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Selon une étude de la DAEI le BTP peine encore à s'ouvrir aux femmes

DOMINIQUE LE ROUX |  le 31/08/2001  |  Collectivités localesEntreprisesHygièneMaîtrise d'ouvrageAveyron

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Avec 8% de la population active, les femmes restent sous- représentées. Un problème d'image du secteur ?

Comment favoriser l'accès des femmes aux métiers du BTP ? Deux consultants, Marie-France Gueyffier et Jacques Pillemont, viennent de plancher sur cette épineuse question pour le compte du ministère de l'Equipement et de sa direction des Affaires économiques et internationales (DAEI). L'étude relate de nombreuses actions mises en place dans le secteur, signe que l'insertion professionnelle des femmes est possible sur les chantiers.

Comment expliquer dès lors que la part des femmes dans le BTP reste si faible ? A peine plus de 8 % de la population active. La pénibilité des tâches, si souvent avancée, n'apparaît pas une explication pertinente pour les deux auteurs, compte tenu notamment de l'évolution des techniques. Ils font même « le pari que là où les femmes sont présentes, un certain nombre de pratiques professionnelles vont changer ». Pour eux, pas de doute : « Ce sont des métiers d'hommes parce qu'il n'y a essentiellement que des hommes qui les pratiquent. Il faut donner envie aux jeunes filles et aux femmes d'aller dans la construction. »

C'est l'image même du secteur qu'il faut modifier, changer en amont la représentation que s'en font les intéressées, leurs parents, mais aussi les enseignants. « Peu ouverts aux métiers manuels en général et à ceux du bâtiment en particulier qu'ils connaissent d'ailleurs mal, les enseignants ne sont pas enclins à orienter les jeunes vers le BTP, a fortiori les filles. » De fait, notent les auteurs, « l'enseignement professionnel est marqué par la non-mixité pour le niveau V (CAP, BEP)... On observe un cloisonnement des univers masculin et féminin », qui se répercute ensuite dans le choix des métiers. Seulement 1,2 % des apprentis du BTP sont des jeunes filles.

Une présence discrète

Pourtant rien n'est perdu. L'étude donne l'exemple de deux univers très masculins qui ont réussi à s'ouvrir aux femmes : l'armée de terre et la RATP. « Dans le personnel d'exécution de l'armée de terre, les filles représentent 11 à 12 % des engagés et 20 % des volontaires... Cette féminisation se travaille au niveau de l'image. L'armée de terre veille à la présence systématique mais discrète des femmes dans les supports de communication. » Aujourd'hui, l'armée connaît une demande croissante d'informations de la part de jeunes filles.

Ces deux institutions comportent une similitude avec

le BTP : « La question des femmes se pose à un moment ou les besoins importants de main-d'oeuvre se manifestent. Si ces deux entités ont agi sur les conditions d'exercice des métiers pour rendre la mixité possible, on perçoit bien que c'est l'ensemble du corps social qui est en train de rendre la chose possible en admettant que l'armée comme la RATP ne soient pas des secteurs d'activité réservés aux hommes. »

En somme, le plus dur reste à faire pour le secteur : faire peau neuve pour « montrer que les femmes, c'est possible dans le bâtiment ». L'étude, s'inspirant d'une action menée en Aveyron, propose même un slogan pour une future action de communication : « Entreprises, osez les femmes ; femmes, osez le BTP. » Osons !

TABLEAU : Les effectifs salariés femmes par catégories en 1991 et 1998 (source : Caisse nationale de surcompensation du BTP)

« Personne ne songe aux filles lorsque l'on évoque les métiers du BTP » Marie-France Gueyffier, consultante

Avec Jacques Pillemont, vous venez de réaliser une étude pour la DAEI sur l'accès des femmes aux métiers du BTP. Quel bilan tirez-vous ?

En premier lieu que personne ne songe aux filles lorsque l'on évoque les métiers du BTP. Tout le monde semble avoir intériorisé le BTP comme un métier d'hommes. La profession a trop tendance à mettre en avant la pénibilité des tâches pour expliquer le faible nombre de femmes. A mon sens, le principal obstacle est de l'ordre des représentations. Cela démarre dès l'orientation des jeunes à l'école. Les filles sont majoritairement dirigées vers des métiers dits féminins (les services pour l'essentiel) et les garçons vers ceux dits masculins (l'industrie et le BTP). Or, il ne pourra pas y avoir plus de femmes dans le BTP, s'il n'y a pas plus de jeunes filles en formation dans ces métiers.

Comment sortir de ce problème d'image ?

Tout d'abord, comme d'autres secteurs, le BTP devra faire face, à l'horizon 2005/2010, à un fort besoin de renouvellement de sa main-d'oeuvre du fait de l'accélération des départs en retraite. La question des femmes se posera alors inéluctablement. Ensuite, le BTP doit profiter de la bonne conjoncture actuelle pour travailler son image. La tâche est gigantesque : il s'agit de donner envie aux jeunes, filles ou garçons, de postuler dans une entreprise de la construction.

Vous donnez l'exemple d'un univers « masculin » qui est parvenu à changer son image, l'armée de terre. C'est plutôt encourageant ?

Oui. A la suite d'actions de communication, l'armée de terre se féminise, en particulier son encadrement intermédiaire ; cela a suscité des vocations auprès des jeunes filles. Je suis persuadée qu'il en ira de même pour le BTP. Plus l'encadrement de chantier se féminisera (chef de chantier, conducteur de travaux), plus il y aura de jeunes filles intéressées par le BTP. Par ricochet, la présence de plus en plus nombreuse de femmes dans le secteur concourra à son changement d'image, et vraisemblablement à l'amélioration des conditions de travail au profit de l'ensemble des salariés.

Dans votre étude, vous vous interrogez sur l'acceptation par les clients des entreprises de la présence de femmes sur les chantiers ? En doutez-vous ?

Non. Mais compte tenu du poids des schémas culturels, il n'est pas inutile de mesurer les réactions que peut susciter la présence de femmes tant du côté des particuliers que de celui des maîtres d'ouvrage institutionnels. La DAEI doit lancer une étude sur ce thème prochainement.

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