En direct

Retraites : la pénibilité dans le BTP s'invite au débat
FO et la CGT réclament la retraite à 55 ans pour tous les salariés du BTP accomplissant des tâches pénibles. - © © Phovoir
Décryptage

Retraites : la pénibilité dans le BTP s'invite au débat

Caroline Gitton |  le 15/01/2020  |  RetraitePolitique socialeEmploi BTPPénibilitéFrance entière

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Retraite
Politique sociale
Entreprises
Emploi BTP
Pénibilité
France entière
Emploi
Valider

Les pistes gouvernementales pour mieux prendre en compte les contraintes physiques dans la construction restent floues.

Le Premier ministre Edouard Philippe l'a signifié sans ambages : malgré les revendications de la CFDT Construction ou encore de FO Construction, il ne réintroduira pas, dans le compte professionnel de prévention (ex-compte pénibilité), les principaux facteurs de risque auxquels sont confrontés ceux qui travaillent sur les chantiers. Autrement dit, les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles et les vibrations mécaniques.

Le risque chimique de nouveau à l'ordre du jour ?

Pour mémoire, une des ordonnances « Macron » de septembre 2017 réformant le Code du travail les a en effet exclus du dispositif, au même titre que les agents chimiques dangereux. Ces derniers pourraient toutefois faire à nouveau leur entrée dans le compte pénibilité.

« La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, n'a pas fermé la porte à cette éventualité », rapporte Patrick Liébus, président de la Capeb, reçu le 7 janvier par plusieurs ministres au titre de son mandat de premier vice-président de l'Union des entreprises de proximité (U2P).

Lors de sa semaine d'échanges avec les partenaires sociaux, le gouvernement a ainsi abordé la pénibilité sous trois angles : prévention — qui devrait être traitée dans le cadre de la réforme de la santé au travail —, reconversion professionnelle, et réparation. « A 60, ou même à 55 ans, un couvreur ne peut plus monter sur les toits », admet Muriel Pénicaud.

La locataire de la rue de Grenelle envisage ainsi la création d'un congé de reconversion pour les salariés concernés. « Changer de métier : en théorie, pourquoi pas, mais quel employeur embauchera un salarié déjà usé ? », objecte Frank Serra, secrétaire national de FO Construction.

« Les salariés du secteur demeurent les grands oubliés de la réforme »

Pour Laurent Tabbagh, secrétaire national à la CGT Construction, qui pointait en décembre dernier « un déni des conditions de travail dans le BTP » de la part du gouvernement, le compte n'y est pas non plus.

« Les employeurs rencontrent déjà toutes les difficultés du monde pour reclasser une personne victime d'accident du travail sur un poste aménagé ! Faut-il rappeler que dans nos professions, 50 % des salariés de chantier sont sortis de l'emploi à 60 ans, bien souvent au chômage après un licenciement pour inaptitude, en maladie ou encore en invalidité ? » Et de conclure : « Les salariés du secteur demeurent les grands oubliés de la réforme. »

Patrick Liébus, de son côté, suggère la mise en place, « deux ou trois ans avant la retraite », d'un système de tutorat qui permettrait aux salariés, déchargés des tâches physiques, de transmettre leurs savoirs dans l'entreprise  : « L'allégement du temps de travail serait compensé par un abondement de l'Etat. »

Menaces de grèves

Aujourd'hui, les critères de pénibilité du BTP ne sont pris en compte qu'a posteriori  : pour partir à la retraite à 60 ans au lieu de 62, l'intéressé doit se voir reconnaître une incapacité permanente d'un taux d'au moins 10 %. C'est ce dispositif de réparation que la ministre du Travail propose d'améliorer : des discussions pourraient s'ouvrir sur ce sujet avec les branches. La CGT et FO, farouchement opposées à ce système individualisé, continuent à réclamer la retraite à 55 ans pour tous les salariés de la construction concernés.

Depuis plusieurs semaines, la centrale cégétiste tente de mobiliser des travailleurs du secteur afin de bloquer de grands chantiers, en particulier en Ile-de-France. « Nous devons en passer par-là : à défaut, nous ne serons pas écoutés », prévient Laurent Tabbagh.

%%HORSTEXTE :1%%

Les ouvriers du BTP prennent la parole

 

Notre précédent article sur la question de la prise en compte de la pénibilité dans la réforme des retraites a suscité de nombreuses réactions d'ouvriers du bâtiment. Florilège :

 

"Je trouve honteux que rien ne soit envisagé concernant la pénibilité pour les gens travaillant dans le BTP", écrit Thierry. "C'est de la pure hypocrisie de faire travailler un maçon, un couvreur jusqu'à 64 ans", s'agace-t-il. Et de s'interroger : "Comment encourager les jeunes dans ces métiers alors que le manque de main d'œuvre se fait ressentir depuis des années ? Le gouvernement veut promouvoir la voie de l'apprentissage mais par cette réforme des retraites bénéfique seulement à une catégorie de Français, l'effet contraire va se produire: de moins en moins de travailleurs manuels."

 

Couvreur de profession, Cédric ne se voit pas travailler jusqu'à 64 ans. "J'ai 42 ans et en effet je pense que si je dois travailler jusqu'à 64 ans, j'aurai sans doute été licencié avant pour inaptitude ou j'aurai été victime d'un accident du travail", estime-t-il. "Le travail en hauteur, en pleine chaleur l'été, le port de charges lourdes, les positions de travail difficiles et le port du masque pendant des heures lors du désamiantage...sont notre lot quotidien. Et je crois qu'aucun aménagement n'est envisagé pour nous...en effet il semble que nous soyons oubliés", redoute-t-il.

 

Un avis partagé par Pascal "qui travaille sur les chantiers depuis l'âge de 16 ans et demi". "J'ai commencé en apprentissage; raconte-t-il. "La réforme va me pénaliser. A 64 ans un maçon ne peut plus travailler dans les mêmes conditions et une fois arrivé à la retraite, il a les mains, les articulations et les poumons explosés".

Que faire alors ? De nombreuses voix s'élèvent pour appeler à un passage à l'action des ouvriers.

 

Dont celle, une fois n'est pas coutume, d'un dirigeant d'entreprise. Jean-Jacques a dirigé "une entreprise de 600 salariés / GO et groupements d'entreprises". "Mon père est décédé à 60 ans le mois de son anniversaire, au travail...", raconte-t-il. "Il avait commencé à 13 ans sur les chantiers et la légion d'honneur reçue du ministre ornait son cercueil à Notre-Dame de Paris devant plus de 1 000 salariés ou amis. J'ai honte, pour nos professions les plus exposées du BTP, de voir leur coupable manque de réaction face l'injuste réforme en cours. Cette passivité est indigne, amorale et scandaleuse. Si cela peut s'expliquer par suite des intérêts en jeu, de la relative méconnaissance des règles de l'économie sociale ou plutôt par la faiblesse des organisations représentatives des salariés travaillant sur les chantiers, comment se fait-il que si peu d'initiatives surgissent sur cette question où chacun se trouve concerné ? Il est grand temps de se réveiller !", conclut-il.

 

Un avis partagé par Sébastien : "J'aimerais qu'il soit proposé à tous les acteurs de ce pan de l'économie de se faire connaître et se mettre en grève pour ne pas être spolié, oublié par la nation. C'est quand même grâce à nous que tous ont un toit sur la tête pour dormir au chaud".

 

Enfin, Alex enfonce le clou : "On souffre, nous du BTP, on se donne, on prend souvent plus de responsabilités que nos patrons... On est là, les matins d hiver à creuser des tranchées, à changer des réseaux dans la boue, à mettre les mains dans la mer... pour déboucher vos toilettes, à se taper des déplacements, à craindre pour nos vies quand on roule dans des camions (épaves parfois, parfois trop chargés, etc...). Nous sommes là pour faire vos travaux, vous raccorder, vous permettre de profiter de vos intérieurs. Et on prend des risques physiques, on soulève des charges lourdes, tous les jours, dans la rapidité car on veut pas se prendre une amende. On se fait insulter parfois car nous on a un boulot, un boulot qui rapporte tout juste un peu au-dessus du Smic, des heures supplémentaires souvent non payées, des patrons escrocs, des licenciements à tour de bras ou des CDD à la chaîne. Tout ça oui c'est le BTP ! Ça use et c'est usant de voir qu'on nous oublie encore et encore. Demain si on se met tous en grève, je donne pas cher de l économie française. Entendez vous ou avez vous vu manifester les ouvriers dans les rues ? Non rarement. Estimez nous et rendez-nous notre fierté avant de le regretter car parmi les ouvriers bon nombre vont grossir les rangs des futures manifestations". 

Et de conclure : "A bon entendeur..."

Commentaires

Retraites : la pénibilité dans le BTP s'invite au débat

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

170 séquences pour mener une opération de construction

170 séquences pour mener une opération de construction

Date de parution : 01/2020

Voir

55 outils pour la conduite de chantier

55 outils pour la conduite de chantier

Date de parution : 01/2020

Voir

Réhabilitation énergétique et mobilité urbaine

Réhabilitation énergétique et mobilité urbaine

Date de parution : 12/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur