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Rudy Ricciotti :
FACADE DE L'ESPACE AIME CESAIRE - © © Julie Nicolas

Rudy Ricciotti : "L’architecture redeviendra une discipline politique"

JULIE NICOLAS |  le 19/02/2013  |  RRArchitectureBétonHéraultBouches-du-Rhône

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Architecte de l'espace Aimé-Césaire à Gennevilliers, un cube de béton blanc lacéré de longues entailles, Rudy Ricciotti revient sur son projet et présente plus largement sa vision de l'architecture.

Prouesse technique, l’espace Aimé-Césaire de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) est une boîte de béton lacérée d’entailles qui peuvent atteindre 11 mètres de long. Pour réaliser ce bâtiment, conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, l’entreprise générale Demathieu Bard a adapté ses méthodes de travail.

La première étape était de couler les voiles sur 15 m de haut, après avoir mis en place le ferraillage adapté ainsi que les renforts d’armatures indispensables au niveau des linteaux. De nombreuses études ont été nécessaires en amont. En particulier, « une modélisation fine des structures en conception et en exécution a permis de déterminer les ferraillages et les méthodologies adéquates de coffrage », indique Guillaume Lamoureux, ingénieur du bureau d’études structures Lamoureux Ricciotti ingénierie.

Le coulage en plusieurs phases a commencé en juin 2012 pour se terminer en novembre de la même année. L’architecte Rudy Ricciotti a livré au Moniteur.fr sa vision du projet, dont la livraison est prévue pour juin prochain.

Le bâtiment semble inspiré du travail de l’artiste Lucio Fontana. Quelle était la symbolique ici à Gennevilliers dans ce quartier du Luth ?

Non, les percements y font penser, ce sont des yeux sur une cité rationaliste. Au bout de l’avenue Lénine, coincé entre des barres de plusieurs kilomètres, avec pour horizon des milliers de fenêtres identiques, j’ai fabriqué cette lanterne magique parfaitement réactionnaire, maniériste et petite bourgeoise. Le maire bolchévique romantique sensible au paysage urbain de ses concitoyens l’a parfaitement apprécié, évalué et défendu. Imaginez le résultat quand l’artiste Di Rosa aura réalisé son intervention dans le hall, quelle trahison à la modernité !

Quelles ont été vos exigences lors du chantier et les points sur lesquels vous avez été particulièrement attentif ?

Je n’avais aucune exigence mais seulement deux formulations adressées à l’entreprise : la première s’il vous plaît, la seconde merci !

Aujourd’hui l’enveloppe de béton est achevée. Que pensez-vous du résultat ? Réfléchissez-vous déjà à des déclinaisons sur ce modèle à l’avenir ? Si oui, quelles leçons tirez-vous de ce chantier, en particulier sur les aspects techniques ?

Il n’y a pas de modèle. La leçon de l’histoire est que les maçons français sont les meilleurs au monde… Demathieu Bard mais aussi Vinci, Eiffage, Bouygues, Léon Grosse, Cari, Freyssinet, Fondeville. Avec tous j’ai réalisé des projets expérimentaux en béton : le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille, le Louvre, la médiathèque de Colomiers, le centre culturel de Douchy-les-Mines, le stadium de Vitrolles, le musée Cocteau, le Pont du Diable, le Pont de la République qui va démarrer ce mois-ci à Montpellier. Ces chantiers ont en commun d’être expérimentaux, voire des premières, structurellement et dans les modes de réalisation. Ces recherches et développement portent un bénéfice propre à chaque entreprise, notamment dans les outillage et méthodes.

Ce qui me fascine chez ces vrais constructeurs, à qui je dois tout, c’est qu’ils savent tout faire à condition que l’architecte et l’ingénieur assument leur pensée. Ici encore à Gennevilliers, Romain Ricciotti et son associé portent les risques, se mettent en danger et ne mettent pas les entreprises en difficulté. Imaginez 500 m² de ferraillage réalisé au sol puis levé comme une gigantesque toile d’araignée, installé dans les banches et réservant des percements de plus de 9 m de longueur tournant dans les angles. Il ne peut y avoir aucune déformation dans la levée du ferraillage car la totalité d’une façade est une poutre très sollicitée.

Nous sommes davantage dans une culture de compagnonnage que dans une posture de roquet méprisante de la culture du travail. Je tiens à le dire, sur mes chantiers la maîtrise d’ouvrage a obligation d’être humble, respectueuse et admirative des travailleurs… Là est le cœur d’une réalité avec laquelle nous devons tous garder contact. A ces conditions l’architecture redeviendra une discipline politique.

Retrouvez tous les détails du chantier dans le Moniteur des travaux publics et du bâtiment n°5701 du 1er mars 2013.

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