Industrie/Négoce

« RT 2012 : pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué », Philippe Macquart, Délégué Général de l’Union des Fabricants de Menuiseries Extérieures

Mots clés : Bois - Menuiserie extérieure - Menuiseries - Produits et matériaux - Réglementation thermique et énergétique - Second oeuvre

Dans le cadre de sa mission d’’accompagner et de soutenir les concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries extérieures (Bois, Aluminium et PVC), l’UFME, le syndicat des fenêtres et portes extérieures multi-matériaux, s’inquiète des dérives que peut entraîner le calcul des coefficients caractéristiques fenêtre à fenêtre, pour tous les corps de métiers du secteur de la menuiserie extérieure… de la fabrication à la pose !

Les principes vertueux et les exigences de la RT 2012

La toute première la Réglementation Thermique de 1974 a fait couler beaucoup d’encre… La consommation énergétique des constructions neuves a depuis lors été divisée par deux. L’application de la RT 2012 a pour ambition de la diviser à nouveau par trois, et par là même, de réduire l’émission de gaz à effet de serre. Évolution majeure par rapport aux versions précédentes, la RT 2012 définit trois objectifs de résultats qui se traduisent en plafond de besoins bioclimatiques (Bbiomax, exigence d’efficacité énergétique du bâti), de consommation d’énergie primaire (Cepmax) et de température intérieure maximale en période chaude (confort d’été).

Ces objectifs s’accompagnent d’un nombre limité d’exigences de moyens, dont un minimum de surface vitrée pour garantir le confort d’habitation (1/6ème de la surface habitable).

 

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Depuis de nombreuses années, les coefficients thermo-optiques des fenêtres sont calculés par gamme (c’est-à-dire pour un ensemble de fenêtres de même système), et les menuiseries marquées NF peuvent répondre parfaitement aux cahiers des charges des constructions BBC, aujourd’hui RT 2012, HQE et autres labels.

Alors que ce principe de calcul forfaitaire convenait parfaitement, aujourd’hui la RT 2012 impose aux professionnels des méthodes très compliquées pour calculer tous les coefficients physiques fenêtre à fenêtre !

Au travers de règles de calcul Th-Bât et d’un logiciel thermique d’application, la RT 2012 contraint les industriels à renseigner 18 paramètres différents pour chaque baie vitrée… Imaginez le nombre de paramètres à saisir !

Par exemple, en ne prenant en compte que les 30% de fenêtres destinées au neuf sur un marché national estimé à 10 millions d’unités, il faudrait donc saisir 56 millions de données, soit 6 fois plus qu’auparavant !

Ceci représenterait un travail à la fois vain et colossal ! Et malheureusement, dans ce secteur qui subit une crise économique majeure, des plans sociaux de licenciements collectifs sont mis en place régulièrement et on va demander à des industriels bataillant pour sauvegarder l’emploi de leurs salariés, de monopoliser leur personnel à la saisie et au calcul de ces données plutôt que de s’attacher à pérenniser leur activité ?!

 

Tout ça pour quoi ?

Mais peut-être faisons-nous une erreur… Peut-être serait-il plus pertinent de calculer le Uw et les 17 autres paramètres fenêtre à fenêtre, plutôt que d’utiliser les valeurs forfaitaires seules (Uw, Sw, TLw) ? Afin de répondre à cette question objectivement et en toute indépendance, l’UFME a commandé au cabinet de calcul Tribu Energie une étude comparative.

Objectif : quantifier les écarts entre les valeurs de Bbio et de Cep calculées, d’une part en appliquant stricto sensu la réglementation, et d’autre part en considérant des valeurs forfaitaires issues d’Avis Techniques (ou DTA) ou des certificats NF.

Les conclusions de cette étude sont claires :

– En maison individuelle, les écarts calculés ne sont pas significatifs : inférieurs à 1,2 point de Bbio et 0,6 kWhep/m²/an sur les consommations.

– En immeubles collectifs, les écarts restent faibles et le calcul sur la base de valeurs forfaitaires conduit systématiquement à des estimations légèrement plus défavorables que celles à dimension : écart de 4,2 points de Bbio et 2,5 kWhep/m²/an dans le pire des cas.

Ces résultats confortent notre position : les performances énergétiques des bâtiments construits sur la base de valeurs forfaitaires pour l’étude thermique réglementaire ne seront pas dégradées par une simplification des calculs, la mise en oeuvre des menuiseries extérieures étant très certainement bien plus critique dans les performances finales !

 

Il est urgent de s’appuyer sur une méthode de calcul basée sur des valeurs simplifiées, disponibles et contrôlées.

En conséquence, afin de respecter la RT 2012, nous préconisons à nos adhérents et aux professionnels de la menuiserie extérieure de ne prendre en compte pour les calculs réglementaires que les seules valeurs forfaitaires issues des avis techniques ou certifiées (dans le cadre de marquages Acotherm ou NF Fenêtres et Blocs baies PVC Aluminium RPT ou NF Fenêtres Bois et Portes extérieures).

Objectif de cet aménagement : faciliter nettement la tâche des industriels et des bureaux d’études et ainsi favoriser l’application de la RT 2012 !

Cet aménagement apportera certainement plus de fiabilité que l’utilisation des valeurs déclarées, certes à dimension, mais sans aucun contrôle extérieur. Il est bien entendu toujours possible d’effectuer un calcul détaillé à dimension, lorsque cela est nécessaire pour respecter le Bbio max et Cep max.

Ce calcul n’étant plus effectué de manière systématique, les bureaux d’études, déjà bien en mal d’intégrer toutes les nouvelles notions apparues dans la RT 2012, verront leur charge de travail allégée !

Cette préconisation, nous en sommes certains, devrait remporter le soutien des cabinets de calculs thermiques, qui y verraient un moyen de simplifier l’ensemble de leurs études tout en obtenant un résultat conforme à la RT 2012.

Dans le cadre de notre mission, nous nous devons d’accompagner nos adhérents pour qu’ils puissent répondre au mieux aux impératifs de la RT 2012, tout en les aidants à s’adapter aux méthodes préconisées et à se protéger des impacts de l’application de ces mesures sur leurs activités. En ces temps de crise économique, nous ne pouvons fermer les yeux !

 

Focus

UFME (Union des Fabricants de Menuiseries Extérieures)

Issue de la fusion de deux syndicats reconnus, l’UF PVC Composites (Syndicat National de la Menuiserie PVC Composites) et le SNFMI (Syndicat National des Fabricants de Menuiseries Industrielles), l’UFME (Union des Fabricants de Menuiseries Extérieures) a pour vocation d’accompagner et de soutenir les concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries extérieures (Bois, Aluminium et PVC).
L’UFME compte aujourd’hui 151 adhérents repartis sur l’ensemble du territoire national.

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  • - Le

    Faire simple à condition de faire performant

    Le coup de gueule du délégué général de l’UFME n’est pas totalement injustifié si on considère que le but des calculs effectués par les professionnels est souvent de noyer le poisson quant à la performance réelle des menuiseries qu’il propose et de faire croire que ses produits sont ultra performants alors qu’ils sont en retard d’au moins 10 ans par rapport aux objectifs à atteindre : logement neufs positifs en 2020 et ancien ne consommant pas plus de 80 kWh/m²/an. Je souscrirais à ce coupe de gueule : – si le marché proposait systématiquement des menuiseries dont le Uw toujours inférieur à 1.0 dans l’ancien pour les cotes de normalisation 1230*1480 et à 0.8 dans le neuf, sans oublier les portes dont le Ud doit respecter les mêmes performances. – si les prix des menuiseries très performantes étaient « raisonnables ». Les portes passives (Ud < 0.8) existent à moins de 2000 €, il suffit de les demander ! Michel LARONCHE www.construire-ecobioclimatique.fr
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  • - Le
    La RT2012 vise justement à estimer précisément et de manière standard la performance des bâtiments.D’où la nécessité de calculer précisément la performance des menuiseries. Nous avons constaté sur plusieurs projets qu’en sélectionnant une gamme de menuiserie aluminium affichant un Uw=1.6W/m².K, le calcul des performances menuiseries par menuiseries (avec les dimensions réelles du projet), le Uw réel était très souvent dégradé à 1.7 ou 1.8. Mauvaise surprise donc (à contrario le Uw n’était jamais meilleur, étrangement) ! Les valeurs simplifiés ne nous semblent donc pas une bonne idée. D’autre part, calculer le Uw et tous les paramètres ne nous semblent pas insurmontable. L’informatique aidant, un simple logiciel dans lequel on rentre la géométrie et les caractéristiques des produits suffit. Nul besoin de R&D ni même d’ingénieurs. À vous de publier une version gratuite de ce genre de logiciel !
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  • - Le

    Pourquoi évoluer?

    Article qui met bien en évidence toute la différence entre l’approche franco-française et l’approche allemande ou autrichienne qui mentionne le Uw de chaque châssis dans ses devis. Le problème c’est qu’on se fait très vite à ce sérieux-la, surtout quand les délais sont respectés et le service impeccable. Heureusement, il ne s’agit que d’un point de vue, que j’espère très personnel.
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  • - Le

    Bien le bonjour au Professeur Shadocko!

    Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ? Cela fait maintenant 8 ans que je travaille en Asie, et je constate que la machine Francaise a normaliser en rond continue a tourner sans anicroche. Certains n’hesitent pas a parler de diarhee normative et legislative. Quand je constate que le Délégué Général de l’Union des Fabricants de Menuiseries Extérieures s’inquiete lui aussi, je me dis qu’ils ont peut-etre raison. En tant qu’architecte, je sais combien la pose salopée d’une fenetre peut lui faire perdre toute les qualités apportees par une technique sophistiquée. Mais, faire compliqué, c’est aussi un moyen de protéger l’industrie locale: la grosse, j’entends. Une baie sophistiquee, c’est de la R&D, des profiles alus, des verres speciaux, des tests de conformite, etc,… du business!
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