En direct

Renouvellement urbain Le Neuhof en cours de désenclavement
PHOTO - AME-LESDEUX.eps - © f. zvardon

Renouvellement urbain Le Neuhof en cours de désenclavement

Laurent miguet |  le 02/02/2006  |  LogementstransportFormation

Le redémarrage du chantier du tramway va permettre de connecter le quartier du Neuhof, excentré, au reste de la ville de Strasbourg. Les projets de logements et de locaux d’activitéss’y multiplient : la rénovation urbaine entre en phase opérationnelle, cinq ans après le lance­ment du GPV et trois ans après le choix de son concep­teur, l’architecte-urbaniste Yves Lion.

La métamorphose du Neuhof peut enfin commencer. Plombée par l’image d’un quartier maudit, cette mosaïque urbaine de 20 000 habitants, étirée sur 4 km au sud de Strasbourg, est passée en 2005 de la désolation à l’espoir. Elément déterminant de la rénovation urbaine, les vicissitudes du tramway expliquent cette situation.

En octobre 2004, l’arrêt du chantier, décidé par le tribunal administratif de Strasbourg, avait apporté un vent de pessimisme dans le paysage urbain et social. Après avoir détenu des records tant pour les voitures brûlées que pour le montant des investissements en réhabilitation et le nombre d’études urbaines empilées et restées sans suite, le quartier a offert pendant l’année 2005 une image désastreuse, celle de la route du Neuhof, défoncée par le chantier abandonné du tramway. Une interruption qui a bloqué le début du frémissement de la promotion privée, que l’équipe du Grand projet de ville (GPV) avait pourtant enregistré précédemment.

Les symboles de l’entrée nord. La concomitance entre l’arrêt du chantier et le départ du directeur de ce GPV lancé en 2000, Philippe Raluy, a renforcé l’impression d’enlisement, de même que la discrétion des élus dans le portage du projet. Mais le 3 novembre 2005, la cour administrative d’appel de Nancy relance le chantier du tramway. Celui-ci ne constitue que la partie la plus visible d’un changement en profondeur, engagé sur plusieurs sites stratégiques du Neuhof, avec des opérations qui touchent autant au volet habitat qu’à la dimension économique.

A l’entrée nord du quartier – la partie la plus proche du centre-ville, dénommée Kibitzenau – les changements sont tangibles : le nouveau dépôt du tramway et des bus, inauguré en février 2006, jouxte le futur siège du plâtrier staffeur Stenger ; Promogim lance des opérations de logements, une maison de retraite va s’implanter. Grâce à la nouvelle liaison est-ouest, intégrée au projet du tram, ce site symbolise le désenclavement du Neuhof.

Les bailleurs sociaux ont tiré les premiers : au sud du quartier, la Société coopérative pour le logement populaire a bouclé en 2005 la réhabilitation du Stockfeld, tandis qu’à l’ouest, la société d’économie mixte Habitation Moderne multipliait les rénovations de caves et les résidentialisations de pieds d’immeubles.

Deux noyaux durs. Mais l’impulsion la plus déterminante est venue de CUS Habitat, d’une part en raison de l’importance de son patrimoine – l’office public d’HLM de la communauté urbaine de Strasbourg gère plus de 3 000 logements au Neuhof – d’autre part en raison de son histoire récente : après la crise consécutive à l’alternance municipale de 2001, ce poids lourd fai­-sait figure de poids mort, au point que de nombreux architectes choisissaient de boycotter ses consultations.

Deux noyaux durs du Neuhof, habités par d’anciens nomades sédentarisés, servent de test à la capacité de CUS Habitat à retourner sa propre image et celle du quartier : la cité des Aviateurs et celle du Ballersdorf.

Opération vérité à CUS Habitat. Aux Aviateurs, les chantiers d’une trentaine de robustes pavillons conçus par l’atelier d’architecture Bozzi sont lancés depuis l’an dernier. Dans les jardins, l’apparition de nains et autres cigognes témoigne du processus d’appropriation en cours !

Plus complexe, la reconstruction partielle après démolition des 350 logements du Ballersdorf – dont 200 appartements vacants – a donné lieu en septembre dernier à une opération vérité en direction de la maîtrise d’œuvre. Face aux dix équipes présélectionnées pour deux îlots soumis au concours jugé fin novembre (sur cinq au total), le directeur Michel Debeaux a tenu un discours de combat et de transparence : « Vous devrez travailler vite, face à des locataires impatients et exigeants, dans une opération complexe, que nous souhaitons pérenne, et où nous assumons un rôle d’aménageur, en principe non prévu par nos statuts. » Soulagé par le succès du concours auprès d’architectes parfois issus d’autres régions que l’Alsace, CUS Habitat a confié les deux îlots au parisien Tectum et à l’alsacien Ixo. Début février, la réunion de coordination entre les maîtrises d’ouvrage et maîtrises d’œuvre du Ballersdorf et du GPV a témoigné de la dynamique opérationnelle en démarrage.

Tramway et aménagement : une nouvelle étape. La détermination et la coordination des acteurs incitent d’autant plus à l’optimisme qu’elles s’appuient sur un terrain porteur : « Avec ses nombreux terrains disponibles, le Neuhof est facile à réparer », se plaît à répéter Yves Lion, lauréat du marché de définition qui a lancé le GPV. Cette réalité objective, qui conduit à envisager 26 000 habitants au Neuhof au lieu de 20 000 actuellement, devrait d’autant plus faciliter la diversification du quartier que la pénurie foncière strasbourgeoise stimule l’intérêt des promoteurs. Soucieux de gérer progressivement l’enthousiasme du secteur privé, l’équipe du GPV prépare une consultation sur six terrains totalisant 10 000 à 15 000 m2 de surface hors œuvre nette.

Le tramway jouera son rôle de vecteur d’aménagement avec une force jamais atteinte jusqu’ici à Strasbourg. « Alors que le plus souvent, j’anticipe un hypothétique projet global, je vis au Neuhof une situation idéale : le tram fait partie des opérateurs d’un projet urbain auquel il donne son rythme », témoigne le paysagiste Alfred Peter. Maître d’œuvre de l’insertion urbaine du tram de Strasbourg au début des années 1990, le paysagiste situe la seconde extension en cours comme une étape nouvelle dans la montée en puissance de la dimension urbanistique du transport en commun en site propre : « Lors de la construction de la première ligne, l’enjeu portait sur la légitimité du système de transport. La seconde a créé l’occasion d’aménager des places. Avec l’extension en cours, on remonte d’un cran pour créer de nouveaux quartiers et en transformer d’autres. » La réussite du projet du Neuhof pourrait rajeunir l’image pionnière de Strasbourg, dans la fertilisation croisée entre transport public et aménagement.

PHOTO - Ame32 strasbourg Ouv.eps
PHOTO - Ame32 strasbourg Ouv.eps
DESSIN - Ame32 strasb Stockfeld.eps
DESSIN - Ame32 strasb Stockfeld.eps

Commentaires

Renouvellement urbain Le Neuhof en cours de désenclavement

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur