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Naceur et Amina Elkotti ont réalisé 60 000 euros de travaux sur leur maison, située à Illkirch Graffenstaden en Alsace. - © © Energivie

Rénovation: "les particuliers ne se lancent pas car les prix de l'énergie sont bas"

Propos recueillis par Eric Leysens |  le 22/03/2012  |  France entièreTechnique

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Entretien avec Philippe Outrequin qui vient de publier, avec Catherine Charlot-Valdieu, un ouvrage intitulé «La réhabilitation énergétique des logements». Il évoque la difficulté d'accompagner une rénovation qualitative et quantitative et plaide pour une nouvelle politique territoriale.

Le Grenelle fixe un objectif de diminution de 38 % de la consommation d'énergie du parc de bâtiments de 2008 à 2020. Le rythme actuel des rénovations permettra-t-il de l'atteindre ?

Les Français dépensent, en moyenne, 8 à 9 milliards d'euros chaque année dans la rénovation énergétique de leurs logements.  Pour atteindre les objectifs du Grenelle, il faudrait multiplier par 4 ces investissements. Il est bien évident dans ces conditions que la simple incitation ne peut suffire.

Cela signifie-t-il que les dispositifs actuels sont insuffisants ?

Du fait des montants à investir, les ménages propriétaires hésitent à franchir le cap. D'autant que le bénéfice n'est pas garanti et qu'il apparaît parfois relativement faible, voire inexistant; en un mot, il n'est pas toujours au rendez-vous. Si la réhabilitation énergétique est rentable pour certains types de bâtiments, les analyses en coût global montrent que pour d'autres types de bâtiments, il n'est pas du tout rentable d'investir dans la réhabilitation énergétique.

Par ailleurs, les outils existants ont des défauts qui commencent à être connus pour les DPE, mais c'est aussi le cas pour les modèles conventionnels comme TH-CE-ex par exemple et il convient d'utiliser tous ces outils avec intelligence et en gardant leurs carences à l'esprit.

Quel est, selon vous le critère déclencheur d'une réhabilitation ?

Ce n'est pas l'énergie, mais plutôt la recherche de confort (agrandissement des pièces ou de la maison, acoustique, traitement de l'humidité, etc.); la part de l'énergie dans les dépenses du logement est passée de 27 % en 1984 à 17 % en 2009. De même, les études économiques tendent à montrer que les prix de l'énergie sont trop bas en France pour permettre d'atteindre l'objectif du Grenelle de l'environnement. Une fiscalité écologique, en donnant un coût à la tonne de CO2 émise,  permettrait de rendre plus perceptible l'intérêt économique d'enclencher une démarche  de réhabilitation énergétique. Aujourd'hui, c'est plus la recherche de confort qui motive les particuliers engageant des travaux.

Le contrat de performance énergétique (CPE) n'est-il pas un moyen de rassurer les ménages sur les bénéfices qu'ils tireront d'une rénovation ?

Le CPE pose un certain nombre de questions. Tout d'abord, comment s'assurer que le non-respect des objectifs fixés contractuellement n'est pas dû à une malfaçon lors du chantier ? Que devient un CPE contracté par une personne seule lorsqu'une autre personne vient emménager avec lui, augmentant au passage les consommations ?

Enfin,  il faut veiller à ce que le CPE soit équitable. Or, les compétences juridiques sont plutôt du côté des fournisseurs d'énergie que du côté des collectivités ou des particuliers. La prudence est de mise, afin d'éviter ce qui a pu se passer dans certaines villes avec les réseaux de chaleur (certains concessionnaires ont abusé des mairies).

La recherche de « valeur verte », en vue d'une revente, peut-elle motiver les propriétaires à rénover ?

Les charges énergétiques annuelles sont d'environ 2 000 euros pour une maison. Le prix du foncier se chiffre en centaines de milliers d'euros. Alors, à moins d'observer la consommation d'énergie sur presque 100 ans, elle ne pèse pas lourd dans le choix d'un acquéreur.

Pensez-vous qu'il faille des obligations ?

Je suis sceptique vis-à-vis de méthodes coercitives.  Elles risqueraient de pénaliser des ménages en situation difficile. Il faut veiller à ne pas expulser des ménages au prétexte qu'ils n'ont pas les moyens financiers de réhabiliter leur logement.

C'est la raison pour laquelle nous recommandons aux collectivités, et plus particulièrement aux collectivités qui élaborent leur PCET (Plan Climat Energie territorial), d'estimer:

-  le gisement socialement et économiquement acceptable (en sus du gisement technique);

- le gisement "Grenelle social", c'est à dire un gisement d'économies correspondant au Grenelle de l'environnement, mais en tenant compte également des ménages qui ont des charges plus élevées que la moyenne.

Pour ce faire, il faut aller au delà de l'adoption pure et simple des objectifs du Grenelle de l'environnement (lesquels sont valables pour la France entière, certaines collectivités pouvant contribuer plus que d'autres), au risque d'accroître les inégalités. Il s'agit de mettre en oeuvre des démarches "bottom up"  qui s'appuient sur l'élaboration de deux typologies:

- une typologie des logements (forme et orientation des bâtiments, complexité et matériaux constitutifs des façades, type d'énergie de chauffage et ECS, etc.);

- une typologie des ménages (logement social ou privé, locataire ou propriétaire, revenus, âge, etc.);

Ainsi, les aides pourront être affectées, non pas en fonction de la performance énergétique atteinte comme c'est le cas aujourd'hui en France, mais en fonction de l'effort à faire pour atteindre ces performances (en donnant priorité à l'équité plutôt qu'à l'égalité).

Que faut-il faire alors pour inciter ?

Il faut aller au delà de l'incitation et de la sensibilisation. Il faut inventer de nouvelles politiques territoriales et mettre autour d'une même table les acteurs de la construction, les banquiers et les fournisseurs d'énergie.

Il est aussi nécessaire de profiter de l'effet de masse. Les collectivités mènent tout au plus des projets sur 2 ou 3 quartiers simultanément mais aucune ville ne travaille à l'échelle de sa commune. En élargissant les champs d'action, on stimulera l'industrialisation des solutions et donc la réduction des coûts.

Par ailleurs, en associant les entreprises du bâtiment, celles-ci seront en mesure d'anticiper (de se former pour acquérir le savoir-faire des techniques qui seront utilisées demain) et donc de préserver, voire de développer l'emploi local.

Et, in fine, nous contribuerons ainsi à améliorer la productivité du secteur du bâtiment.



Couverture du livre de Philippe Outrequin et Catherine Charlot-Valdieu,
Couverture du livre de Philippe Outrequin et Catherine Charlot-Valdieu, - © © DR




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