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Savoir-faire français: du nucléaire au solaire, il n’y a qu’un pas
Le soleil est concentré sur de longs tuyaux situés à quelques mètres de hauteur, de manière à produire de la vapeur, pouvant être utilisée en tant que telle, ou générant de l'électricité à travers des turbines. - © © Areva / Tucson

Savoir-faire français: du nucléaire au solaire, il n’y a qu’un pas

eric Leysens |  le 20/11/2013  |  EuropeInternationalFrance

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Le colloque annuel de la filière solaire thermodynamique, organisé mardi 19 novembre par le syndicat des énergies renouvelables, a été l'occasion de montrer que la France, forte de l'expérience que ses champions nationaux ont acquis dans le nucléaire, a les moyens de mettre en place une filière solaire française sans silicium.

Alors que le photovoltaïque semble être devenu le domaine réservé des entreprises chinoises, limitant les entreprises françaises au rôle d'installateurs ou au mieux d'intégrateurs, le solaire thermodynamique à concentration  (consistant à concentrer à l'aide de miroirs les rayons du soleil de manière à produire de la vapeur et ainsi faire tourner une turbine qui génère de l'électricité) peut mobiliser des acteurs français, de l'amont à l'aval de la filière.

« Mis à part le fait que sa source est le soleil, une centrale solaire thermodynamique fonctionne comme une centrale nucléaire», indique Roger Pujol, président de la commission solaire thermodynamique au sein du syndicat des énergies renouvelables. Ces similitudes technologiques permettent aux acteurs français ayant évolué durant plusieurs décennies dans le nucléaire de se tourner aujourd'hui vers le solaire.

Muri dans le nucléaire, le savoir-faire d'Alstom dans la fabrication de turbines, qui explique également son positionnement dans l'éolien, a conduit la multinationale française à s'engager dans la filière solaire thermodynamique au travers notamment de  la prise de participation dans l'entreprise américaine Brightsource, spécialisée, elle, dans la concentration du rayonnement solaire. Ils mènent ainsi conjointement, en bordure de LasVegas, un projet emblématique recourant à la technologie dite de tour solaire (voir la vidéo ci-dessous).



Après avoir fait l'acquisition en 2010 d'Ausra, société américaine  proposant des solutions de production d'électricité et de vapeur industrielle par concentration de l'énergie solaire, les équipes d'Areva se sont spécialisées dans les installations basées sur la technologie dite Fresnel linéaire, visant à concentrer le soleil sur de longs tuyaux situés à quelques mètres de hauteur au-dessus de rangées de miroirs curvilignes. « Pour développer nos projets solaires, nous utilisons les logiciels et le codage peaufiné dans les postes de contrôle  des centrales nucléaires », explique Emmanuelle Peter, directrice technique adjointe d'Areva Solar. Loin de mettre en avant le « made in France », l'ingénieur vante le « design in France ». « Sur le projet que nous  menons en Inde, 90% des composants sont fabriqués localement.  Il s'agit d'ailleurs d'un critère d'appréciation pesant lourd dans l'appel d'offres », précise-t-elle.

Les technologies du solaire thermodynamique appellent également les compétences d'autres de nos champions nationaux.  Les dizaines de milliers de miroirs nécessaires au fonctionnement d'une centrale solaire thermodynamique peuvent faire le bonheur de Saint-Gobain et les nombreux systèmes électroniques et câblages nécessaires ne doivent pas laisser Schneider ou Cegelec indifférents.
Nos majors de la construction, habituées à se joindre à Alstom et Areva sur des projets de centrales nucléaires, ont également leur rôle à jouer. D'après une étude du cabinet d'audit Ernst and Young sur la filière, l'investissement nécessaire dans le génie civil va de 10% du coût total d'une centrale fonctionnant avec une tour solaire à 30% pour un site utilisant des collecteurs cylindro-paraboliques.

Ces vaisseaux amiraux de l'industrie française peuvent également embarquer avec eux des PME comme Exosun, société spécialisée en systèmes de suivi solaire. Cette flotte française devra affronter les porteurs de projets photovoltaïques qui bénéficient de la production lowcost des modules chinois.


Concurrence avec le photovoltaïque

La puissance cumulée des parcs solaires thermodynamiques implantés à travers le monde ne dépasse pas encore les 10 GW, soit moins d'un tiers de la puissance photovoltaïque implantée sur le seul sol allemand. Mais les perspectives de croissance sont exponentielles. Cédric Philibert, « senior analyst » à l'agence internationale de l'Energie,  estime que la puissance solaire thermodynamique mondiale devrait se situer, en 2035, entre 70 et 230 GW.

Si Cédric Philibert précise que, même au Maroc, le prix d'un kWh électrique issu d'une centrale solaire thermodynamique est aujourd'hui 60% plus élevé que celui provenant d'un parc photovoltaïque, il reste confiant dans le développement de la filière. Il pointe l'avantage que présente le solaire thermodynamique de pouvoir être associé à un système de stockage utilisant des sels fondus, technique permettant déjà à ce jour de produire de l'électricité jusqu'à quatre heures après le coucher de soleil, lorsque surviennent les pointes de demande. Jacques Jamart, senior vice-président d'Alstom New Energies espère même pouvoir bientôt proposer des centrales capables de maintenir une certaine capacité durant la nuit de manière à répondre au pic de consommation électrique matinale.

Bien que les systèmes de stockage d'électricité se développent au sein de la filière photovoltaïque, à base de Lithium-ion et d'hydrogène notamment, ils ne feront, selon Cédric Philibert, qu' « écorner »  l'avantage concurrentiel du solaire thermodynamique. Cette différence entre les deux technologies a poussé le Maroc à commencer son plan solaire national par le lancement d'appel à projets portant sur le solaire thermodynamique et non photovoltaïque.

Plus à l'est, l'Arabie Saoudite a, parallèlement à ses objectifs dans le nucléaire, décidé d'implanter, dans les 20 ans qui viennent, 25 GW de solaire thermodynamique. Les membres du bureau d'Areva basé à Ryad pour suivre les appels d'offres lancés par le royaume sont désormais capables de parler à leurs interlocuteurs aussi bien de solaire que de nucléaire. Une délégation saoudienne présente actuellement en France devait d'ailleurs honorer de sa présence, ce mardi 19 novembre, le colloque solaire thermodynamique. Sollicités, les sujets du roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud se sont finalement rendus à une visite de la future centrale nucléaire de Flamanville. Du solaire au nucléaire, il n'y a qu'un pas...

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