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Retour vers la ville du futur

Raphaëlle Saint-Pierre |  le 28/10/2016  |  SantéArchitectureRéalisationsTechniqueEnvironnement

Aménagement -

Dans les années 1960 et 1970, des architectes rêvaient déjà de villes modulaires, mobiles, participatives et même écologiques...

Alors que les Rencontres des villes et territoires urbains, qui se tiendront à Lyon les 7 et 8 novembre, vont explorer les grands thèmes de la ville de demain, des architectes avaient, dès les années 1960 et 1970, essayé de répondre à des questions toujours actuelles. Ainsi, déjà préoccupé par la surpopulation, l'étalement urbain et l'accueil des réfugiés, Yona Friedman, né en 1923, avait travaillé sur les notions de recyclage, de mobilité, de réversibilité, d'autogestion et d'agriculture urbaine. Dans ses Villes spatiales, il avait élaboré une utopie à dimension sociale, où les usagers aménagent eux-mêmes des mégastructures. Son urbanisme tridimensionnel se développait en nappes, séparant les niveaux réservés aux piétons de ceux dédiés aux voitures. Il s'élevait au-dessus des cités anciennes ou des terres agricoles qui alimentaient directement la zone urbaine. Aux migrants, il proposait de confier des éléments constructifs et de les laisser échafauder leur propre ville.

Dès cette époque, un fossé se creuse entre les architectes qui pensaient dépasser la simple organisation urbaine par l'édification de gigantesques cités grâce à des technologies de pointe, et ceux qui assuraient que ce dépassement n'aurait lieu qu'en mettant à la disposition des usagers les outils pour réaliser eux-mêmes leur ville. Refusant les zonages de l'urbanisme banal, Jean-Louis Chanéac (1931-1993) a imaginé, dans sa Ville cratère, des mégastructures enracinées, formées de collines artificielles résidentielles aux façades obliques pour un ensoleillement optimal, le dos tourné aux canyons de circulation et susceptibles d'accueillir des microstructures mobiles. Ce souci d'adaptation aux évolutions techniques et sociales a également animé Pascal (1936-2011) et Claude Häusermann (née en 1931) qui ont conçu des quartiers résidentiels tridimensionnels à cellules préfabriquées modulaires.

Les habitants associés à la création de logements. Ces recherches ont failli se concrétiser dans les années 1970 à Douvaine (Haute-Savoie). Pour éviter l'étalement urbain pavillonnaire, toujours si problématique aujourd'hui, Jean-Louis Chanéac a élaboré, à la demande du maire, un plan d'occupation des sols en trois dimensions avec circulations aériennes. Pour l'architecte, « ces dispositions permettaient d'expérimenter des formes originales résultant de l'association des habitants à la création et à la gestion d'une zone d'habitation. La notion planimétrique de surface de terrain était abandonnée au profit de notions volumétriques, la surface initiale du terrain n'étant que l'intersection d'un territoire spatial avec le sol. L'habitant est maître de l'espace situé au-dessus de sa parcelle : il peut donc céder le droit de construire à plusieurs autres habitants au-dessus de la sienne ». Egalement sollicités, Pascal et Claude Häusermann avaient conçu le nouveau centre de Douvaine comme un lieu d'urbanisme évolutif où chaque famille pouvait s'implanter sur un terrain ou dans une structure, puis composer son logement en sélectionnant dans un catalogue des bulles d'Häusermann, Chanéac ou Antti Lovag (1920-2014). Des passerelles, auxquelles les conduites de fluides étaient accrochées, reliaient l'ensemble qui pouvait ainsi évoluer selon les besoins et les envies des Douvainois. Trop révolutionnaire pour l'époque, le chantier a été stoppé après la construction des premiers équipements publics et la ville s'est développée à coups de lotissements…

La crise de 1973 a marqué l'essoufflement de cet élan utopique. Pionnier de l'écologie, Guy Rottier (1922-2013) a été un des premiers à intégrer les énergies renouvelables à son architecture. Cette année-là à l'Unesco, il a présenté Ecopolis, cité solaire sans automobiles pour 10 000 habitants. Logements, jardins et écoles se répartissaient en bordure, au soleil, tandis qu'à l'intérieur, patios, bureaux ou supermarchés recevaient un éclairage indirect. Captée par des miroirs, la lumière du soleil était distribuée dans les zones sombres des bâtiments. Un modèle à réadapter dans la ville de demain ?

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