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Robin Hood Gardens 1966-1972

par REMI LAPORTE |  le 01/10/2008  |  ImmobilierLogementsPolitique sociale

L’ensemble de logements sociaux de Robin Hood Gardens, conçu par Alison et Peter Smithson à partir de 1966 et achevé en 1972 dans l’East-End londonien est actuellement l’objet d’une intense polémique opposant les pouvoirs publics partisans d’une démolition et reconstruction du site aux défenseurs de l’œuvre. Au-delà des circonstances, la question posée par cette actualité est double. D’une part, elle participe à la mise en débat du regard patrimonial porté sur l’architecture domestique issue des reconstructions massives de l’après-guerre, et d’autre part elle incite à l’évaluation des qualités de bâtiments qui concrétisent deux décennies de réflexions d’architectes reconnus pour avoir contribué au renouvellement de la pensée architecturale de leur époque et constitué un héritage doctrinaire réapproprié par de nombreuses démarches contemporaines.

La controverse qui commence au début de l’année 2008 fait suite à une annonce de Margaret Hodge, ministre de la Culture, et du conseil municipal de Tower Hamlets du projet de démolir l’ensemble conçu par Alison et Peter Smithson. Propriétaire, la municipalité souhaite réaménager le secteur avec une densité supérieure, en arguant que les technologies de modélisation numériques actuelles permettraient de conserver pour la postérité une image très fidèle du bâtiment. Cette déclaration, suivie d’exemples d’opérations récentes réalisées dans des quartiers périphériques de Londres, et la description de Robin Hood Gardens en « monstruosité de béton » que fit la ministre suscitèrent l’émotion dans le milieu architectural d’outre-Manche. La pétition en ligne qui s’en suivit sur le site de l'hebdomadaire Building Design pour réclamer le classement de l’édifice avec le soutien du fils des Smithson – lui-même architecte et associé de l'agence Richard Rogers & partners –, qualifiant cette œuvre de meilleure réalisation de ses parents, acquit rapidement une audience internationale et l’adhésion de personnalités éminentes (1). L'ampleur des réactions incita les autorités à différer leur décision et les opposants à organiser un concours d’idées pour la réhabilitation des bâtiments et la requalification du site.

Des rues aériennes

Au moment où débute le projet de Robin Hood Gardens, les Smithson ont acquis une notoriété importante grâce au groupe d’architectes Team 10 au nombre desquels ils figurent parmi les plus actifs. S'ils ont déjà conçu des réalisations importantes en Angleterre telles que l’école secondaire de Hunstanton (1950-1954) et le siège du journal The Economist à Londres (1960-1964), leur statut reste néanmoins marqué par le caractère provocateur des propositions faites lors de concours ou d’expositions. De même que transparaît la teneur non conventionnelle du discours qu’ils élaborent par l’intermédiaire de nombreux articles publiés dans les revues anglaises, par l’enseignement que Peter Smithson dispense à l’Architectural Association de 1955 à 1960, ou encore par le relais critique de Reyner Banham ou de Kenneth Frampton. Pour les institutions ils sont avant-gardistes ou présomptueux et les premières marques significatives d’une reconnaissance officielle ne viendront que tardivement. Ceci explique sans doute pourquoi les Smithson ne participeront pas aux importantes opérations de reconstruction réalisées en Angleterre à partir des années cinquante, malgré leur attachement à la question du logement de masse et au rôle social de l’« état providence ».

Pourtant, le projet rendu en 1952 au concours pour la reconstruction de l’îlot londonien de Golden Lane connaîtra un retentissement important. La proposition d’Alison et Peter Smithson consiste à occuper le site irrégulier par une série d’immeubles linéaires de onze niveaux implantés perpendiculairement et connectés les uns aux autres. Chacun comprend des appartements en duplex desservis par une galerie extérieure dénommée « rue aérienne » formant un réseau d’espaces collectifs potentiellement extensible par de nouveaux bâtiments. L’accès aux logements se fait soit par un escalier partant directement de la « rue », soit par l’intermédiaire d’une « cour jardin » privative et traversante, multipliant les gradations entre le collectif et l’intime. Tout en rendant hommage à l’unité d’habitation de Le Corbusier dont le chantier s’achevait alors à Marseille (2), le projet s’écarte du modèle distributif de la « rue intérieure », et manifeste la réévaluation des préceptes urbanistiques de la charte d’Athènes qu’entreprennent les Smithson, alors fortement marqués par l’étude des quartiers ouvriers de l’East-End de Londres menée par un de leurs proches, le photographe Nigel Henderson. Ainsi la doctrine des « quatre fonctions » prônée par les CIAMs apparaissant insuffisante pour penser la complexité urbaine à la lumière des réalités sociales est-elle remplacée par l’association de quatre échelles de relation de l’homme avec son environnement constituées par la ville, le quartier, la rue et la maison.

A défaut d’être concrétisés par les Smithson eux-mêmes, les principes de Golden Lane seront en partie appliqués pour la construction des neuf cents logements de Park Hill à Sheffield de 1957 à 1961 conçus par Ivor Smith et Jack Lynn où, malgré sa générosité spatiale et l’exploitation habile de la topographie pour connecter directement les « rues aériennes » au domaine public, le système se révèle mal adapté au climat du nord de l’Angleterre et sera progressivement détourné par la petite délinquance.

Un site aux limites

C’est en 1966 que le Greater London Council passe commande aux Smithson de la conception de logements sociaux sur le site de Robin Hood Gardens. La densité est fixée à 340 habitants par hectare, et à 0,25 hectare d’espace libre pour mille habitants. Il s’agit en réalité du second projet que les architectes y conçoivent, le maitre d’ouvrage les ayant déjà contacté auparavant pour intervenir dans un périmètre limité à l’emprise de quelques bâtiments insalubres, et ce n’est que suite aux rachats successifs de [...]

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