Culture

Si l’architecture m’était contée 3/5 : la Belle à la végétalisation exubérante

Mots clés : Architecture - Bâtiment d’habitation individuel - Bois

A l’issue d’une enquête qui n’a été ni longue ni minutieuse, la rédaction du « Moniteur » est en mesure de révéler combien les contes de fées et autres récits du même acabit véhiculent de fariboles sur l’art de bâtir. Le château enchanteur ou la cabane en sucreries, tous jolis, tous séduisants, voilà qui est à peu près aussi crédible que l’existence du père Noël. La preuve aujourd’hui avec une Belle au bois pas vraiment dormant. Il s’agissait davantage d’une tentative de végétalisation du bâti extrêmement vivace.

Il était une fois un conte de fées… que l’on raconta vraiment n’importe comment. La Belle au bois dormant, pour beaucoup d’entre nous, est l’histoire une Princesse assoupie au beau milieu d’une forêt, elle aussi, plutôt inerte. La jolie fut éveillée par un doux baiser d’un Prince (évidemment). Et comme il se doit, « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Il faut pourtant rétablir la vérité. Et relire ce que Charles Perrault écrivit en 1697.

Des marmots d’abord, ils n’en eurent que deux. Il n’y pas vraiment de quoi stupéfier nos contemporains puisque cela correspond peu ou prou au taux de fécondité actuel, en France. Ensuite, « mariés »… il faut le dire vite. Toujours d’après Perrault, le mariage ne fut vraiment officiel que deux ans après le bécot initial. Mais gardons-nous de juger, ni l’union libre ni le fameux bisou. Ainsi nous n’emboîterons pas le pas de cette avocate britannique qui voudrait aujourd’hui faire supprimer le récit des listes de lectures scolaires au motif qu’embrasser une femme endormie est l’acte d’un prédateur sexuel.

 

Château enchanté, boisé et labellisé

 

Enfin, au sujet du bois dormant, même Charles Perrault s’est trompé. Il raconte qu’après que la Belle « fort vive, un peu étourdie » et manifestement un brin sotte se fut piqué le doigt avec un fuseau et se fut aussitôt endormie, « il crût (…) tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d’épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n’y aurait pu passer. » Ce qu’il décrit là est tout bonnement une opération de végétalisation massive du bâti, sans doute l’une des premières du genre. Il est donc tout à fait improbable que nulle bestiole ne soit allée nicher dans ces taillis puisqu’une vertu unanimement reconnue du verdissement des murs et toitures est de favoriser la biodiversité. Ce château boisé était sûrement bien plus grouillant que dormant et aurait sans peine décroché le label BiodiverCity  TM, si celui-ci n’avait pas été créé qu’en 2013.

Parce qu’ils dormaient tous à poings fermés, la Belle et le petit peuple de son royaume ne se sont pas non plus rendu compte combien cette végétalisation leur était bénéfique. Les eaux de pluie dégringolant des donjons furent absorbées et aucun débordement des douves ne fut à déplorer. De même, des études ayant prouvé qu’une épaisse couverture verte peut garantir « un confort thermique corrigé de 2°C » (ainsi que l’a écrit « Le Moniteur » en mai dernier – Lecture réservée aux abonnés), personne dans le château enchanté n’a eu à souffrir de la chaleur pendant ces cent ans de sommeil. On suppose même que le phénomène d’évapotranspiration a permis à la Belle de ne point dégouliner pendant son roupillon et de conserver le teint frais de ses joues « incarnates » et de ses lèvres « comme du corail ».

 

Château fragilisé, sapé et déstabilisé

 

La fée qui avait installé le dispositif avait cependant fait l’impasse sur un aspect crucial. Les murs végétaux exigent un entretien sans faille et comme dans ce château, il n’y avait pas âme qui s’animât, aucun arrosage, aucune taille ne furent pratiqués. Le bois aurait pu se dessécher, jaunir et devenir aussi élégant qu’une grosse botte de foin. Il proliféra au contraire, jusqu’à envahir l’intérieur même des édifices. Des images d’archives montrent le Prince se frayer un chemin envahi de ronces, d’aubépines et de toiles d’araignées pour parvenir jusqu’à sa Belle.

Il y a fort à parier que ces branchages et ces racines anarchiques ont fragilisé l’appareil de pierres du bâtiment, sapant les murailles et déstabilisant les tourelles. Moralité : le Prince se maria tardivement, n’eut que deux rejetons et hérita en prime d’un château en quasi ruines. Et on sait, aujourd’hui encore, combien un tel patrimoine est une plaie à entretenir.

A suivre : Blanche-Neige et les sept nains

 

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