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Reprise des chantiers: l’inquiétude des architectes
Alors que débute la deuxième semaine de confinement, les architectes s'interrogent sur la possibilité de relancer les chantiers dans des conditions de sécurité optimales. - © Adobe Stock

Reprise des chantiers: l’inquiétude des architectes

Marie-Douce Albert |  le 23/03/2020  |  France CoronavirusConseil national de l'Ordre des architectes (Cnoa)Union nationale des syndicats français d'architecture (Unsfa)

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Dans les agences, les professionnels déplorent le manque de cohérence de décisions qui appellent au confinement d’une part, et la «continuité de l’activité» sur les chantiers d’autre part. Après l’accord passé entre le gouvernement et les fédérations d’entreprises du BTP, le 21 mars, les architectes doutent de la possibilité de relancer les opérations en toute sécurité.

Il y a une semaine, les agences d’architecture fermaient leurs portes, pour respecter les obligations de confinement.

«Logiquement, nous avons obéi aux directives et le mardi 17 mars, à midi, tous les membres de l’équipe étaient à la maison mais dotés des outils nécessaires pour travailler à distance. Cela faisait plusieurs jours que nous avions anticipé, notamment en achetant des licences du logiciel BIM 360 d’Autodesk, permettant de gérer les maquettes à distance», raconte Ludovica di Falco, la fondatrice de l’agence franco-italienne Scape, qui compte neuf salariés à Paris et une à Rome.

Son confrère Cyril Trétout, architecte associé de l’agence ANMA renchérit : «pendant que nous mettions nos 60 collaborateurs en télétravail, nos 16 chantiers en cours s’arrêtaient, à la demande des promoteurs, des aménageurs ou des entreprises.»

A Nantes, Hervé Potin, de l’agence Guinée-Potin, note d’ailleurs que «certaines entreprises étaient très claires, en fin de semaine dernière, sur le fait qu’elles ne reprendraient pas le travail. Nous-mêmes avons écrit à nos maîtres d’ouvrage que nous ne nous déplacions plus…»

« Incohérence »

Mais tout ça, c’était avant que le gouvernement et les fédérations des professionnels du BTP signent, samedi dernier, le 21 mars, un accord favorisant la relance des travaux dans une optique de «continuité de l’activité». Une annonce qui plonge aujourd’hui les architectes dans la plus grande perplexité.

Pour Ludovica di Falco, «l’incohérence» est totale. Tout en reconnaissant que «cette crise peut durer et qu’il est difficile de tout stopper trop longtemps», l’architecte s’interroge : «si une entreprise décide de reprendre un chantier, comment puis-je y consentir sans me déplacer ? Car d’un point de vue contractuel et même déontologique, je ne peux pas ne pas y aller. Mais, en même temps, je risque alors de mettre ma santé ou celles de mes collaborateurs en danger

Au-delà de leur propre sécurité et de celles de leurs confrères, les architectes s’inquiètent de la situation des compagnons. «Comment les ouvriers peuvent-ils travailler à distance quand il faut être deux ou trois pour porter une charge lourde ? Et puis, ils passent leur journée à se passer des outils. Ils ne vont pas en permanence se laver les mains au gel hydroalcoolique. Ca ne peut pas marcher», estime Laurent Machet, architecte associé de l’agence Ad Lib. «Surtout qui va contrôler tout cela ?» demande son confrère Marc Sirvin, qui travaille en solo sur des projets pour des particuliers. Ce dernier poursuit avec circonspection: « je ne veux pas entrer dans une polémique politique mais on ne comprend pas très bien pourquoi tout le monde doit s’arrêter sauf certains métiers, dont ceux du BTP…»

Un rôle « incontournable »

Dans les agences, on déplore aussi que le gouvernement n’ait consulté que les instances représentatives des entreprises en omettant de convier les autres acteurs de la construction. A la suite de Denis Dessus, le président du Conseil national de l’Ordre des architectes (CNOA), puis de celui de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa), Jean-Michel Woulkoff, la profession tient à rappeler combien son rôle est incontournable.

Ainsi Cyril Trétout observe : «il y a bien des documents qu’on peut valider à distance, mais l’architecte a tout de même besoin de suivre le déroulement des travaux. Certains oublient que, dans le cadre de missions complètes, l’architecte est le patron du chantier et rien ne peut être fait sans concertation avec lui

Le même note enfin que, «de toute façon, si on parle de chantiers d’architecture, leur redémarrage ne pourra pas être pour demain quand on voit, notamment, les problèmes d’approvisionnement… Les usines fermes et les matériaux ne sont plus fournis.»

Hervé Potin souligne aussi le cas des opérations menées en lots séparés : «sur un de nos projets, l’entreprise de faux plafond se demandait si elle allait retourner travailler puisque l’électricien, lui, s’était arrêté. On se rend là compte que si tous les corps de métiers ne reprennent pas, les autres, de toute façon, seront bloqués. Tout cela est donc loin d’être simple. »

Commentaires

Reprise des chantiers: l’inquiétude des architectes

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Patrick

23/03/2020 19h:23

Je suis complètement d'accord pour attendre . Je vais même plus loin = tant que le fameux guide ne sera pas en connaissance de tous les architectes , on ne peut pas se prononcer.Par ailleurs les entreprises peuvent se défausser individuellement. Dés lors les réunions de chantier seraient encore plus inutiles qu'en temps normal si je puis l'imager ainsi.Je vote donc pour un attentisme vers la connaissance et l'analyse.Par ailleurs , certains professeurs de CHU revendiquent un dépistage volontariste et échelonner à l'échelon national permettant de prendre la maladie en amont. On peut imaginer de faire organiser en laboratoire d'analyse le dépistage de tous les collaborateurs des entreprises des chantiers et de tous les prestataires collaborant à l'œuvre .Puisque le pouvoir n'arrive pas à s'organiser pour assurer le dépistage , la FFB et l'Ordre ne peuvent-ils pas l'organiser ?Du reste ce n'est pas en envoyant les Français au casse-pipe qu'on va maintenir l'économie à flots . Nous ne sommes pas des trouffions qu'on veut faire sortir des tranchées !!!A méditer .

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un vieux de la vieille

23/03/2020 19h:27

Avant de prendre des décisions, il faudrait que les politiciens prennent l'avis de professionnels. De toute façon, les grandes entreprises ont fermé leurs chantiers. Ceux qui ne sont pas arrêtés vont l'être faute de fournitures. Salutations

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ianos

23/03/2020 19h:31

En tant qu'architecte DPLG, je déplore la manière dont notre ordre nous représente, et une fois de plus nous avons l'impression qu'ils ne font rien, à part encaisser les cotisations... C'est honteux !

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RSH

23/03/2020 20h:03

Pour avoir une vraie vision, il faut avoir une VRAIE connaissance précise et factuelle de la situation et des risques majeurs . Lisez , c'est un peu long , mais l'information est à ce prix : http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html , Cela éclaire sur les possibles et les impossibles, On est un peu dans le même cas que sous SS4 ou du retrait plomb . Prenons plus de temps pour faire les choses et on y arrivera. Plus on attendra pour retravailler plus la charge sera lourde à porter, additionnée avec la dette abyssale franco européenne, et un cout social beaucoup plus grave que la maladie pour les années à venir et générations futures. C'est l'occasion d'aller vers plus de rigueur ...et professionnalisme . Pour les réunions de chantier le masque FFP2 que nous avons souvent dans nos voitures...comme les chaussures de sécurité et le casque , éviteront l'embouteillage dans les hôpitaux qui est le vrai risque ! D’ailleurs , le personnel soignant iil est bien au boulot, avec autrement plus de risques ? Trions, , équipons, organisons, formons ...et ré- enseignons la discipline, et oui c'est ça le vrai problème, le manque de respect des consignes, c'est le moment de créer un électro choc !C'est le printemps on peut se réunir dehors et peut- être que nous pouvons veiller encore limiter le nombre d'intervenants convoqué ...juste normal en somme une télé réunion sur skype peut clôturer la visite !Le bâtiment et les TP savent s'adapter , c'est même leur ADN !Vouloir , c'est pouvoir , un sas de "décontamination" , un briefing et un encadrement attentif puisque beaucoup de chantiers resteront fermés (en intérieur avec trop de confinement) ainsi on aura l'effectif pour et c'est parti ! en plus c'est simple à chiffrer en plus values , des moyens supplémentaires, de l'encadrement supplémentaire et c'est parti ! Enfin si le maitre d'ouvrage ne veut ou peut pas payer, il attend , mais il aura au moins eu le choix, payer ou attendre, mais là aussi il faut effectuer un calcul et les économistes peuvent arbitrer c'est leur job !Enfin pour l'outillage il va peut- être s'en perdre moins sur les chantiers ! Un "tatouage" systématique et plus d' attention,C'est pas la guerre c'est juste devenir meilleurs avec plus de respect des autres, de la motivation, et de la modernité .

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L'inutile

23/03/2020 20h:17

Cette demande de reprise des chantiers montrent la méconnaissance des technocrates qui n'on jamais mis les pieds dans la boue des chantiers, seulement pour couper le cordon le jour de l'inauguration.C'est une véritable insulte aux compagnons que l'on considère que de la chair à canon, tels les Bretons en 14. Sans parler de l'inutilité affirmée des architectes. Sans trouble-fête, les majors et les cravatés vont pouvoir s'en donner à cœur-joie et sauront bien accuser les architectes de leur immobilisme lorsque les entreprises demanderont des dédommagements légitimes. Il n'y a qu'un qualificatif : irresponsabilité.

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Ledoux

23/03/2020 20h:28

Pour avoir lu les communiqués de la CAPEB et de la FFB, le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne sont vraiment pas pressées de retourner sur les chantiers. Les modalités de réouverture semblent lourdes. Quant est-il également des coordonnateurs SPS, et des contrôleurs techniques ?

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ERIC

24/03/2020 09h:22

Bonjourje suis maitre d'œuvre d'exécution et CSPS. Je partage tout à fait les interrogations de cet article. En tant que CSPS je ne comprends pas comment l'inspection du travail peut arrêter un chantier parce qu'il manque des plinthe sur un échafaudage et demander aujourd'hui aux salariés de travailler avec cette épée de Damocles sur leur tête. pour les gros chantier les difficultés commencent dans le transport des personnels (cela peut se solutionner avec des voitures personnels, quid des assurances, stationnement..), les contact au travers des échafaudages, banches,...... le port des gans ne solutionne rien (les gants souillés sont portés au visage régulièrement ) les repas pris dans des baraquements de chantier trop petits, les vestiaires exigus, le travail sur nacelle, l'interdiction des travailleurs isolés.... pour les petits chantier se pose le problème de l'hygiène: absence de sanitaire, juste un point d'eau...... je pense que les 1146000 salariés du BTP représente un gigantesque vecteur pour ce VIRUS qui mettra en danger les salariés et LEUR FAMILLE;

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dahanarchi

24/03/2020 10h:31

A toutes fins utiles , pour la Compagnie des architectes de copropriété dont la totalité des chantiers est implantée en site occupé , il va sans dire qu'une reprise est impossible. Bien entendu, nous avons prévu avec les entreprises et les coordonnateurs SPS de répondre aux demandes des représentants des syndicats de copropriétaires pour les opérations d'urgence. Attention, il ne suffira pas de dire que c'est urgent car c'est ce que terme n'a plus de sens pour nous depuis bien longtemps. Nous analyserons les demandes et nous ferons preuve de discernement et de responsabilité comme notre pratique quotidienne nous l'a toujours imposé. Benjamin Dahan membre de la Compagnies des Architectes de Copropriété Ci-dessous le communiqué de la CAC La Compagnie des architectes de copropriété se positionne pour l’arrêt complet des travaux d’entretienLes mesures de confinement généralisé doivent être appliquées, avec discipline et rigueur, pour endiguer l’épidémie dans les meilleurs délais. Ces mesures concernent les travaux sur les immeubles en copropriété.En tant qu’architectes spécialistes de la copropriété, nous connaissons bien la réalité de nos chantiers, en site occupé, et la manière dont le travail s’y organise. Nous considérons ainsi que l’activité des travailleurs ne peut pas respecter le dispositif de « distanciation sociale » et les « gestes barrières » exigés. La Compagnie des architectes de copropriété se positionne donc pour un confinement total, sine die.Seules exceptions : les interventions urgentes liées à la stabilité des ouvrages, aux défauts d’étanchéité, de plomberie, d’électricité ou de gaz, pouvant porter préjudice aux immeubles et à la sécurité des personnes.La Compagnie des architectes de copropriété recommande donc vivement aux entreprises de ne pas venir sur les chantiers des immeubles en copropriété, quand il s’agit de travaux d’entretien. En effet, ceux-ci étant programmés de longue date, ils peuvent supporter un décalage dans le temps.Les architectes de la Compagnie souffrent, comme toutes les entreprises du secteur, de l’arrêt des chantiers, mais c’est la condition d’une reprise de l’activité à venir à l’issue de la sortie de la crise que nous partageons.Arnaud Vincent Président de la Compagnie des architectes de copropriété

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ninjagnes

24/03/2020 15h:13

LE BTP n'est pas indispensable à la vie! Arrêt de tous les chantiers. Sinon, situation impossible à gérer par la suite au niveau juridique en cas de défaillance ou problème quelconque sur chantier. Si le BTP continue les chantiers, alors reprise de la vie normale pour tout le monde! Nous sommes toujours les dindons de la farce....en réalité, nous sommes les acteurs principaux de la société sans que cela soit jamais reconnu. Alors repos!

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Scpafb

26/03/2020 15h:21

Surprenant ! Illustrer un article sur la nécessité de protection des intervenants sur les chantiers , avec des maîtrises d’ouvrage / d’œuvre chaussées de baskets et de ballerines .

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