contraire : les bâtiments neufs seront obsolètes dans cinq ans ».  Et de donner en exemple : un immeuble R+3, comprenant 700 mètres de ponts thermiques non-traités aura une consommation énergétique supplémentaire de 42 000 Kwh, 6000 litres de fuel, 6000 m3 de gaz, soit 3.4 tonnes de CO2, équivalent à 28 350 km en Twingo (1).

André Pouget, à la tête du bureau d’études thermiques du même nom et bien connu dans le monde du bâtiment, qui avait déjà alerté des dangers d’une telle mesure dans une tribune du Moniteur.fr intitulée « Simplifier les exigences de la RT 2012, oui, mais dans le bon sens », persiste à refuser un retour en arrière. « Cette mesure (le coefficient de transmission thermique linéique moyen des liaisons entre les planchers intermédiaires et les murs donnant sur l’extérieur ou un local non chauffé, ?9, n’excède pas 0,6 W/(ml.K)) fait justement partie des avancées de la RT 2012 puisqu’elle oblige à traiter les ponts thermiques ». Et d’affirmer, calcul à l’appui, qu’un mur isolé par l’intérieur sans traitement du pont thermique (U global = 0,63 W/m².K) aura pour conséquence une déperdition de la façade multipliée par 3 ! « Et ce n’est pas en ajoutant de l’isolant que cela changera les choses », ajoute-t-il.

Des risques sur la santé


Mais la déperdition de la chaleur, synonyme d’augmentation de la facture de chauffage pour les ménages, n’est qu’un des effets du non traitement des ponts thermiques. Il en va aussi de la santé publique. Claire-Sophie Coeudevez, directrice associée de la société Medieco avec le Dr. Suzanne Déoux, rappelle que les ponts thermiques vont agir sur le confort thermique. « Lorsqu’ils ne sont pas traités, la qualité de l’air se dégrade. La combinaison de la déperdition de chaleur à la présence de condensation et de matières organiques rendent inévitable de développement de moisissures dans les murs et les plafonds. L’inhalation des spores de ces moisissures et la forte humidité de l’air provoquent allergies et problèmes respiratoires. C’est une réelle préoccupation sanitaire ». Rappelons que la mauvaise qualité de l’air intérieur coûte 19 milliards d’euros par an à la collectivité selon l’Anses et le CSTB.

Le surcoût en question


Souvent évoquée, la question du coût du traitement des ponts thermiques, notamment du surcoût « est un faux problème et une idée reçue », selon Raphaël Kieffer. Le rapport du groupe de travail n°1 pointe aussi le problème du coût d’utilisation des bâtiments (charges récupérables, non récupérables ou payées par les locataires) (2). Dans la répartition des coûts d’un bâtiment, 28% sont alloués au coût de construction, 34% au coût d’utilisation et 12% au coût de maintenance et d’entretien, soit un coût global d’utilisation de 46% (utilisation et maintenance), équivalent à presque la moitié du coût global du bâtiment. « Or, souligne Raphaël Kieffer, il serait illogique de vouloir baisser les coûts de construction au détriment de ceux de l’utilisation qui augmenteraient tout comme ceux de la maintenance. Si les ponts thermiques ne sont pas traités, cela reviendrait donc à endetter les maîtres d’ouvrage, particulièrement les bailleurs sociaux qui subiront des frais d’entretien élevés et surtout les occupants des logements construits qui auraient alors plus de charges à payer ». Démonstration faite, si les ponts thermiques ne sont pas traités à la source, dès la conception du bâtiment, la réfection en sera d’autant plus coûteuse. A titre indicatif, ces bâtiments ne pourront être rénovés que par des systèmes d’isolation par l’extérieur, tout en conservant les ponts thermiques des balcons. A raison d’un prix moyen estimé par les professionnels du secteur à 5000 € par logement, la facture s’élève ainsi à 25 millions par an pour 500000 logements à rénover.

Rapport du GT1

Lire le rapport du Groupe de travail 1 : «Simplifier la réglementation et l’élaboration des normes de construction et de rénovation », en cliquant ici

A lire aussi

"Garantir l'homogénéité de l'enveloppe, une condition préalable et impérative à la conformité réglementaire", une tribune publiée dans leMoniteur.fr de Raphaël Kieffer, directeur général de Schöck France.

 (1) Sources : - rejet en CO2 pour un 1kWH produit par EDF/GDF, et d‘une Twingo pour 1 km parcouru : www.ademe.fr; - consommation énergétique d‘un mètre de pont thermique non-traités : www.cstb.fr .

(2) en page 14 du rapport

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