En direct

Réseaux intelligents, la révolution opportune

Thaïs Brouck |  le 08/11/2013  |  ÉvénementAlpes-MaritimesHauts-de-Seine

Energie -

En quelques années, les smart grids ont pris corps. De nombreux projets ont vu le jour dans l’énergie qui mobilisent des équipes pluridisciplinaires et imposent de nouvelles façons de travailler.

L’Internet des objets n’est plus un fantasme. Imaginez. Sur le trajet du retour, votre voiture électrique interroge les prévisions de circulation du lendemain pour calculer le niveau de charge nécessaire. Elle consulte ensuite la planification des tarifs de l’électricité du domicile afin d’optimiser le coût final de la charge. Pour que ce scénario futuriste devienne le quotidien du citoyen lambda, les réseaux deviennent intelligents (smart en anglais). Cette « troisième révolution industrielle » prend sa source dans le développement des énergies renouvelables à grande échelle. En effet, afin d’optimiser leur utilisation et leur intégration, le réseau électrique, hier centralisé et unidirectionnel, doit se moderniser pour devenir bidirectionnel et réparti (schéma p. 15).

Faire du consommateur un acteur

Certes, « il est restrictif de ne parler que d’énergie quand on évoque les smart grids », comme le fait remarquer Laurent Vigneau, directeur du développement territorial et mobilité chez l’ingénieriste Artélia. Mais les projets les plus avancés concernent encore ce secteur. « Les 300 000 producteurs photovoltaïques sont une réalité en France, rappelle Marc Boillot d’ERDF. Dans certaines régions ensoleillées, il y a d’ores et déjà des contraintes importantes qui s’exercent sur le réseau. » Il s’agit alors d’intégrer les nouvelles technologies de l’information et de la communication aux réseaux afin de les rendre intelligents. « Le système électrique sera ainsi piloté de manière plus flexible pour gérer les contraintes telles que l’intermittence des énergies renouvelables et le développement de nouveaux usages, comme le véhicule électrique », anticipe Marc Boillot. Ces contraintes vont faire évoluer le système actuel, où l’équilibre est assuré par l’adaptation de la production à la consommation. Mais l’ajustement se fera aussi par la demande, en transformant le consommateur en acteur. « L’intérêt, c’est de lisser les pointes de consommation électrique, moments où la demande est la plus forte et l’électricité la plus chère, indique Eric L’Helguen, P-DG d’Embix, joint-venture entre Bouygues et Alstom Grid. Par exemple, le chauffe-eau électrique ne démarrera que lorsqu’il y a un surplus de production d’électricité. » Voilà pour la théorie. Concrètement, le smart grid se compose typiquement d’un compteur communicant - par exemple Linky -, d’un logiciel de suivi et de gestion de la communication client, d’une infrastructure de communication reliant le consommateur au producteur, de serveurs informatiques et de logiciels de back-office permettant au producteur de stocker et d’analyser l’immense quantité d’information produite par le smart grid. « Par essence, le smart grid associe des acteurs de culture très différente, tels que des opérateurs télécoms, des constructeurs, des énergéticiens ou des informaticiens », explique Marc Jalabert, directeur de la division grand public et opérateurs de Microsoft France. Ainsi, à Issy-Les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), Bouygues Immobilier est le chef d’orchestre du projet Issy Grid, laboratoire grandeur nature du smart grid. Le promoteur a su rassembler Alstom, Bouygues Energies & Services, Bouygues Telecom, EDF, ERDF, Microsoft, Schneider Electric, Steria et Total, ainsi qu’un noyau de start-up innovantes.

Pilotage des bâtiments

Pour résumer, ERDF a installé des compteurs communicants, Bouygues Télécom a fourni un pack aux utilisateurs permettant d’assurer un suivi détaillé des consommations énergétiques par usage, de commander à distance l’extinction de leurs appareils, et donc de mieux maîtriser leur facture énergétique. Information ensuite transmise en temps réel au centre d’analyse des données du quartier mis en place par Embix. Schneider Electric a installé son boîtier de commande connecté à sa plate-forme logicielle d’agrégation qui permet de piloter les bâtiments. Des bornes de recharge électrique ont aussi été installées par Bouygues Energies & Services, et Total a fourni un logiciel qui prévoit la production locale d’énergie photovoltaïque. Bref, chaque acteur a partagé ses compétences pour rendre le quartier intelligent.

Modèle économique à trouver

« Il existe autant de smart grids que de projets et d’acteurs », explique Florent Germain, responsable smart grids France de Schneider Electric. En France, environ 80 projets pilotes sont recensés, plus ou moins ambitieux : de la mise en œuvre de technologies innovantes pour la gestion des véhicules électriques à l’étude des capacités de reconfiguration automatique du réseau, en passant par le stockage de l’électricité. « Nous n’en sommes encore qu’à l’étape des démonstrateurs », relativise Laurent Schmitt, vice-président stratégie et innovation d’Alstom Grid.
Peu ou pas monétisées pour l’instant, ces technologies suscitent néanmoins l’intérêt des entreprises. Le modèle économique pourrait résider dans les économies d’énergie réalisées en lissant les pointes électriques, ce qui permettrait également de ne pas investir dans le renforcement des réseaux. « Nous avons trouvé un modèle économique aux Etats-Unis grâce à une tarification dynamique intra-journalière de l’énergie », confirme Laurent Schmitt. Le cabinet d’analystes AbiResearch estime que le marché devrait atteindre 39 milliards de dollars en 2016, contre 8 milliards en 2010. A l’horizon 2020, il pourrait même représenter 100 milliards de dollars par an, selon une étude d’Items International.
Les leaders du numérique voient dans ces perspectives l’occasion de doubler la mise de la révolution Internet. « Il y a des opportunités à saisir pour les grands acteurs, mais aussi pour les start-up, estime Marc Jalabert. Un véritable écosystème va se développer, de la même manière que les iPhones ont besoin d’applications pour fonctionner. » Anne Valachs, directrice générale du Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique (Serce), confirme : « Les grandes entreprises sont souvent les poissons pilotes, mais à la fin chacun y trouvera son compte. » Embix, pour sa part, joue la carte du bureau d’études smart grid pour les collectivités, et vient de remporter une mission lancée par la Ville de Nice dans le cadre du projet Méridia.
Les smart grids constitueront peut-être aussi le nouveau relais de croissance des entreprises de télécommunication qui équipent les compteurs de carte Sim (lire encadré p. 14). De même pour les leaders historiques des infrastructures de production et de transmission d’électricité tels que Siemens ou Alstom. « Notre part de marché mondiale s’élève à 30 %, et nous nous attendons à une croissance à deux chiffres dans le domaine », assure Laurent Schmitt. « Un projet comme IssyGrid va contribuer à la formation d’une équipe de France du smart grid, estime quant à lui Guillaume Parisot, directeur innovation de Bouygues Immobilier. Nous voulons écrire le cahier des charges de nouveaux quartiers basés sur des modèles innovants de gestion de l’énergie dans le but d’améliorer l’attractivité d’un territoire. » L’objectif de ce consortium consiste notamment à vendre à l’international une offre globale de développement d’un écoquartier intelligent. « Contrairement à ce qui se passe en France, où nous sommes soumis aux capacités d’investissement de la puissance publique et des gestionnaires des réseaux dans un environnement largement bâti, les smart grids vont émerger d’un coup dans d’autres pays », anticipe Florent Germain de Schneider Electric. S’il est toujours temps de prendre le train des smart grids, mieux vaut donc ne plus trop tergiverser.

PHOTO - 759127.BR.jpg
PHOTO - 759127.BR.jpg
PHOTO - 759119.BR.jpg
PHOTO - 759119.BR.jpg
PHOTO - 759099.BR.jpg
PHOTO - 759099.BR.jpg

Commentaires

Réseaux intelligents, la révolution opportune

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur