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Shigeru Ban ou la quête perpétuelle de l’innovation
L'architecte Shigeru Ban - © © Thomas Gogny / Le Moniteur

Shigeru Ban ou la quête perpétuelle de l’innovation

Marie-Douce Albert |  le 12/05/2010  |  ProfessionParisInternational (hors U.E)

L'architecte japonais s'était fait connaître pour avoir offert de grands rôles au carton. Avec Jean de Gastines, il a façonné le Centre Pompidou-Metz qui ouvre le 12 mai. Un objet zoomorphe qu'il a imaginé en associant le squelette d'un chapeau chinois et les propriétés d'un mouchoir en tissu.

Le héros de la semaine est un chapeau chinois. Alors que le Centre Pompidou-Metz ouvre ce 12 mai, nul ne peut plus ignorer cette histoire de couvre-chef qui avait attiré l'œil de Shigeru Ban dans une boutique du boulevard Saint-Germain, à Paris, un jour de 1999 et dont il s'est inspiré pour concevoir la toiture du bâtiment. Là où beaucoup n'auraient vu qu'un pittoresque objet de vannerie, l'architecte avait distingué une structure habile, un de ces croisements entre la technique et la simplicité dont on devine qu'ils font son bonheur.

Papier tube

Le garçon né en 1957 à Tokyo est encore petit lorsqu'il s'amuse à regarder les travaux d'extension de sa maison. Il décide qu'il sera charpentier, parce qu'il n'a pas encore découvert qu'il existe cet autre métier qui s'appelle architecte. A la fin du lycée, il sait en revanche parfaitement quelles études il veut faire. "J'avais lu un article dans une revue d'architecte sur la Cooper Union School de New York et sur l'enseignement de John Hejduk." Sa mère qui évolue dans le milieu cosmopolite de la mode l'encourage mais son père, qui travaille chez Toyota, tique : 18 ans c'est un peu jeune pour aller vivre aux Etats-Unis. Shigeru Ban y part six ans, d'abord en Californie et puis dans la prestigieuse école new-yorkaise. De retour au Japon, il pourrait suivre une voie aussi classique qu'exemplaire mais, comme il est raconté dans la monographie "Shigeru Ban : Paper in architecture" (Editions Rizzoli, 2009), "un simple événement en 1985 a provoqué une secousse sismique dans sa carrière d'architecte : sa rencontrer avec le 'papier tube'." Le jeune architecte découvre alors les vertus de ces rouleaux d'épais carton habituellement cantonné au stockage. Ils s'avèrent assez solides pour réaliser des maisons, église, galeries ou dôme... Simples d'utilisation, ils servent aussi à la mise en place de systèmes d'autoconstruction qui permettront aux victimes du séisme de Kobe de 1995 de trouver rapidement un abri.

Toujours quelque chose de nouveau

L'idée est épatante et Shigeru Ban est précédé par sa réputation d'architecte qui construit en carton ou même en papier. En 2000, il met un pied en Europe en réalisant le pavillon japonais de l'Exposition universelle de Hanovre. Pour le mettre au point en usant toujours de ces fameux tubes, il travaille avec Frei Otto. Shigeru Ban dit simplement de ce spécialiste des structures légères : "Il est comme mon maître". Il raconte aussi que pendant cette aventure allemande, il préférait "venir passer les week-ends à Paris". Il commence d'ailleurs à avoir quelques pistes de projets et s'associe avec le Français Jean de Gastines. Ensemble (et avec la collaboration de Philip Gumuchdjian), ils remportent en 2003 le concours pour la création de l'antenne lorraine du Centre Pompidou. Pour lui qui est en quête permanente d'innovation, marcher sur les traces de Rogers et Piano est un rêve. "Ca me correspondait parfaitement", dit-il. Pour le centre d'art, il parvient donc à tirer du fameux chapeau une étonnante charpente ondulante de 1.600 pièces de bois... toutes uniques. Par-dessus, une grande toile blanche s'est posée, comme un mouchoir négligemment jeté et donne au bâtiment une tête de drôle de bête tapie dans le paysage. Calme et souriant, l'architecte que l'on imagine réservé, se demande toutefois s'il n'épuise pas parfois ses collaborateurs à force "d'être toujours en train d'essayer quelque chose de nouveau". Jean de Gastines qui apprécie son intelligence et sa pratique atypique, le sait exigeant. "Moi qui pensais être un gros travailleur, j'ai vraiment trouvé mon maître", glisse le Français. Avant de conclure : "Mais nous nous amusons."

www.shigerubanarchitects.com

Visite de l'agence temporaire Shigeru Ban Architects Europe au Centre Pompidou de Paris, cliquer ici

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