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PATRICE DROUIN |  le 25/07/1997  |  EvénementEntreprisesArtisansParisRhône

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-Les palaces et les grands hôtels de la capitale sont de bons clients pour les entreprises de construction et certaines catégories d'artisans. -Ils doivent en effet investir massivement pour répondre aux attentes d'une clientèle internationale fortunée mais exigeante.

Le 11 juillet, le Marriott Paris Champs-Elysées a ouvert ses portes - et ses 192 chambres et suites - au numéro 70 de la célèbre avenue. Cela faisait des années que les Champs-Elysées n'avaient pas accueilli un établissement hôtelier de grand standing. Etablissement qui a représenté un investissement global de près d'un milliard de francs, « dont environ 350 millions de francs pour les travaux », précise le « propriétaire transitoire », Patrick Jeanjean, directeur général de la société de défaisance EIA, en charge de la vente des actifs du Comptoir des Entrepreneurs (le groupe Marriott n'étant que le gestionnaire de cet hôtel).

Une dizaine de quatre étoiles en projet

Le Marriott symbolise bien le renouveau de l'hôtellerie haut de gamme à Paris. Une dizaine de nouveaux hôtels quatre étoiles et quatre étoiles luxe pourraient voir le jour dans un avenir proche dans une ville qui continue à attirer une importante clientèle internationale (voir encadré).

La prochaine ouverture devrait intervenir dans quelques semaines : le Hyatt Regency Paris Madeleine (86 chambres et suites, boulevard Malesherbes), dont la construction a été réalisée par Bouygues Bâtiment. Le groupe hôtelier de Chicago, qui dispose déjà d'un établissement quatre étoiles à Roissy, semble mettre les bouchées doubles sur le marché parisien où il compte construire - ou plutôt restructurer après acquisition - plusieurs hôtels. Hyatt est également candidat au rachat du groupe Royal-Monceau (dont le fleuron est l'hôtel du même nom - 265 chambres et suites - implanté avenue Hoche), en redressement judiciaire depuis avril 1996 (le tribunal de commerce de Paris statue le 1er août sur l'avenir du groupe présidé par le Syrien Osmane Aïdi).

En fait, on assiste actuellement à une véritable redistribution des cartes dans le secteur de l'hôtellerie de grand standing. La reprise probable du Royal-Monceau, palace qui a déjà été rénové mais qui devra subir une nouvelle cure de jouvence pour pouvoir éventuellement concurrencer les « ténors » du secteur (Bristol, Crillon, Ritz, etc.), n'est que le dernier épisode d'un bras de fer qui a opposé quelques-unes des plus grosses fortunes mondiales.

En novembre 1996, le prince saoudien Al Waleed a racheté le George V pour la bagatelle de 920 millions de francs. Quatre mois plus tard, Hassanal Bolkiah, sultan de Brunei, s'est emparé du Plaza-Athénée pour 420 millions, avant de consacrer, début mai, une mise de fonds à peu près identique pour l'hôtel Meurice, propriété de l'Aga Khan.

Plusieurs centaines de millions de travaux dans les palaces

Ces trois établissements de renom vont devoir être rénovés lourdement pour continuer à faire partie du club des « palaces parisiens » et attirer une clientèle fortunée. Les programmes de rénovation du Plaza-Athénée et du Meurice ne seront pas connus avant l'automne. « Mais il semble évident que le montant des travaux, dans chaque cas de figure, ne devrait pas être inférieur à 100, voire à 150 millions de francs », estime par exemple Christian Laporte, directeur général de KPMG, société de conseils spécialisée, entre autres, dans l'hôtellerie, le tourisme et les loisirs.

« Le Meurice, qui ne jouait plus dans la cour des grands depuis plusieurs années, va devoir subir un rajeunissement encore plus poussé pour pouvoir se repositionner. Sa chance : le retour rapide sur investissement n'est pas la préoccupation majeure du sultan d'Oman, considéré comme l'homme le plus riche du monde. Il n'est pas dans la même position que les responsables du développement et les directeurs financiers de groupes comme Seibu Saison, Hyatt, Hilton, Marriott, Taittinger, Accor, etc. », remarque pour sa part Philippe Gaugier, « patron » du cabinet de consultants Pannell Kerr Foster.

Quant au George V, qui va fermer ses portes à la fin du mois d'octobre, pour au moins un an, il va être complètement rénové, restructuré, mis aux normes (en matière de sécurité notamment), « afin, comme le dit Paul Gaillet, représentant du propriétaire, de le mettre au niveau des plus beaux palaces parisiens et internationaux ».

« Le George V va être refait à neuf et se doter, comme ses principaux concurrents, d'un centre de remise en forme, d'un centre d'affaires et de nouvelles salles de réunion. Chaque chambre sera équipée de prise modem, de connexions pour fax, PC, Internet, etc. Mais, paradoxalement, je vais « pratiquer » une architecture douce, et le décorateur Pierre-Yves Rochon, s'efforcera aussi de ne pas tourner le dos à l'esprit de ce bâtiment de la fin des années 20 », affirme Richard Martinet, l'architecte de cette restructuration (voir profil).

Le permis de construire a été déposé à la mi-juillet. Les travaux, qui seront supervisés par Duminvest (groupe Dumez), devraient normalement pouvoir démarrer en novembre. « Nous ferons appel à des entreprises de construction confirmées, car il s'agit d'un projet sophistiqué, avec des délais astreignants », déclare Paul Paillet. Avant d'ajouter : « Le montant de l'investissement devrait être de l'ordre de 350 millions. Mais il est bien évident que le budget alloué à cette mise à niveau pourrait « grossir », l'objectif final étant en effet de disposer d'un équipement plus que performant d'ici à fin 1998 ».

Les trois autres palaces parisiens - situés rive droite - n'ont pas attendu 1997 pour se moderniser et devancer les attentes de leur clientèle, internationale à plus de 90 %.

Depuis son rachat par la famille Oetker, en 1978, le Bristol a fait l'objet de plus de 400 millions de francs de travaux, des sommes non négligeables ayant été consacrées à la décoration intérieure (voir encadré p.28). « Nous investissons tous les ans quelque 13 millions de francs, ce montant ne tenant pas compte des investissements techniques lourds », explique Pierre Ferchaud, directeur général de cet hôtel de 195 chambres et suites.

Unique palace parisien qui soit à la fois sous contrôle français, familial et privé, l'hôtel de Crillon, situé place de la Concorde, consacre tous les ans plus de 10 millions de francs à la maintenance et à l'entretien. « Au cours des trois prochaines années, nous devrions investir plus de 100 millions dans la rénovation de l'ensemble des chambres et suites », explique volontiers Philippe Leboeuf, le directeur général. Qui s'appuie sur une direction technique d'une douzaine de personnes. Laquelle s'appuie à son tour sur les services techniques du groupe (société des hôtels Concorde).

Quant au dernier palace, le Ritz, propriété de l'homme d'affaires égyptien Mohammed el Fayed, il a bénéficié de près d'un milliard de francs de travaux entre 1985 et le début des années 90. Pour le reste, impossible d'en savoir plus. Secret défense sur toute la ligne. Nul doute cependant que cet hôtel de très grand luxe consacre tous les ans entre 5 et 8, voire 10 % de son chiffre d'affaires à la maintenance et aux travaux d'entretien.

Les grands hôtels suivent le mouvement

Les palaces parisiens ne sont pas les seuls établissements hôteliers à investir pour se maintenir à niveau et pour justifier des prix très élevés (entre 3 500 et 15 000 francs en moyenne la nuit). Les autres hôtels quatre étoiles et quatre étoiles luxe font de même, régulièrement ou par à-coups. Illustration de cette stratégie de mise à niveau souvent permanente : les projets de rénovation de l'Inter-Continental et du Paris-Hilton.

Créé en 1878, l'Inter-Continental de la rue de Castiglione (du groupe japonais Seibu-Saison) est-ce que l'on pourrait appeler un « gros porteur » (445 chambres et suites) de grand luxe. Sa rénovation a été retardée par la crise du golfe et par la modernisation de ses deux « cousins » (Carlton Inter-Continental Cannes et Grand Hôtel Inter-Continental, place de l'Opéra). Pour rattraper le temps perdu, au moins 275 millions de francs ont été dégagés pour un programme trisannuel. La dernière phase des travaux devrait être terminée fin mars-début avril 1998, en prévision notamment du Mondial de football de l'été 1998. Figurent en bonne place la rénovation de la façade et du toit, la création d'un centre d'affaires et d'un centre de remise en forme, l'amélioration des systèmes de sécurité et de détection incendie. Le directeur de l'hôtel, Ronen Nissenbaum, précise à ce sujet : « L'établissement n'a jamais été fermé pendant les travaux ; travaux qui sont coordonnés par notre directeur technique, Mark Hanlon, et par Bovis ».

Dans un peu moins d'un an, grâce à un équipement sérieusement rajeuni, grâce notamment à la griffe du décorateur Pierre-Yves Rochon, les responsables de cet hôtel de grande capacité sont persuadés de pouvoir récupérer une partie de la clientèle des palaces. « Nos prix - environ 2 000 francs la nuit - étant particulièrement compétitifs », remarque le directeur de cet hôtel qui a été fréquenté, il y a près d'un siècle, par l'impératrice Eugénie !

Le groupe Hilton, qui compte déjà cinq hôtels dans l'Hexagone (le sixième va voir le jour d'ici à décembre 1998 à la Cité internationale de Lyon), a lui aussi l'intention de rénover certains de ses équipements. A commencer par le Paris-Hilton, avenue de Suffren, dans le XVe arrondissement. Le bail de cet établissement construit dans les années 60 vient d'être renouvelé jusqu'en 2008 (le propriétaire étant l'Immobilière hôtelière). Ce qui va permettre le démarrage d'une rénovation qui pourrait représenter plusieurs centaines de millions de francs d'ici à l'an 2000.

La première phase des travaux intervient cet été . Elle concerne principalement la rénovation et le réaménagement total de la grande salle polyvalente « le salon d'Orsay » et la création d'un centre d'affaires. Coût de cette première opération : 13 millions de francs. La plus grande partie du marché a été remportée par la société SPR, d'Ivry-sur-Seine. Les services techniques du Paris-Hilton, dirigés par Lionel Yver, ont leur mot à dire pour les marchés à venir, la rénovation lourde de cet établissement de 461 chambres et suites nécessitant de très nombreuses opérations. Wolfgang Neumann, le directeur général de cet Hilton est en tout cas formel : « Il était temps que nous modernisions cet outil qui ne correspondait plus aux attentes d'une clientèle désormais exigeante ; cette rénovation va nous permettre de nous repositionner sur le marché parisien ».

Directrice générale du pôle hôtelier du groupe Générale des Eaux, Agnès Bourguignon n'est pas près de rencontrer ce type de problèmes. Sa « chaîne » haut de gamme - Westin Demeure Hotels (1) - est jeune. Ses huit hôtels (dont cinq à Paris) sont apparus sur le marché depuis 1992. Leur « modernité » et leur fonctionnalité correspondent donc aux exigences d'une clientèle d'affaires soucieuse de confort et d'équipements sophistiqués. « En outre, nous proposons un charme intimiste à l'opposé des atmosphères parfois distantes des palaces », explique Agnès Bourguignon qui a fait appel à un décorateur différent pour chacun de ses hôtels (Frédéric Méchiche pour L'Astor, Jacques Grange pour Le Castille, Nina Campbell pour Le Parc, etc.). Bien que très discrète sur les investissements de la Compagnie générale d'hôtellerie et de services (qui est locataire-gérant et non propriétaire des hôtels), la directrice générale admet pourtant que la rénovation de ces établissements d'une centaine de chambres représente « un montant de travaux de plusieurs dizaines de millions de francs ».

(1) La Compagnie générale d'hôtellerie et de services gère également une chaîne de 34 établissements 3 étoiles (enseigne : Libertel).

PHOTO : Façade de l'hôtel Marriott sur les Champs-Elysées. La création...

... de cet hôtel a généré plus de 350 millions de francs de travaux.

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