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« Renoncer au transfert de l'aéroport ? Une impasse ! »

Propos recueillis par Jean-Philippe Defawe |  le 19/01/2018  |  TransportCollectivités localesLoire-AtlantiqueFrance entièreEtat

Loire-Atlantique -

Entretien avec Philippe Grosvalet, président du conseil départemental de Loire-Atlantique et du syndicat mixte aéroportuaire.

Vous avez organisé, en décembre dernier, un grand colloque sur le thème du foncier. Pourquoi se saisir d'un tel sujet ?

Ce colloque était une première et répondait à trois objectifs : partager les enjeux fonciers, à commencer par la consommation de terres agricoles et naturelles ; dépasser le cadre technique pour faire du foncier une question de société ; et, je ne m'en cache pas, affirmer le rôle du département dans ce domaine. Car s'il n'existe pas de compétence territoriale dédiée au « foncier », je considère que cette question fait partie de l'ADN d'un département au service de l'équilibre des territoires. En Loire-Atlantique, nous disposons de précieux outils d'observation et d'analyse, comme la base de données « Mode d'occupation des sols » : celle-ci confirme que l'artificiali sation des sols se poursuit en Loire-Atlantique, mais à un rythme qui ralentit fortement. Entre 2012 et 2016, 481 ha d'espaces agricoles, forestiers et naturels ont été artificialisés en moyenne chaque année, contre 986 ha par an entre 1999 et 2009, et 754 ha par an entre 2009 et 2012. L'étalement urbain est davantage contenu, notamment grâce à un habitat plus dense. Pour intervenir sur le foncier, nous nous sommes également dotés d'une agence foncière, nous avons créé des périmètres de protection des espaces agricoles et naturels (PEAN), dont le plus grand de France entre la métropole nantaise et le site de Notre-Dame-des-Landes, et nous protégeons environ 6 000 ha d'espaces naturels sensibles.

Vous présidez le syndicat mixte qui regroupe les collectivités concernées par le projet d'aéroport.

Vous avez été très critique sur le rapport des médiateurs, qui met en balance le transfert à Notre-Dame-des-Landes et le réaménagement de l'aéroport existant.

Le jugez-vous partisan ?

Ce rapport est surtout dangereux parce qu'il trompe le président de la République. Au fond, il lui donne le choix entre un transfert d'aéroport, qui repose sur un dossier étayé et consolidé comme jamais, et une impasse. Une impasse pour le développement de notre territoire, pour les habitants, à qui l'on promet de plus en plus de nuisances sonores et de problèmes de santé, mais surtout une impasse en termes de procédures.

Comment imaginer que toutes les procédures menées pendant quinze ans à Notre-Dame-des-Landes, avec les difficultés que l'on sait, pour 1 000 personnes impactées, seraient conclues en seulement deux ans dans une agglomération où 70 000 habitants sont survolés ?

Notre devoir d'élus locaux est d'alerter le gouvernement. Nous avons développé neuf points qui n'étaient pas précisés dans le rapport et qui sont pourtant essentiels. Comme, par exemple, le coût public : 246 M€ pour le transfert à Notre-Dame-des-Landes. Combien pour le réaménagement de Nantes Atlantique ? Le rapport ne le dit pas… Il faudrait pourtant alors payer « trois aéroports » : les indemnités au concessionnaire, le réaménagement du site actuel et le transfert dans trente ans…

« Pour l'aéroport, la décision d'Emmanuel Macron doit s'appuyer sur la justice et la démocratie. »

Si Emmanuel Macron tranche en faveur du réaménagement de l'actuel aéroport, vous lancerez-vous à votre tour dans une nouvelle bataille juridique, ou accepterez-vous ce choix ?

Nous n'en sommes pas là. Le président de la République a tous les éléments en sa possession pour prendre sa décision : une déclaration d'utilité publique déposée en 2008, confortée depuis par 178 décisions de justice, le soutien de toutes les collectivités locales, quelles que soient les alternances, représentant 8 millions d'habitants, et un vote franc et massif des habitants de mon département en faveur du transfert de l'aéroport en 2016. Lors de sa prise de fonction, Emmanuel Macron a souhaité cette mission, selon moi dans l'idée de se donner le temps de la réflexion. Au niveau qui est le sien, un président ne fonde pas une décision sur une pseudo-expertise orientée, mais s'appuie plutôt sur les piliers de notre République que sont la justice et la démocratie. Ces éléments fondamentaux plaident bien évidemment en faveur du transfert de l'aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes.

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