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Retour vers le futur

Raphaëlle Saint-Pierre |  le 11/05/2018  |  ArchitectureRéalisationsMeuseNordParis

Rétrospective -

A Villeneuve-d'Ascq (Nord), le LaM présente une exposition sur Nicolas Schöffer dont l'œuvre spectaculaire embrasse l'architecture et l'urbanisme.

Très médiatisé de son vivant, Nicolas Schöffer (1912-1992) méritait de retrouver la place qu'il a occupée dans l'art des Trente Glorieuses. C'est chose faite avec l'exposition du LaM (1), dont les nombreuses sculptures qui s'animent à grands renforts de cliquetis et de faisceaux de lumière tiennent en alerte le visiteur. A l'orée des années 1950, Schöffer crée ses premières sculptures avec socles tournants, éléments pivotants, éclairages dirigés et sons métalliques. Elles relèvent du « spatiodynamisme » qu'il définit comme « l'intégration constructive et dynamique de l'espace dans l'œuvre plastique ».

Ville planant au-dessus du terrain. Simultanément, il réfléchit à l'échelle de l'architecture et de l'urbanisme. Avec l'aide de l'architecte Claude Parent (1923-2016), il imagine une ville spatio-dynamique, planant au-dessus du terrain grâce à ses unités d'habitation Alpha Habitat en bandes continues sur des pilotis de 15 m, libérant ainsi le sol pour l'agriculture et les jardins. Un théâtre en forme d'œuf avec, en son centre, des gradins qui pivotent sur eux-mêmes, aurait laissé le spectacle se dérouler tout autour et des projections apparaître sur les parois de l'édifice. « Schöffer recherche la synthèse des arts avec l'architecture, mais aussi avec la musique et la danse », explique Arnauld Pierre, commissaire de l'exposition. En 1956, Maurice Béjart (1927-2007) crée une chorégraphie autour du robot CYSP1 sur le toit de la Cité radieuse à Marseille de Le Corbusier. Tandis que la France des années 1960 rêvera d'aller danser dans le Microtemps pénétrable, un prisme couvert de miroirs, que Schöffer installe dans une discothèque, le Voom-Voom à Saint-Tropez (Var)… Des maquettes exposées au LaM dévoilent des Microtemps beaucoup plus grands destinés à abriter des rassemblements œcuméniques aux allures psychédéliques.

Au fur et à mesure, les œuvres de Schöffer deviennent de véritables sculptures-spectacles ou « ensembles lumino- dynamiques »

avec projecteurs, brasseurs de lumière et écrans. En 1955, il dresse une tour spatiodynamique d'une cinquantaine de mètres de haut dans le parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Munie de capteurs, elle déclenche la diffusion d'une œuvre musicale de Pierre Henry en fonction des variations de la luminosité, de la température ou de l'hygrométrie. Si ce robot compositeur, réalisé avec la firme Philips, a été détruit, la Tour spatiodynamique, cybernétique et sonore de Liège (Chronos 3, 1961) anime encore les berges de la Meuse, en Belgique. « Le travail de Schöffer sur la ville cybernétique, c'est le début des smart ci-ties dont on parle tant aujourd'hui », constate Arnauld Pierre. Dessins et gouaches montrent des immeubles ondulants, une université d'un kilomètre de haut ou un centre de loisirs sexuels en forme de sein…

Au fur et à mesure, ses œuvres deviennent des sculptures-spectacles.

Mais c'est surtout son projet de Tour Lumière Cybernétique, dressée sur 347 m à La Défense, qui connaît un écho fabuleux dans les médias. Pilotée depuis un cerveau électronique alimenté par des sources d'information en provenance des centres névralgiques de Paris et sa banlieue, elle reflète par son activité cinétique et lumineuse les rythmes fondamentaux de la capitale. « Elle aurait été une tour Eiffel du XXIe siècle et de la civilisation électronique », regrette Arnauld Pierre. Le choc pétrolier et la mort du président Georges Pompidou - qui le soutenait - auront raison de ce projet par trop énergivore. Mais, toujours précurseur, Nicolas Schöffer continuera de réfléchir à une œuvre magistrale pour la Tête Défense avec des Tours Soleil alimentées à l'énergie solaire…

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