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Seine-Saint-Denis entretien avec Claude bartolone, président du conseil général « Mon objectif : renforcer l’attractivité économique et la mixité sociale »
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Seine-Saint-Denis entretien avec Claude bartolone, président du conseil général « Mon objectif : renforcer l’attractivité économique et la mixité sociale »

Propos recueillis par François Perrieret Nathalie Moutarde |  le 18/09/2008  |  ConjonctureLogementstransport

A l’occasion de la journée professionnelle organisée le 25 septembre dans le cadre de la Biennale de l’environnement et animée par « Le Moniteur », Claude Bartolone, à la tête du département depuis mars, expose les grandes lignes de son action.

En ce début de mandat, quelle image les professionnels de la construction doivent-ils retenir de la Seine-Saint Denis ?

Je voudrais qu’ils perçoivent un objectif : attractivité économique et mixité sociale. Ce sont les deux éléments d’une même équation. Ce département a besoin de renforcer son développement économique, de le rendre plus harmonieux sur tout le territoire. Pour cela, nous devons mener une politique diversifiée en termes de construction de logements pour accueillir tous les salariés. Et pour faire venir des salariés de tous les niveaux, il faut renforcer les services publics et la qualité environnementale de ce département. C’est ce cercle vertueux que je veux générer.

Ce cercle vertueux n’a-t-il pas déjà été enclenché, sur Plaine Commune notamment ?

Oui et non. Ce département connaît un développement économique, si je veux être caricatural… sur sa périphérie. Le sillon Porte de la Chapelle/Roissy et les villes situées en bordure du périphérique, de Saint-Ouen à Noisy-le-Grand, sont deux territoires dans lesquels le marché s’est installé d’une manière naturelle parce qu’il existait de bons fondamentaux en termes de transports et de services publics. Mais tout le cœur de la Seine-Saint-Denis et sa partie Est – ce rayon qui va de Roissy à Noisy-le-Grand, en passant par Clichy-sous-Bois/Montfermeil – sont passés à côté du développement économique.

Sur le plan du développement économique, de quels leviers disposez-vous ?

D’abord le partenariat avec la région pour le développement des transports. Je suis heureux de constater que près de 50 % des dépenses de transport prévues en Ile-de-France vont concerner la Seine-Saint-Denis.

Ensuite, la question de l’environnement. Elle doit permettre de modifier la manière d’appréhender ce département qui, historiquement, s’est construit dans l’urgence en évacuant toutes les préoccupations environnementales. Cette prise en compte de l’environnement va passer par le lancement d’un Agenda 21 départemental. Avec cette démarche, plus aucun acte ne sera pensé sans intégrer la question environnementale.

Enfin, nous allons lancer, début 2009, une Agence de développement économique. Marketing territorial, lobbying, guichet unique : elle sera chargée de convaincre les entreprises que l’avenir est en Seine-Saint-Denis.

Le partenariat public-privé a-t-il sa place dans l’action du conseil général ?

Personnellement, je ne me l’interdis pas. C’est un pari pédagogique, je ne suis pas sûr que, politiquement, tout le monde soit prêt à aborder ce sujet de manière aussi positive. Si demain je me rends compte que l’enveloppe consacrée par l’Etat et la région au transport en Seine-Saint-Denis renvoie des équipements à cinquante ans et si on a une possibilité de répondre à ce besoin en recourant aux partenariats public-privé, pourquoi pas.

Jeudi 25 septembre, dans le cadre de votre Biennale de l’environnement, une journée professionnelle est dédiée au BTP et à l’environnement. La Seine-Saint-Denis mise-t-elle sur l’écodéveloppement ?

Il faut voir plus loin. La Seine-Saint-Denis doit parier sur son carré magique : l’écologie urbaine, le développement économique, la mixité sociale et l’égalité des chances. Il ne faudrait pas qu’une espèce de postulat s’installe dans la tête des habitants selon lequel les activités nouvelles seraient réservées aux nouveaux arrivants pendant que ceux qui vivent ici depuis toujours sont condamnés à assister au spectacle du développement sans jamais pouvoir y trouver un rôle. Nos règles d’appels d’offres comportent un ratio 40/60, 40 % pour tenir compte de la valeur ajoutée humaine et environnementale de la proposition et 60 % pour le prix.

Votre budget va-t-il faire l’objet d’infléchissements importants ?

Après mon élection, j’ai fait procéder à l’audit de notre budget dont les premiers résultats montrent plus que jamais que chaque euro dépensé doit être un euro utile. J’ai souhaité y voir plus clair, d’abord pour rappeler l’Etat à ses responsabilités. Le ticket modérateur sur la taxe professionnelle, par exemple, est quelque chose d’insupportable. Un département pauvre comme le nôtre va devoir rendre cette année 21 millions d’euros à l’Etat. Je pourrais aussi évoquer les droits de mutation avec des différences de un à cinq entre les différents départements franciliens.

J’interviendrai lors du vote du budget pour essayer d’obtenir une mutualisation de ces droits de mutation à l’échelle de la région. Dans le débat sur l’agglomération parisienne, j’insiste beaucoup sur la péréquation des ressources entre les différents départements et villes. C’est pourquoi j’ai soutenu dès le départ la création d’une structure sous forme de syndicat de développement au niveau de l’agglomération pour donner plus de cohérence entre les projets des uns et des autres.

Ensuite, je proposerai des priorités. Nous devons être capables de déterminer, compte tenu de notre situation financière, quels sont les outils à notre disposition pour renforcer le développement économique et le rendre accessible à tout le monde.

Comment se passe le transfert des routes nationales ?

Il n’est pas dans mes habitudes de regretter le passé. Ces nationales, c’est inéluctable, seront à la charge des collectivités locales. Nous assumerons les responsabilités qui nous incombent dans le cadre de ce transfert. Je veux que le département fasse des nationales un outil de contractualisation avec les communes concernées et un outil de développement économique. Deux études majeures vont être engagées : l’une sur la requalification de la RN2 et la possibilité de l’équiper d’un bus à haut niveau de services, préfigurant le prolongement de la ligne 7 du métro jusqu’au Musée de l’air ; l’autre sur la RN3 et le canal de l’Ourcq avec, là aussi, l’idée d’y faire circuler un transport en commun en site propre.

Avez-vous défini les grands axes de votre politique du logement ?

Toute la chaîne du logement est à reconquérir. En commençant par l’habitat indigne. Nous sommes, avec Paris, l’un des départements les plus concernés. Ensuite, nous devons permettre la requalification indispensable des grands quartiers monofonctionnels des années 1960. Là encore, l’Etat a fait beaucoup de promesses, aujourd’hui non tenues. Par exemple, comment veut-on que les élus démarrent et réalisent les grands projets urbains avec les enveloppes fixées il y a cinq ans ? Enfin, dans la construction, nous devons pouvoir donner une chance à l’idée de mixité sociale. On ne peut pas continuer à ne produire que du logement locatif social – en particulier pour les jeunes – surtout si l’on veut faire comprendre que ce département s’ouvre au développement économique du XXIe siècle. Il faut accueillir aussi bien les cadres que les salariés les plus modestes. C’est pourquoi il faut, en parallèle, promouvoir l’accession sociale à la propriété. J’ai demandé à revoir totalement notre politique du logement. Mais je veux être d’abord attentif à nos marges financières pour ne pas tomber simplement dans un phénomène d’annonce.

Comment vous inscrivez-vous dans le débat sur le Grand Paris ou Paris Métropole ?

D’une certaine manière, dès que vous employez une expression, vous vous situez dans un camp ou dans l’autre. J’ai été frappé que l’on parle d’institutions avant de savoir ce qu’on voulait vraiment faire. Que ce soit pour les transports ou le logement, les deux demandes centrales de l’aménagement de la région, je ne suis pas sûr que l’on ait besoin d’ajouter une nouvelle couche au millefeuille institutionnel. Parlons d’abord projet ; les questions institutionnelles suivront.

PLUS D’information

L’intégralité de l’entretien sur www.lemoniteur-expert.com

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