En direct

Retour d'expérience de logements BBC de la première génération
Quartier Confluence de Lyon, Ilots a,b et c. - © © Guillaume ATGER / LE MONITEUR

Retour d'expérience de logements BBC de la première génération

I.D.-G. |  le 29/11/2012  |  EnergieTechniqueBâtimentPerformance énergétiqueFrance entière

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Energie
Technique
Bâtiment
Performance énergétique
Réglementation technique
France entière
Apprentissage
rexbbc
Valider

Une étude de Qualitel sur quinze logements basse consommation habités depuis deux ans dresse un constat encourageant en termes de coûts et de consommation, mais alerte sur la nécessité d’un apprentissage.

Qualitel et sa filiale de certification des logements Cerqual ont confié à l’économiste Jean Carassus, la sociologue Chantal Laumonier et le directeur de Tribu Energie Bernard Sésolis, une étude qualitative approfondie sur une quinzaine de logements BBC livrés de fin 2009 à fin 2010.

Il s’agissait de répondre à trois questions :

- Quels sont les coûts d’utilisation de l’énergie pour les occupants et les coûts d’investissement et de maintenance ?

- Quelles sont les consommations réelles des logements comparées aux consommations conventionnelles définies par le label ? Comment expliquer les écarts ?

- Quel est le vécu des occupants ? Quelles convergences ou divergences existe-t-il entre leur vécu et le confort mesuré ?

Quinze logements étudiés

Cinq résidences bénéficiant du label « Bâtiment Basse Consommation Effinergie ont fait l’objet de cette étude intitulée « Vivre dans un logement BBC ». L’étude est en cours de finalisation et le rapport final sera rendu public en janvier 2013. Mais des premiers enseignements peuvent déjà être tirés, même s’ils n’ont pas de valeur statistique du fait de la faible taille de l’échantillon.

L’échantillon est diversifié : habitat social et copropriété, habitat collectif et maisons individuelles, zones climatiques différentes, structure béton ou bois béton, chauffage gaz ou électrique, ventilation hygroréglable ou double flux, double ou triple vitrage. L’isolation est toujours par l’extérieur.

Les résidences sont habitées depuis au moins deux ans. Elles sont donc parmi les toutes premières opérations BBC construites en France.

La maîtrise des coûts d’investissement progresse

« Le coût d’investissement des premières opérations a tendance à être plus élevé que pour celles répondant à la RT 2005, constate Jean Carassus, à cause de la surisolation, du solaire thermique, du triple vitrage, de la ventilation double flux ou du solaire photovoltaïque. Le coût de construction par m² habitable s’échelonne ainsi de 1230 euros à 1818 euros HT. « Mais la maîtrise des coûts s’améliore dans le temps », constate l’économiste. Ainsi, l’un des maîtres d’ouvrage des opérations étudiées réalise aujourd’hui des logements BBC autour de 1 100 €/m² habitable (valeur 2012), trois ans après son opération à 1 230 € (valeur 2009).

Concernant les coûts de maintenance, l’enquête est en cours. Mais il semblerait que le coût d’entretien élevé de certains équipements, comme le solaire thermique, annule les économies réalisées.

Peu de dérive des consommations

Bernard Sésolis avoue avoir été surpris par les résultats de l’étude sur les consommations réelles. L’idée dominante est en effet que la consommation réelle est toujours supérieure à la valeur conventionnelle définie pour le calcul réglementaire. L’étude montre que ce n’est pas le cas : sept logements sur quinze affichent une consommation pour les cinq usages réglementaires (chauffage, eau chaude, refroidissement, éclairage, ventilation et auxiliaires) inférieure à la consommation conventionnelle. On note même que deux ménages ne dépensent rien pour leur chauffage, bénéficiant de transferts de chaleur de leurs voisins. Cependant, plus de la moitié des ménages ont des consommations supérieures aux valeurs conventionnelles, parfois pour des raisons techniques mais le plus souvent à cause d’un comportement différent de celui défini par la convention. Le directeur de Tribu Energie note là encore qu’il s’attendait à des écarts plus importants, d’autant que les premières opérations BBC n’étaient pas encore optimisées. Le plus important écart atteint tout de même 78 % !

Electricité hors des cinq usages

L’étude est allée plus loin que les usages réglementaires pris en compte dans le label BBC et dans la future RT 2012 en mesurant la consommation d’électricité totale. Sept logements sur les quinze présentent une consommation inférieure à la norme allemande Passivhaus pour tous les usages, soit 97 kWhep/m²SHON.an (transposition des 120 kWhep/m².an du label Passivhaus). Des résultats à examiner avec prudence car un certain nombre des logements étudiés sont sous-occupés (une personne dans un T3 ou deux personnes dans un T4). Avec un calcul au m², certains ménages sont ainsi en dessous de la norme Passivhaus mais un calcul par personne donne des résultats très différents. Ainsi, les personnes seules dans leur 3 pièces de 64 m² de l’une des résidences sont les deux plus grandes consommatrices, tout en étant dans la norme Passivhaus. À l’inverse, la consommation de familles nombreuses est élevée quand elle est calculée au m², mais raisonnable rapportée à la personne.

Conclusion : les consommations dépendent fortement de l’occupation et du comportement des ménages. Du côté de ces derniers, l’étude a mis en évidence six principaux facteurs déterminant la consommation : le nombre de personnes, la durée d’occupation, le niveau d’équipement électro-ménager, le choix de la température intérieure, les habitudes de ventilation et la plus ou moins bonne maîtrise des équipements (chaudière, ventilation).

Satisfaction des occupants

Le niveau de satisfaction des occupants est globalement bon. Leur ressenti et les mesures du confort sont souvent convergents mais se montrent parfois contradictoires : des ménages se plaignent du froid à 21 °C, d’autres se satisfont de 19 °C. Le confort d’hiver est bon et le confort d’été, dans l’ensemble correct, peut être insuffisant dans les pièces orientées au sud dans des maisons individuelles situées dans le Sud de la France. L’étude relève également que, « durant certaines périodes, l’air peut être un peu trop sec en hiver et trop humide en été, mais les occupants en font rarement mention. » Enfin, le taux de CO2 de l’air intérieur est correct.

Processus d’apprentissage

Qualitel tire deux enseignements majeurs de cette étude : la nécessité d’une période d’apprentissage tant pour les professionnels que pour les usagers.

Du côté des professionnels, les auteurs de l’étude affirment qu’il y a une forte différence de pratique entre la première opération BBC et les suivantes. Pour de toutes premières opérations, le résultat est globalement bon. Cependant, les maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre avaient tendance à « se border » en rajoutant des équipements coûteux. « Les professionnels expérimentés savent maintenant qu’on peut faire du BBC sans avoir recours à des solutions connotées au départ « BBC » : ventilation double flux, triple vitrage, photovoltaïque », observe Jean Carassus.

Les entreprises apprennent l’étanchéité à l’air et les responsables de l’entretien découvrent la spécificité de certains équipements. « Les industriels devraient proposer des interfaces utilisateur plus faciles à employer », note cependant Chantal Laumonier qui juge par ailleurs que les professionnels sous-estiment l’importance de l’information et de l’apprentissage des usagers.

Trois profils d’occupants

La sociologue a mis en évidence trois principales catégories d’occupants :

-          Les « connaisseurs » (39 %) qui connaissent le BBC et tentent de l’optimiser, avec parfois plus ou moins de bonheur ;

-          Les « utilisateurs » (28 %) qui ne connaissent pas bien le BBC et l’utilisent comme un logement usuel et profite l’augmentation du confort à moindre coût ;

-          Les « indifférents » (33 %) qui ne connaissent pas le BBC et l’utilisent mal.

Une brochure d’information est indispensable mais n’est pas suffisante. « En fait, l’information doit être adaptée à chaque catégorie d’occupant, ce qui n’est pas aisé car les trois catégories peuvent coexister au sein d’une même résidence », note encore la sociologue qui identifie trois phases dans l’appropriation des qualités du logement :

-          durant la phase de l’emménagement l’occupant a besoin des informations de base mais ce n’est pas le meilleur moment car la préoccupation principale du ménage est alors l’entrée dans les lieux, la décoration, le mobilier.

-          quelques mois après l’emménagement, la période est propice pour faire le point sur les éventuelles difficultés rencontrées durant cette période de « rodage ».

-          au bout d’un an, le ménage a vécu un hiver et un été dans le logement.

De même que pour les professionnels, la bonne maîtrise d’un logement BBC nécessite un apprentissage de la part des habitants. Cela suppose une compétence et une disponibilité du représentant du bailleur ou du syndic de copropriété.

La méthode de l’étude

La méthode retenue est une analyse à trois dimensions :

- sociologique : interviews approfondies de 3 ménages dans chacune des 5 résidences,

- économique : étude des coûts d’utilisation, d’investissement et de maintenance,

- technique : analyse des choix techniques, calcul des consommations conventionnelles, mesure des consommations réelles et du confort (température, hygrométrie, taux de CO2 de l’air intérieur

Commentaires

Retour d'expérience de logements BBC de la première génération

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Urbanisme de dalle

Urbanisme de dalle

Date de parution : 03/2019

Voir

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Date de parution : 02/2019

Voir

Accessibilité en ville : guide des équipements publics

Accessibilité en ville : guide des équipements publics

Date de parution : 02/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur