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RT ou RE 2012 ? - © © wordle.net

"RT ou RE 2012 : un équilibre à faire évoluer"

Christian Cardonnel (Cardonnel Ingénierie) |  le 31/05/2010  |  EnergieRéglementationTechnique

Christian Cardonnel, à la tête depuis 30 ans du bureau d'études Cardonnel Ingénierie spécialisé dans le confort durable du bâtiment, nous livre un plaidoyer pour "une réglementation énergétique du bâtiment équilibrée".

Avec les derniers arbitrages sur la loi Grenelle 2, la RT 2012 du bâtiment neuf va être finalisée et publiée pour une mise en application dans le non résidentiel et les constructions en zone ANRU dès fin 2011, puis pour tous le 1er janvier 2013.
Rien n'empêche de l'appliquer par anticipation, dès sa publication, et réaliser des opérations au niveau BBC avec les nouvelles conventions.
On parle de RT, mais la réglementation traite d'énergie, d'environnement et d'économie : la notation RE 2012 serait plus judicieuse.
Une large concertation a été organisée par les pouvoirs publics. Tous les contributions n'ont pas été pris en compte, mais l'essentiel y est, et des améliorations pourront être intégrées au fil du temps. Il est vrai que le travail a été marqué par le jeu d'acteurs et les actions de lobbying, il faut savoir garder raison et synthétiser.
J'ai activement participé au processus, avec une vision globale plus axée sur le résidentiel comme ce propos, et contribué à de nombreux groupes de travail. Je ne suis pas d'accord sur tout, loin sans faut.
Je pense par exemple, que l'on aurait gagné en clarté avec deux méthodes : l'une «simplifiée» pour le résidentiel et l'autre «plus complexe» réservée aux projets importants et au tertiaire.

Les trois piliers de la RT 2012 :

Le BBio, exprimé en points, il permet de déterminer le bon niveau de conception bioclimatique du bâtiment et les besoins de chauffage, climatisation et éclairage.
Il doit être inférieur à un niveau BBio Max modulé en fonction de la zone climatique H, l'altitude, la taille et type de programme, les catégories de bâtiment CE1/CE2.
Il s'agit d'un nouveau point d'étape, indispensable et qui doit être respecté et validé dès le dépôt du permis de construire. Un élément novateur qui conduit à un véritable dialogue constructif entre maîtrise d'ouvrage, d'œuvre et l'ingénierie.
Pour l'instant, les choses semblent un peu complexes et certains points doivent encore être améliorés comme le traitement cohérent de l'inertie du bâti, les échanges avec le sol, le multizone, les indicateurs pédagogiques et informatifs.

La Tic, exprime le niveau de température ambiante conventionnel obtenu en été par jour de forte chaleur est le second point d'étape.
Faute de temps, cet indicateur mis en place avec la RT 2000 est inchangé.
Avec l'évolution du climat, le confort estival est pourtant un point essentiel qu'il est nécessaire de bien maîtriser.
On ne peut pas jouer aux apprentis sorciers avec des bâtiments hyper isolés, sans inertie qui seront vite invivables dès les beaux jours sauf à recourir à une climatisation « énergivore ».

Des caractéristiques minimales du BBio et Tic sont mises en place :
Le traitement global des ponts thermiques.
Le contrôle de l'étanchéité à l'air du bâtiment, par une mesure ou l'application d'une procédure de qualité agréée.
En résidentiel, une surface minimale de baies vitrées de 1m2 pour 6m2 habitable.
Pour l'été, des facteurs solaires maximaux des baies et des surfaces d'ouvrant minimales.

La surface de référence évolue avec une SHORT mieux adaptée que la SHON.

Le Cep, est le troisième point d'étape, avec la valeur emblématique de 50.

Exprimé en kWh ep/m².an, le Cep donne une indication conventionnelle des consommations chauffage, climatisation (éventuelle), eau chaude sanitaire, éclairage, auxiliaires, l'apport d'énergie électrique produite sur le site (PV ...). Un calcul bien sûr conventionnel, avec des données climatiques établies au pas horaire et par zone climatique, et un scénario d'usage.

Énergie Primaire et CO2 :

Le Cep doit être inférieur au Cep Max du programme modulé en fonction de la zone climatique H, l'altitude, le type et taille du projet, la catégorie CE1/CE2 et le faible contenu CO2 pour la biomasse et les réseaux de chaleur vertueux.

D'autres modulations ont été tentées (en fonction de l'énergie utilisée et du contenu énergie primaire et CO2...) mais rien n'est simple et très cohérent en fonction des dires des différents lobbyings.

Chaque kilowattheure consommé est converti en énergie primaire avec le coefficient conventionnel de 2,58 pour l'énergie électrique et 1,00 pour les autres énergies. C'est le statuquo actuel qui fait bien des aigris.

Le sujet le plus complexe revient à l'énergie électrique en raison de son bouquet de production évolutif : un parc nucléaire stable, de nouveaux moyens de production EnR - éolien, photovoltaïque, biomasse -, les cycles combinés gaz (CCG) et les turbines à combustible (TAC) en pointe.

Un véritable bilan CO2 du kWh électrique doit rapidement être réalisé pour sortir de l'impasse.
Les effets de pointe nécessitent un réseau de distribution adapté et des productions ponctuelles à fort impact CO2.

Les réseaux électriques intelligents - « Smart Grid » - et les solutions hybrides associant une énergie stockable et de l'énergie renouvelable vont donc se développer.

La RT 2012 dans le résidentiel :

En résidentiel, sur la base de 50, la répartition moyenne est de l'ordre de : 15 pour le chauffage et/ou la climatisation, 25 pour l'eau chaude sanitaire, 5 pour l'éclairage et 5 pour les auxiliaires.
Le poste eau chaude sanitaire devient prépondérant et de nombreux efforts seront nécessaires. Dans les conditions actuelles, la production ECS en effet Joule est une gageure : de 20 kWh/m².an de besoin, on passe à 70 kWhep/m².an de consommation. De nouvelles solutions EnR (Solaire, PAC) vont donc vite se développer.

Le poste chauffage est également en forte mutation : de 5 à 20 kWh/m².an et une durée plus courte (entre 1 000 et 2 500 h/an), une puissance faible, mais avec des pointes.
Le besoin chauffage moyen de 12 kWh/m².an résulte du bilan énergétique du bâtiment : les déperditions moins les apports gratuits (solaires et internes) récupérés.
Schématiquement, le poste déperditions est réparti en 3 tiers : parois opaques, baies vitrées et renouvellement d'air neuf et les apports gratuits récupérés présentent 80 % des pertes.
Du besoin on aboutit à une consommation d'énergie de 15 kWhep/m².an avec un équipement performant (Condensation ou PAC, avec un chauffage basse température).

Le bâtiment de demain devient donc thermogène et le bilan énergétique des baies vitrées devient neutre.

Au niveau des équipements, faute de temps et d'un véritable consensus, le traitement n'est pas toujours réaliste et cohérent et les futures règles de calcul ThBCE devront être rapidement analysées pour lever derniers les obstacles (gestion et émission, distribution, auxiliaires et génération).

Différentes caractéristiques minimales sont également prévues pour le Cep :

Recourir à un minimum de 5 kWhep/m².an d'énergie renouvelable pour la maison individuelle, la solution de base proposée est un CESI certifié avec un minimum de 2 m² de capteurs solaires.
Un équipement de comptage ou d'estimation des consommations d'énergie par logement avec une répartition par poste (chauffage, climatisation, ECS, prises électriques et autres).

Une novation très importante et qui mérite une attention particulière.
Cet équipement couplé avec un suivi de la température ambiante et des données climatiques peut permettre de mieux analyser les aléas du bâtiment : défauts, manques de maintenance, dérives et aider au commissionnement.

C'est une proposition de groupe de travail "Promotion Privée" du Plan Bâtiment Grenelle et la procédure "titre V système" peut être une solution de valorisation, avec 10 à 15 % d'économie d'énergie et financière à la clé.
Pour la mise en application de cette future réglementation énergétique du bâtiment, il sera nécessaire d'être efficient.

Les points d'étapes essentiels sont :

La conception, avec une véritable synergie de travail entre le maître d'œuvre, d'ouvrage et l'ingénierie spécialisée;
La construction, avec des produits performants, certifiés et des travaux réalisés avec rigueur par les entreprises qualifiées, formées et en bonne relation avec la maitrise d'ouvrage et d'œuvre;
Le commissionnement, une étape indispensable, trop souvent ignorée ou mal réalisée. Aspect dommageable : ce point qui concerne l'exploitation du bâtiment n'est pas pris en compte dans la RT !;
Le comportement vertueux des usagers pour un confort raisonné et équilibré devra être recherché et encouragé. Ce point essentiel permettra d'aller vers une garantie de performance ou de résultats.

La pertinence économique d'un projet devra être recherchée au plus juste.
Aujourd'hui, il n'est pas rare de devoir investir entre 1 à 3 € par kWhep gagné par an, avec un prix de revient du kWh à 0.1 € le temps de retour est de 10 à 30 ans.
Demain avec l'expérience et les bonnes pratiques ce niveau d'investissement sera rapidement inférieur à 1 €/kWh.an.

Pour conclure, l'ingénierie spécialisée en thermique et fluides du bâtiment, en relation avec l'architecte, l'économiste et les entreprises, va jouer un rôle primordial, elle doit cependant évoluer pour s'adapter à la nouvelle demande.

La méthode de calcul ThBCE 2012 et les autres règles de calcul associées Th-BAT rendent la réglementation très complexe. Elle doit gagner en cohérence avec un fil d'Ariane, des explications, des exemples clairs. Sinon, elle risque d'être mal comprise et donc mal appliquée et comme le moteur de calcul être considérée comme une véritable boîte noire.
Alors, travaillons ensemble vers un nouvel équilibre énergétique et environnemental, pour le confort durable du bâtiment neuf et rénové.

Nota : ce document est le résumé d'une note plus technique, disponible avec d'autres sur www.cardonnel.fr

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