Culture

Si l’architecture m’était contée 2/5: avec Hansel et Gretel, la filière du matériau consommable a mangé son pain blanc

Mots clés : Architecture - Bâtiment d’habitation individuel

A l’issue d’une enquête qui n’a été ni longue ni minutieuse, la rédaction du « Moniteur » est en mesure de révéler combien les contes de fées et autres récits du même acabit véhiculent de fariboles sur l’art de bâtir. Le château enchanteur ou la cabane en sucreries, tous jolis, tous séduisants, voilà qui est à peu près aussi crédible que l’existence du père Noël. La preuve aujourd’hui, avec deux enfants allemands qui ont mis un coup d’arrêt à l’expérimentation de la construction pain.

Une des expérimentations sans doute les plus audacieuses en matière de construction a certainement eu lieu dans une forêt allemande de la région de la Hesse, à une période assez indéterminable du XIXe siècle. Une femme a, là, testé l’utilisation de pain comme matériau principal pour édifier un bâtiment qui devait lui servir de logis et probablement de laboratoire. Cette personne était probablement ingénieure en sciences des matériaux mais, la profession étant mal codifiée à l’époque, les archives la désignent davantage sous l’appellation de « sorcière », et parfois de « vieille sorcière » pour souligner sa longue expérience dans la recherche. (Il est à noter à ce propos que pour les scientifiques plus versés dans la recherche sur la résistance des matériaux, on a préféré le terme d’enchanteur. Le plus célèbre d’entre eux ayant été un certain Merlin qui a, lui, travaillé sur la solidité des structures mixtes « métal fiché dans le roc ». Mais là n’est pas le sujet de cet article.)

 

Nul avis technique sur la farine

 

Il y a fort à parier que la solution constructive imaginée par la sorcière ne serait jamais passée à la postérité si une sordide affaire de maltraitance sur mineurs de moins de 15 ans n’avait alors éclaté. Un certain Hansel et sa sœur Gretel, abandonnés par leurs parents au milieu des bois, désespérés et affamés, étaient en effet tombés par hasard sur la fameuse bâtisse-test. Ce fait-divers a au moins permis de nous faire parvenir une description succincte de la bicoque en question. Les enfants ont ainsi raconté avoir vu « qu’elle était faite en pain et recouverte de gâteaux. Les fenêtres étaient en sucre. » En revanche, aucun avis technique comme peut en produire aujourd’hui le CSTB n’a pu être retrouvé. On n’a donc aucune idée du type de granulat de farine qui a été gâché avec de l’eau pas plus qu’on ne sait si la structure avaient été réalisée en poteaux-baguettes ordinaires ou traditionnels.

Cette histoire, parvenue jusqu’à nous grâce au travail de transmission des frères Grimm, révèle en revanche combien la sorcière n’avait pas anticipé le manque de durabilité des matériaux employés. Si l’on ignore si elle avait réussi à rendre son mortier de mie étanche à l’air et à l’eau, on constate qu’elle n’avait en tout cas pas prévu de protection contre nuisibles « panephages », tels que souris, oiseaux et, donc, enfants morts de faim. L’expérience en pain cuit a donc tourné court mais il est probable qu’elle ait inspiré d’autres traitements de matériaux qui sont toujours d’actualité, tel que l’emploi de la terre crue ou du bois étuvé. En revanche, l’hypothèse selon laquelle cette construction par pains empilés soit à l’origine du vocable parpaing n’a jamais pu être vérifiée et paraît, après analyse, parfaitement saugrenue.

A suivre : la Belle au bois dormant.

 

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