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SAINT-ETIENNE renouvelle sa politique de l'habitat

VINCENT CHARBONNIER |  le 28/06/2002  |  ConcoursTransports mécaniquesAménagementLogementRénovation

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Pour enrayer la fuite des ménages vers les campagnes environnantes, Saint-Etienne veut offrir à ses habitants des services et des logements de qualité au centre-ville. Une politique qui passe par l'amélioration du stationnement et des transports publics, la reconquête du site de la Manufacture d'armes, et la dédensification des quartiers anciens. L'action en périphérie n'est pas abandonnée pour autant, mais des démolitions y limiteront l'impact de l'habitat collectif.

Saint-Etienne a perdu sa cohésion urbaine. Truffé d'activités polluantes dès la première révolution industrielle, le tissu urbain s'est délité sous les coups de butoir des crises du charbon, de la sidérurgie, du textile, de l'armement. De nombreux ménages d'ouvriers et de cadres moyens l'ont déserté pour les communes de la proche périphérie, de la plaine du Forez ou des plateaux du Velay. En dix ans, Saint-Etienne a ainsi perdu 20 000 habitants, près de 10 % de sa population. Aujourd'hui, avec un peu plus de 180 000 habitants, elle retrouve sa population de 1954... Parallèlement, la ville vieillit, se paupérise : les revenus des ménages stéphanois sont inférieurs de 20 % en moyenne à ceux de la région lyonnaise.

L'habitat pâtit de cette hémorragie : 10 600 logements, dont 8 000 du parc privé, étaient vacants en 1999, soit un sur dix. Les friches se multiplient dans les quartiers anciens, dont les appartements ne correspondent plus à la demande.

Les prix de l'immobilier sont les plus bas de France : « Certaines opérations se traitent à moins de 100 euros/m2, mais le coût de relogement des habitants, d'indemnisation des commerçants en rez-de-chaussée et de réfection des réseaux renchérit considérablement l'investissement », constate un professionnel. Résultat, il faut 19 mois en moyenne pour vendre un logement à Saint-Etienne.

Spirale dépressive

Ayant pris conscience du danger, les élus stéphanois ont décidé d'interrompre cette spirale dépressive. « L'ambition de ce mandat est d'inverser le flux de population et de renouveler l'habitat dans une ville à taille humaine où la qualité de vie prime », observe Claude Marder, adjoint à l'urbanisme. « Il s'agit de refonder la ville sur elle-même pour freiner l'étalement urbain », ajoute Alain Cluzet, directeur du service urbanisme. Après avoir lourdement investi dans la reconversion de friches et la création de nouvelles zones d'activités dans les années 80, défini en 1992 (avec Ricardo Bofill) les grandes orientations de sa politique urbaine, puis engagé la restructuration des quartiers sensibles, Saint-Etienne enclenche donc une nouvelle phase de son renouvellement urbain. Il englobe cette fois les quartiers anciens, qu'il s'agit de rendre plus attractifs et agréables à vivre. Mais la municipalité n'abandonne pas pour autant l'action dans les périphéries difficiles. Une clinique est en cours de construction sur le site de l'ancienne « Muraille de Chine », une barre de 500 logements HLM démolie en juin 2000.

« Mieux vaut tourner la page de l'habitat dans ces secteurs », estime Claude Marder. Un seul immeuble collectif devrait être conservé à terme à Montchovet, les bâtiments les plus proches de la rocade étant démolis dans les dix ans. De même, 405 logements seront dynamités en 2002 dans le quartier de Montreynaud.

Tabou de la démolition levé

Dans les quartiers anciens, le tabou de la démolition est levé pour la première fois. Jusqu'ici on s'était contenté de quelques opérations d'amélioration de l'habitat, mais neuf Opah successives n'ont guère eu d'effet sur le marché de l'immobilier. Pour l'essentiel, les actions de dédensification visent une diagonale comprise entre Crêt de Roc et Beaubrun et Tarentaize, trois quartiers inscrits dans le périmètre du Grand projet de ville (GPV). Mais les démolitions seront plus « chirurgicales » que celles opérées dans les années 70 dans le quartier de Bizillon, après le transfert de la prison et de la caserne Rullière. Il s'agit surtout de dégager des poches de verdure en coeur d'îlot, ou de remplacer le bâti particulièrement dégradé par des immeubles plus lumineux et plus modernes, disposant notamment d'espaces de stationnement, aujourd'hui très difficiles à introduire dans les rues étroites du centre-ville.

Travail «en dentelle»

Pour effectuer ce travail « en dentelle », la ville s'appuie sur Epures, l'agence d'urbanisme de la région stéphanoise. Celle-ci a d'ores et déjà identifié plusieurs îlots semi-vacants à fort potentiel car bien situés à proximité d'espaces publics, du campus universitaire de Tréfilerie, des grands axes de circulation ou de la préfecture. Ces logements vacants permettront de reloger les personnes touchées par les démolitions.

Les outils traditionnels de la politique de l'habitat n'étant guère adaptés à la situation locale - les RHI (résorption de l'habitat insalubre) par exemple, imposent de reconstruire autant de logements que l'on en démolit - la ville adoptera d'autres moyens d'intervention. Ainsi, le Crêt de Roc sera englobé dans une Zppaup (zone de protection du patrimoine architectural, urbain, paysager) et dans un PRI (périmètre de restauration immobilière). Ces dispositifs permettent en effet de déterminer les îlots prioritaires, voire de déclencher une DUP en cas de blocage des propriétaires, et de mobiliser les investisseurs.

Par ailleurs, Saint-Etienne peut compter sur le soutien logistique de l'Epora (Etablissement public foncier de l'Ouest-Rhône-Alpes), et financier de la Caisse des dépôts, avec laquelle elle signera à l'automne 2002 une convention publique d'aménagement. Ce qui devrait faciliter le portage d'opérations et la mise en oeuvre de projets susceptibles de faire tache d'huile auprès des investisseurs privés.

L'habitat n'étant pas l'unique moteur de la production urbaine, la ville poursuit la requalification des espaces publics esquissée dans le plan Bofill (« Le Moniteur » du 12 mai 2000, pages 74 à 77). La perspective d'un deuxième axe de transport urbain entre la place du Peuple et la gare de Châteaucreux entraînera la création d'un pôle d'échanges multimodal à Châteaucreux, et le transfert de la gare routière de Chavanelle, avec un parking souterrain de 350 à 400 places. Il sera construit par le concessionnaire, ainsi que le parking souterrain (300 places) du cours Buisson qui doit remplacer le parking mécanisé du palais de justice. Ces deux opérations permettront de redessiner le profil de la place Chavanelle, et d'aménager un plus grand parvis devant la Comédie de Saint-Etienne, grâce à la démolition de deux immeubles vétustes.

Dimension culturelle

Très attaché à la dimension culturelle de sa ville, Michel Thiollière, maire de Saint-Etienne, mise beaucoup sur l'implantation du Centre international du design dans le bâtiment d'honneur de l'ancienne Manufacture nationale d'armes. La reconversion de la gare du Clapier en brasserie-concert, la réhabilitation de la friche Lignel en salles de cinéma et centre d'art contemporain, et l'implantation d'un Zénith dans l'orbite du stade Geoffroy-Guichard devraient aussi contribuer à séduire de nouveaux citadins, voire à persuader certains cadres lyonnais de transporter leurs pénates à Saint-Etienne... Quand les liaisons routière et ferroviaire entre les deux villes auront, elles aussi, réussi leur mue !

CARTE : La reconquête du centre-ville par un habitat de qualité s'appuie pour partie sur le GPV (quartier Crêt de Roc), sur la reconversion de sites industriels (Giat Industries) ou ferroviaires (Châteaucreux), ainsi que sur une vaste Zppaup dont le périmètre reste à préciser.

La Manufacture dé-sanctuarisée

Le site de l'ex-Manufacture nationale d'armes de Saint-Etienne fait l'objet d'un programme d'aménagement d'ensemble confié à l'architecte Loïc Josse (Ellipse). Il s'agit de donner forme et cohérence urbaines à ces terrains progressivement libérés par l'armée. Propriétaire de ces 18 hectares, GIAT Industries conserve uniquement 22 000 m2 pour ses activités optiques, 54 000 m2 étant attribués à l'Etablissement de diffusion, d'impression et des archives du commissariat à l'armée de terre (Ediacat) ; 41 000 m2 sont affectés par ailleurs aux activités d'enseignement et de recherche du pôle universitaire «optique et vision» de Saint-Etienne. «Notre objectif est aussi de préserver le caractère patrimonial de ce site, auquel les Stéphanois sont très attachés», observe Alain Cluzet. L'implantation en 2005 du Centre international de design et, probablement, de l'Ecole régionale des Beaux-arts, permet d'assurer une «jonction symbolique» entre tradition industrielle et modernité.

Pour brancher cet ancien sanctuaire militaire sur le tissu urbain, une trame viaire, dont l'artère principale est parallèle à l'axe majeur de la ville, sera créée. Elle facilitera les liaisons avec la plaine Achille et le stade Geoffroy-Guichard, ainsi qu'avec la place Carnot ultérieurement réaménagée. Au nord, le verrou du Cetim (Centre technique des industries mécaniques) a sauté, dégageant une esplanade pour le pôle optique et vision.

La partie méridionale du site est dédiée à l'habitat. Cet espace très verdoyant d'une superficie de 35 000 m2 se veut la vitrine de la nouvelle politique d'habitat stéphanoise. Trois cents logements de standing, en accession, seront construits en dix ans, avec des petits collectifs (R + 3, R + 4) de part et d'autre d'un grand jardin, et le long d'un mail piétonnier. La formule du lotissement est retenue pour l'aménagement de ces résidences.

PHOTO : Il faudra une bonne dizaine d'années pour transformer le site Giat Industries (ci-contre, état actuel), selon le plan-programme ci-dessus, en un quartier verdoyant (photomontage de gauche) mêlant l'habitat, l'université, la recherche, et les industries de pointe.

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Châteaucreux en pôle position

Sur la frange est du centre historique, point de rencontre futur du tramway et du TGV, entrée de ville, etc., ce vaste territoire industrialo-ferroviaire est un site clé pour l'avenir de Saint-Etienne. Deux de ses îlots avaient été soumis à la réflexion des concurrents d'Europan 6 (projet mentionné de Sébastien Rozier et Laurence Gourio), mais l'étude d'ensemble a été confiée à l'architecte Humbert David. Programme : «Un pôle d'échanges multimodal, mais bien intégré à des activités tertiaires, des services, des commerces et de l'habitat», précise Alain Cluzet. Pas question donc de répéter les erreurs commises au centre d'échanges de Perrache à Lyon. Plus qu'à élaborer une forme urbaine, l'architecte s'est attaché à définir une méthodologie pour faire évoluer ce quartier dans la durée, à partir des «éléments déclenchants» que sont la seconde ligne du tramway, la gare, le pôle d'échange multimodal, le futur siège de Casino, etc. Il propose plusieurs hypothèses, selon l'évolution des besoins de la ville en tertiaire ou en habitat. Mais quelles que soient les programmations futures, il faut désenclaver le quartier, traiter l'espace public, et prévoir un stationnement de 1 000 places en limitant son emprise au sol. Le déménagement de la gare routière sur les anciens terrains du Sernam (206000 m2) permettra d'aménager un parvis devant la gare d'ici à 2005. Jusqu'à présent tournée uniquement vers le centre-ville, la gare aura à terme une deuxième face, les bureaux de la SNCF étant délocalisés de l'autre côté des voies. Les voies Bérard seront récalibrées en mail. Le boulevard sera dévié dans le prolongement de l'avenue Etienne-Mimard. Une voie sera créée au milieu de l'îlot Grüner, allégeant le trafic rue Denfert-Rochereau, au bord de laquelle circulera le tramway. Il transitera aussi par la place Fourneyron, dont les trottoirs seront élargis et plantés d'arbres. Dans ce cadre, explique Alain Cluzet, «l'objectif de la ville est de trouver un ou des opérateurs, ensembliers si possible, avec lesquels sera négocié le montage d'opération îlot par îlot».

PHOTOS : L'évolution du quartier de la gare de Châteaucreux, sous-occupé actuellement (ci-contre), a fait l'objet de plusieurs hypothèses de développement, à dominante habitat ou activités (petits documents). C'est l'hypothèse activités (photomontage ci-dessus) qui est aujourd'hui retenue.

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Nouvel horizon pour le Crêt de Roc

Inscrit au Grand projet de ville (GPV), le Crêt de Roc est un quartier collinaire du centre-ville. Cet ancien fief des ouvriers passementiers forme un ensemble architecturalement homogène d'immeubles-ateliers, alignés le long des rues étroites. Des traboules, ces passages couverts entre immeubles, ont été peu à peu privatisées. L'habitat est parfois très dégradé, de quasi taudis côtoyant des immeubles rénovés. Le taux de vacance est de 18 %. Le profil socio-économique des habitants ressemble à celui des grands ensembles de la périphérie, avec un taux de chômage et une proportion de RMistes élevés.

Mais la topographie et le patrimoine du Crêt de Roc, sa position centrale, proche de la préfecture, de la gare de Châteaucreux et de la place Carnot, sont autant d'atouts pour réhabiliter ce quartier à la vie associative riche, et qui commence à attirer artistes et architectes. La création (à l'étude) d'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain, paysager (Zppaup) et d'un périmètre de restauration immobilière (PRI) est susceptible d'attirer les investisseurs privés. Ce dispositif devrait aider à repérer les immeubles à restaurer sur la base de prescriptions préalablement définies. Après un diagnostic bâtiment par bâtiment, des interventions massives seront effectuées sur des îlots avec le concours de l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes et de la Caisse des dépôts. L'objectif est d'aérer le quartier dans sa partie basse, côté préfecture, de le réhabiliter dans sa partie haute, et d'aménager des espaces publics plus généreux.

PHOTOS : La réhabilitation du Crêt de Roc, vieux quartier ouvrier au relief accusé (ci-dessous), au tissu dense (ci-contre), et tout proche du centre-ville (ci-contre en haut), bénéficiera d'une conjugaison originale de procédures : GPV, Zppaup, et périmètre de restauration immobilière (PRI).

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