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Sécurité incendie: Radio France fait le choix du brouillard d’eau

eric Leysens |  le 05/05/2011  |  Technique

La Maison de la Radio, bâtiment emblématique du XVIème arrondissement, pourrait devenir le premier immeuble français de grande hauteur à installer des brumisateurs plutôt que les sprinklers couramment utilisés. Des tests viennent d'être menés au Cstb et la Commission centrale de sécurité doit donner son avis cet été.

L'anneau et la tour de la Maison de la Radio, site accueillant les différentes stations du groupe Radio France, vivent en ce moment une réhabilitation visant à revoir entièrement leur exploitation. Chantier exécuté en site occupé, il prendra plus de temps que la construction, durant les années 1950, des bâtiments conçus par l'architecte Henry Bernard. Les déménagements du personnel représentent à eux seuls l'équivalent d'une année d'activité. A l'origine de cette rénovation lourde commencée en 2009 et qui devrait se terminer en 2016, dont le coût s'élève à plus de 300 millions d'euros, se situe  une obligation de mise aux normes anti-incendie, décrétée en 2003.Directeur général adjoint de Radio France, chargé de la sécurité, de l'architecture, des bâtiments et de l'intendance générale, Christian Mourougane  rappelle qu'à l'époque le passage de la commission de sécurité avait établi que la propagation du feu d'un étage à l'autre se ferait entre 15 à  45 minutes, alors que la réglementation exige un temps minimum de deux heures. Plutôt que de se contenter de répondre aux nouvelles normes, le maître d'ouvrage a choisi de revoir entièrement le système de protection incendie.

Des abris antiatomiques aux bureaux

Aujourd'hui, pour trouver à la Maison de la Radio des brumisateurs, capables de produire localement des brouillards de fines gouttelettes, grâce à un réseau sous haute pression,  il faut descendre dans les abris antiatomiques. Ils constituent les symboles de la guerre froide durant laquelle le bâtiment a été construit et s'ils possédent un système de brumisation, c'est qu'ils ont été  reconvertis en lieu de stockage pour archives.  Demain, c'est l'ensemble du bâtiment, notamment les 22 étages de la tour centrale, qui devrait en être équipé, en lieu et place des Sprinklers et de leurs réseaux actuellement installés.
Du fait de ce choix qui s'est porté sur un système avec brouillard d'eau, outre la commission départementale en charge de l'examen de  la sécurité incendie de la Maison de la Radio, la Commission centrale, constituée entre autres de représentant des ministères, de membres du Cstb et de pompiers, a également demandé à être consultée sur la mise en sécurité des occupants. La Commission centrale considère que "dans l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible d'apprécier assez fidèlement l'influence de la brumisation autrement que par le recours à l'expérimentation" et exige donc, pour les établissement recevant du public et les immeubles de grande hauteur, que des tests mesurant "les effets de l'interaction entre le brouillard d'eau et la fumée sur les conditions de tenabilité et de visibilité pour les occupants ou les services de secours présents dans la circulation"  soient réalisés et lui soient transmis.
"Aujourd'hui, la Commission centrale de sécurité accepte la présence de brumisateurs dans des locaux sans présence humaine, comme les locaux de stockage. Radio France demande l'extension de cette acceptation aux locaux de travail tels que les bureaux et certains studios, hormis ceux accueillant du public" explique au Moniteur Christian Mourougane.  Et d'ajouter : "Sachant que le système n'a pas encore fait l'objet d'une normalisation, il est naturel que Radio France se charge de prouver le bien-fondé de son choix technique".

7 minutes chrono

Des tests ont ainsi récemment été menés au Cstb sur un local reconstitué au plus proche de la réalité de la Maison de la Radio. Ces essais ont notamment montré que les brumisateurs permettent de limiter le développement du foyer et de contenir la montée en température. Mais ils ont également mis en avant l'apparition d'un manque de visibilité après 7 minutes de fonctionnement.
Cet accroissement de l'opacité du milieu ( fumée et gouttelettes) pose problème à une partie des Pompiers de Paris, membres de la Commission centrale de sécurité. De son côté, le personnel de la sécurité incendie de Radio France semble considérer que « 7 minutes » sont  bien suffisantes pour évacuer le personnel en péril. L'un d'entre eux rappelle que lors d'un incendie, on évacue "l'étage en dessous et au-dessus  du foyer mais pas les autres". Pour Christian Mourougane, le nouveau compartimentage du bâtiment avec portes  coupe-feu et escalier d'évacuation dédié à chaque subdivision,  devrait également permettre de réduire largement le temps d'évacuation des occupants mis en danger.
L'autre source d'inquiétude qui circule autour du « brouillard d'eau » est la possible mise en surpression des locaux. La projection de microgouttelettes sous haute pression est suspectée de pouvoir générer une surpression dans les locaux, envoyant la fumée vers les circulations et gênant ainsi l'évacuation. Au dire des différents spécialistes de la sécurité incendie, ce problème ne peut se poser que théoriquement, sous  forme d'équation, mais ne pose pas, en pratique,  de réel souci.

Un incendie, c'est aussi beaucoup d'eau....

Si le brouillard d'eau intéresse de plus en plus les maîtres d'ouvrage français, c'est évidemment qu'au-delà des inquiétudes qu'il peut susciter, il présente des avantages certains.
L'un des membres de l'équipe sécurité incendie de Radio France qui a connu les attentats d'Action directe et du FLNC visant le bâtiment, respectivement en 1986 et 1987, souligne que,  lors d'un incendie, « c'est souvent l'eau utilisée pour l'éteindre qui cause le plus de dégâts ». Il pointe ainsi un atout du brouillard d'eau : sa faible consommation d'eau et donc la réduction du risque de dégât des eaux.
Arnaud Breton, responsable expérimentation au laboratoire du feu du Centre national de prévention et de protection, qui a réalisé des essais sur l'efficacité du futur système incendie de Radio France, relativise les chiffres qu'il peut entendre sur les faibles quantités d'eau crachées par les brumisateurs. "J'entends souvent parler, avec un système par brouillard d'eau, d'une réduction par 10 de l'eau utilisée et répandue dans les locaux (par rapport à un système avec sprinklers). Les essais montrent que la réduction de la quantité d'eau est plus de l'ordre de 2 à 3 fois moins". Il rappelle également qu'une installation de brouillard d'eau haute pression a, avant tout, l'avantage d'amener  facilement de l'eau en différents points du bâtiment.
Pierre Carlotti, directeur du département sécurité, structures, feu au sein du CSTB, supervise en ce moment des essais commandités par des industriels spécialisés dans les systèmes de brumisation. Il juge qu'il est encore prématuré d'établir une norme, comme il en   existe pour les systèmes de sprinklers, avec, par exemple, le nombre de buses à disposer par m².  Selon lui, "il est préférable, dans l'immédiat, de laisser s'établir la concurrence entre les industriels pour que chacun améliore son système et que l'ingénierie dans le domaine progresse".  En attendant, un avis positif de la Commission centrale de sécurité  sur l'installation de brumisateurs dans les bureaux de Radio France  pourrait ouvrir la voie vers la démocratisation des systèmes de sécurité incendie à brouillard d'eau dans l'Hexagone.

Pour voir la définition de la Commission centrale de sécurité sur les systèmes d'extinction de type brouillard d'eau, cliquez-ici.

Brumisateur
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C'EST PLUS CHER ?

Pour Christian Mourougane, l'installation de brumisation est moins coûteuse qu'une installation de sprinklers, « tant en investissement qu'en fonctionnement ». Cependant, ce dernier reconnait que « s'agissant d'un système expérimental, l'industriel retenu a pu proposer un prix compétitif à Radio France ».

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