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Recrutement dans le BTP : un marché de l’emploi à deux vitesses
Prévisions à la baisse pour 2013 - © © DR

Recrutement dans le BTP : un marché de l’emploi à deux vitesses

EMMANUELLE N'HAUX |  le 19/10/2012  |  AinSartheVosgesFrance

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La situation de l’emploi est on ne peut plus contrastée cette année. D’un côté, les grands groupes, de l’autre les PME. Pour les premiers, 2012 sera une bonne année en termes d’activités et de recrutement. Les embauches seront, à fin décembre, quasi équivalentes à celles réalisées l’an passé et les perspectives 2013, bien que plus prudentes, restent importantes.

Dans ces grandes entreprises multi-activités et souvent internationales, le repli d’une activité peut-être compensée par le développement d’une autre et l’emploi ainsi préservé si tant est que les salariés soient mobiles.

Dans les petites entreprises, la situation est bien différente. Au niveau de l’activité tout d’abord. Sauf pour les PME ancrées sur des marchés de niche porteurs, le volume d’affaires se réduit proportionnellement à la baisse du niveau de sous-traitance. Et, de ce côté-là, les majors ferment les vannes. Autre difficulté, et non des moindres : les grands groupes n’hésitent pas à venir jouer dans la cour des petits… Dans ces conditions, difficile de rivaliser.

Sur le front de l’emploi, les PME vont essentiellement tenter de sauvegarder leurs effectifs permanents en réduisant la voilure au niveau de l’intérim et de la sous-traitance… Certes, la situation n’est pas aussi dégradée que lors de la crise du milieu des années 1990. Mais, en cette période de tempête, les entreprises doivent passer la vague tout en préparant l’avenir. Pour cela, elles n’auront d’autres choix que de former soit en intégrant des apprentis, soit en professionnalisant leurs salariés. Autrement dit, former plutôt que licencier.

Grands groupes : les profils confirmés dans le viseur

Prévisions à la baisse pour 2013
Prévisions à la baisse pour 2013 - © © DR

Les niveaux de recrutements restent élevés pour 2012. Les entreprises cherchent à renforcer leur encadrement non sans mal sur certains profils. Les prévisions sont à la baisse pour 2013.

Une année chargée, tel est le qualificatif majoritairement employé par les grandes entreprises pour définir l’année en cours. « 2012 reste une bonne année en termes d’activité et de prise de commandes, illustre Gérard Charbonnier, directeur de l’emploi, de la mobilité et de la gestion des compétences de Spie Batignolles. Sur nos activités ‘‘ grands projets ’’, nous avons une bonne visibilité sur 2013.

Sur nos activités dites de proximité, l’écoulement du carnet de commandes est plus rapide. » Une réalité pour la plupart des grands groupes qui ont maintenu des niveaux de recrutement élevés cette année (voir tableau p. 19). Mais l’incertitude demeure pour après. « Nous ne subissons pas les effets de la crise car nous avons de gros chantiers en portefeuille qui devraient soutenir l’activité jusqu’en 2014. Mais cette situation masque l’après. Il va falloir que d’autres projets sortent des cartons », souligne Bruno Pavie, DRH du groupe NGE. Et, à ce niveau, tous attendent les arbitrages du gouvernement.

Complexité des affaires traitées

Point commun à l’ensemble de ces « gros » recruteurs, l’essentiel des besoins porte sur un renforcement de l’encadrement travaux, avec l’intégration de profils de confirmés. Aux niveaux cadre et Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise). « Nous avons une cinquantaine de postes de cadres ouverts en travaux et en études de prix, illustre Eric Logheder, responsable du développement RH chez GCC. Nous recrutons aussi des chefs de chantier, des chefs principaux pour conduire des chantiers importants et complexes. » Un avis partagé par Nicole Coulpin, directrice du développement RH d’Eiffage Construction. « La complexité des affaires traitées nous conduit à renforcer le taux et le niveau de notre encadrement. Nous sommes plus exigeants dans les profils que nous recrutons. Les conducteurs de travaux doivent pouvoir analyser et maîtriser les risques tout en optimisant l’organisation de leur chantier. »

Les besoins restent également importants sur les méthodes et les études de prix. « Il y a toujours pénurie de profils études de prix. Trouver un cadre avec un bon niveau d’expérience s’avère difficile », souligne Jacques Perrin, DRH de l’entreprise Demathieu & Bard. Pour pallier ces difficultés de recrutement, certaines entreprises s’organisent. A l’instar du groupe Balas, spécialisé en génie climatique-plomberie-couverture, qui a élaboré, en partenariat avec d’autres entreprises et l’organisme de formation Afortech, un cursus qualifiant. « Nous cherchons à former soit des personnes externes soit des salariés de nos entreprises sur ce métier. Le programme de formation est en voie de finalisation et nous allons démarrer la phase d’identification des candidats », explique Stéphanie Madinier, DRH de l’entreprise.

Cette filière, qui souffre d’un manque d’attractivité, fait l’objet de réflexions pour la mettre en valeur. « Nous devons penser à des passerelles pour valoriser la carrière des personnes qui travaillent aux études de prix soit vers le commercial, vers les travaux ou vers la gestion d’un centre de profit », avance Cédric Mendes, responsable du service recrutement de Colas. Pour 2013, les entreprises de BTP et les bureaux d’études devraient faire preuve de prudence. « Cette année, nous allons enregistrer une croissance nette de nos effectifs de 3 à 4 %, indique Jacques Morvan, DRH d’Ingérop. Pour 2013, nous nous adapterons aux prises de commandes. Mais nous n’hésiterons pas à recruter des profils clefs pour l’entreprise. » Dans le domaine de l’ingénierie, les profils clés sont surtout les chefs de projet expérimentés et les spécialistes en CVC (climatisation-ventilation-chauffage), électricité, structures…

Mobilisation sur l’alternance

Si les entreprises manquent encore de visibilité pour l’année à venir, toutes souhaitent mettre l’accent sur l’alternance. « Nous allons développer l’apprentissage sur tous les niveaux de formation pour mieux intégrer et fidéliser nos jeunes embauchés », illustre Claire Schnoering, directrice du développement RH de Vinci Construction France. A compter de 2013, les entreprises de 250 salariés et plus qui ne respecteront pas le quota de 4 % (5 % dès 2015) d’alternants dans leurs effectifs verront leur contribution alternance s’alourdir…

Témoignages


Christophe Chenevat, responsable du recrutement de Razel-Bec
Christophe Chenevat, responsable du recrutement de Razel-Bec - © © Vincent Leloup/Le Moniteur

Christophe Chenevat, responsable du recrutement de Razel-Bec : « Recruter des expatriés pour différentes fonctions »

« 2012 reste une année très dynamique au niveau des recrutements. A mi-année, nous totalisions déjà le nombre de recrutement effectué en 2011. Nous devrions atteindre 450 à 500 recrutements cette année, contre 400 l’an passé. Notre activité est portée par de grands projets en France, comme le chantier Sud Europe Atlantique qui absorbe un tiers de nos recrutements à lui seul, mais aussi par le développement de certaines activités comme les travaux maritimes et fluviaux. Nous allons également continuer notre développement à l’export sur l’Afrique, où nous sommes historiquement présents, mais également sur d’autres continents avec des projets routiers et de génie civil. Pour cela, nous avons lancé des recrutements de cadres expatriés en direction de projet, direction de travaux, études, méthodes et matériel. »

Amélie Quidor, reponsable du développement RH de Bouygues Construction
Amélie Quidor, reponsable du développement RH de Bouygues Construction - © © Yves Chanoit/ Bouygues Construction

Amélie Quidor, reponsable du développement RH de Bouygues Construction : « Renforcer notre encadrement »

« Nous devrions finir l’année sur un niveau de recrutement important, environ 2 400 à 2 500 personnes tous niveaux confondus. Nous faisons preuve de prudence en cette fin d’année du fait d’une situation économique générale plus tendue. Nous confirmons notre volonté de renforcer notre encadrement : les cadres représenteront environ 40 % des embauches cette année. Pour moitié, il s’agira de jeunes diplômés. Quelle que soit la filière, nous attendons de nos cadres qu’ils aient, en plus de leurs compétences dans un secteur précis, une ouverture d’esprit sur des domaines autres, comme la prise en compte du développement durable par exemple. Nous souhaitons également intégrer davantage de techniciens sur nos métiers de la construction et de l’énergie. Nous pouvons offrir à ces publics des parcours de carrières qui s’inscrivent dans la durée. »

Frédéric Périn, DRH d’Egis
Frédéric Périn, DRH d’Egis - © © Isabelle Andrey/Egis

Frédéric Périn, DRH d’Egis :  « Accélérer les flexibilités internes »

« Globalement, 2012 sera une bonne année en termes d’activités. Mais elle reste hétérogène selon les segments de marché et les pays. Pour pouvoir absorber les trous d’air ci et là, ou tout simplement pour être en mesure de répondre immédiatement à un gros marché, nous devons développer notre flexibilité intermétiers et géographique. Nous le pratiquons déjà. Les bureaux d’études d’Egis Rail et d’Egis International collaborent régulièrement sur des projets rail ou routes en France comme à l’international. De même, une cinquantaine de nos salariés de filiales étrangères travaillent actuellement en France ou pour d’autres entités à l’international. Pour conserver nos compétences, nous devons impérativement encourager ces collaborations. »

PME : garder les compétences internes à tout prix

Sondage Pro BTP
Sondage Pro BTP - © © DR

Les PME subissent de plein fouet le ralentissement de l’activité, la concurrence accrue des grandes entreprises et la baisse des prix. Fragilisées, elles craignent pour l’emploi dans les mois à venir.

L’angoisse monte au sein des PME du secteur. Fin septembre, la Fédération française du bâtiment, dans un communiqué intitulé « Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour le bâtiment », tirait la sonnette d’alarme : le secteur aurait déjà perdu 11 200 emplois au premier semestre, intérim compris. Et les prévisions ne sont pas bonnes. Le bâtiment parle de 35 000 postes dont les deux tiers en intérim cette année, les travaux publics de 6 000 emplois permanents…

Cette inquiétude, les petites entreprises la vivent au quotidien. « Si tous les indicateurs restent tels qu’ils sont - manque de projets, problème de financement… -, les entreprises n’auront guère d’autres choix que de réduire la voilure sinon elles couleront. Dans ma région, beaucoup de petites entreprises ont déjà déposé le bilan. Certaines de taille moyenne commencent à y venir », s’alarme Christophe Possémé, P-DG de l’entreprise Le Bâtiment Associé (gros œuvre, charpente ossature bois, taille de pierre, 130 personnes). Sur son activité bâtiment, il anticipe une baisse de son chiffre d’affaires de 10 à 12 %.

Continuer à former malgré tout

Contrairement à la crise de 2008, sur laquelle les entreprises ont majoritairement surfé, celle-ci risque de laisser plus de traces. Les trésoreries des entreprises se sont en effet érodées sous la pression de marchés pris avec des coefficients trop bas depuis trop longtemps. « La situation est paradoxale, juge Serge Cunin, P-DG de l’entreprise vosgienne du même nom, spécialisée dans les lots techniques. L’activité est là, les prix sont toujours bas, mais nous perdons encore de la marge en raison de facteurs externes qui viennent perturber la bonne exécution des chantiers .»

Dans ces conditions, on peut craindre pour l’emploi. L’entreprise Métalag (Sarthe), spécialisée en serrurerie, charpente et menuiserie métallique a vu son effectif passer de 43 à 35 personnes en dix-huit mois. « Je ne remplace pas tous les départs. Lorsque l’on a un manque de visibilité, tel qu’on le vit aujourd’hui, il faut savoir ajuster nos besoins en permanence et prendre les bonnes décisions au moment opportun », souligne Jean-Claude Tessier, son dirigeant. Non-remplacement systématique des départs, baisse de l’intérim, diminution de la sous-traitance… tous les leviers sont aujourd’hui actionnés pour éviter de « taper » dans les effectifs permanents de l’entreprise. « Sur le dernier trimestre, nous avons réduit l’intérim de 70 % et la sous-traitance de 30 %, mais je ne compte pas toucher à l’effectif de l’entreprise car j’ai eu du mal à les trouver ou à les former, illustre Pierre-Gilles Amiot, président de l’entreprise parisienne de génie climatique Solvac (29 salariés). Si l’activité vient à manquer, j’enverrai certains salariés se former. Les sujets ne manquent pas entre l’amiante, le plomb et les habilitations électriques ! » Pas question d’embaucher dans ces conditions, sauf cas exceptionnel.

« J’ai intégré fin août un jeune plombier-chauffagiste qui venait de finir son apprentissage chez nous. Il travaillera en binôme avec un de nos chefs de chantier. Il faut que nous préparions l’avenir », motive Pierre-Gilles Amiot. Un avis partagé par Christophe Possémé : « Il ne faut pas arrêter de former des jeunes en apprentissage ou de mener des actions de professionnalisation auprès de nos salariés. Nos métiers sont en pleine évolution. Les mutations technologiques sont importantes et le développement des nouveaux produits doit nous inciter à former. Ce n’est pas le moment de baisser les bras ! »

Témoignages

Franck Perraud , président de Perraud et Associés (Ain)
Franck Perraud , président de Perraud et Associés (Ain) - © © Picasa

Franck Perraud , président de Perraud et Associés (Ain)- métallerie, charpente métallique, 40 salariés : « Rendre nos salariés plus polyvalents »

« Dans notre région, le volume d’activité reste dynamique malgré tout, mais nous ressentons beaucoup d’attentisme de la part de nos clients en marchés publics et privés. Nous manquons de visibilité et il n’est pas facile d’ajuster nos besoins en recrutement. Cette année, nous avons recruté une personne pour l’atelier et sommes en train d’en remplacer une autre. Nous recherchons également depuis plusieurs mois un dessinateur pour notre bureau d’études. Par ailleurs, nous formons trois jeunes en alternance et un salarié en formation continue. Pour pouvoir nous positionner sur des marchés émergents comme l’accessibilité, les façades rapportées…, nous devons rendre notre personnel polyvalent et faire en sorte qu’ils puissent basculer d’une activité à l’autre en cas de besoin. »

Serge Cunin, P-DG des Ets Cunin (Vosges)
Serge Cunin, P-DG des Ets Cunin (Vosges) - © © Yves Denoyelle/Le Moniteur

Serge Cunin, P-DG des Ets Cunin (Vosges) – climatisation, chauffage, plomberie, 100 salariés : « Réduire l’intérim et la sous-traitance »

« L’année 2012 est extrêmement difficile pour nos activités basées en France. L’activité est là, mais les prix sont bas et les conditions d’exécution des marchés se sont dégradées avec des défaillances d’entreprises plus nombreuses, des dérapages dans les prix d’achat… Pour limiter la casse, nous devons réduire notre activité de 20 à 30 %. Ce n’est pas la peine de faire du chiffre d’affaires si c’est pour perdre de l’argent ! Nous avons réduit à peau de chagrin le recours à l’intérim et à la sous-traitance pour préserver nos compétences internes. Nous avons la chance d’avoir une activité soutenue à l’export ; aussi nous allons basculer une partie de notre bureau d’études sur ces affaires. Par ailleurs, nous avons gelé tous les investissements en matériel et sur les véhicules. »

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