Culture

Si l’architecture m’était contée 1/5: le lotissement, un travail de cochon

Mots clés : Architecture - Bâtiment d’habitation individuel

A l’issue d’une enquête qui n’a été ni longue ni minutieuse, la rédaction du « Moniteur » est en mesure de révéler combien les contes de fées et autres récits du même acabit véhiculent de fariboles sur l’art de bâtir. Le château enchanteur ou la cabane en sucreries, tous jolis, tous séduisants, voilà qui est à peu près aussi crédible que l’existence du père Noël. La preuve aujourd’hui avec trois célèbres petits porcs qui, après tout, ne firent que construire des pavillons de médiocre facture…

L’histoire en a fait des victimes alors qu’ils étaient les véritables coupables. Les trois Petits cochons – on peut désormais l’affirmer – sont les responsables de l’apparition de l’habitat pavillonnaire et de l’invention du lotissement. Sous leur air sympathique de porcs proactifs, ils ont été, au XVIIIe siècle en Angleterre, les premiers responsables de l’étalement urbain. Quant à leur adversaire, ce loup qu’on a voué aux gémonies, il a sans doute simplement voulu stopper une entreprise qui s’annonçait dévastatrice.

Certes, la responsabilité initiale en reviendrait à madame Petit cochon mère. Les versions divergent mais un des rapports sur l’affaire révèle que c’est elle qui aurait mis sa progéniture à la porte, au motif qu’elle n’était plus en mesure d’assurer leur subsistance. Elle leur aurait au passage adressé ce conseil : « je voudrais que vous construisiez votre maison, mais prenez garde qu’elle soit bien solide. » On notera donc que la mère avait insisté sur la résistance du bâti mais, à aucun moment, mentionné que ses fils devaient édifier une maison chacun ! Ils le firent pourtant : trois baraques plantées en plein champ. Les cochons avaient-ils alors conscience d’entamer un processus qui allait participer à la destruction du grand paysage, à la stérilisation de terres agricoles et, par conséquent à la délocalisation de la culture des navets dont ils étaient fort amateurs et qu’il allait désormais falloir importer de contrées plus lointaines ?

 

Paille et épines biosourcées

 

On peut cependant mettre au crédit de deux des petits porcs d’avoir voulu tester des matériaux biosourcés, un ballot de paille pour l’un et un fagot d’épines pour l’autre. Mais ils n’ont pas eu assez de jugeote pour faire appel au professionnel capable de s’assurer de la stabilité de leur structure. La suite, on le verra un peu plus loin, a prouvé leur erreur. En tout cas, aucune législation ne mentionnant à l’époque un quelconque recours obligatoire à un architecte diplômé pour la construction de porcheries individuelles, les trois frères se contentèrent d’effectuer un travail de cochon. Ils bâtirent des logements d’une grande médiocrité formelle.

Peut-on, dès lors, en vouloir au loup d’avoir souhaité la démolition de ces verrues ? La méthode, éventuellement, peut-être critiquée. Autre temps, autre mœurs, il ne déposa pas de recours devant le tribunal administratif (en même temps, on n’a trouvé dans les archives nulle trace des demandes de permis de construire qu’auraient dû déposer les porcelets) et préféra la manière forte. Le loup n’eut aucun mal à balayer la maison en foin et la maison en branches. En revanche, il s’est cassé les dents sur la maison du dernier frère, construite en briques. Voilà qui explique sans doute le développement florissant qu’allaient connaître par la suite les marchés de la terre cuite, de la pierre puis du béton. L’affaire eut une autre conséquence, plus étonnante. Il est hautement probable, en effet, que c’est pour rendre hommage à ce loup épris de qualité esthétique que les architectes arborent aujourd’hui encore le costume noir.

 

A suivre : Hansel et Gretel

 

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