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Reconstruction de Notre-Dame: les millions de dons font des milliers d'envieux
Eglise détériorée, ici à Granville (Manche). - © Kai Krueger - stock.adobe.com
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Reconstruction de Notre-Dame: les millions de dons font des milliers d'envieux

Florent Maillet, avec AFP |  le 10/05/2019  |  Reconstruction Notre-DameIncendie Notre-DameMonument historiqueArchitecture

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Eglises, cathédrales... Près de 5000 édifices religieux menaceraient ruine en France. L'énorme somme récoltée pour Notre-Dame de Paris doit bénéficier à d'autres bâtiments, estiment certains. Mais le sujet est plus complexe qu'il n'y paraît.

C'est l'édifice qui cacherait la forêt. Derrière l'immense chantier de Notre-Dame de Paris, dont le projet de loi sur sa restauration et sa conservation est examiné actuellement au Parlement, certaines églises, qui sont aux villages ce que Notre-Dame est à Paris, menacent ruine dans des milliers de communes de France. Et les experts du patrimoine sont partagés entre la jalousie face à l'afflux de dons pour la cathédrale parisienne et l'espoir d'une mobilisation.

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Selon l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR), quelque 5000 édifices religieux se délabreraient. Un chiffre controversé entre experts, tant l'état exact de 40 000 à 60 000 églises et chapelles de tous acabits, dans 36 000 communes, est difficile à établir.

Cela va de la chapelle de lycée transformée en garage à vélos à l'imposante église qui semble en bon état mais dont personne ne voit que la charpente est pourrie.

L'Etat n'intervient que pour les sites qu'il a répertoriés

Depuis la loi de séparation de 1905, les communes ont la charge d'entretenir les églises construites avant cette date. Soit la très grande majorité. Et l'Etat n'intervient que pour les sites qu'il a répertoriés: bâtiments inscrits ou classés.

Le côté pile de la médaille est une mobilisation territoriale croissante: des dizaines de milliers de passionnés bénévoles, lanceurs d'alerte, jeunes ou retraités. Des référendums locaux. Un "remarquable effet Stéphane Bern" qui mobilise élus et administrés. Et, "dans 90% des cas, des maires désireux de sauver leurs églises", estime Olivier de Rohan, président de la fondation Sauvegarde de l'art français.

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Par contre, les grandes entreprises, que Stéphane Bern voudrait mobiliser, "ne mettent pas un sou" dans les petites églises en péril, "un interdit" pour leur image, regrette-t-il.

Paris, pour l'état de ses églises, "ressemble à Naples en 1947"

"On crie à l'assassinat (des églises) alors que très peu de gens veulent les assassiner", ironise le président de Sauvegarde de l'art français, association qui apporte son expertise scientifique et financière, pour détecter notamment les devis gonflés.

Olivier de Rohan fait la différence entre l'étranglement financier des communes rurales et "le scandale" des églises parisiennes mal entretenues: Paris qui, pour l'état de ses églises, "ressemble à Naples en 1947".

Provoquer "une prise de conscience"

Le sauvetage de centaines d'édifices ruraux en majorité religieux est le pain quotidien de la Fondation du patrimoine (FDP).  "L'église joue le même rôle au village que Notre-Dame au niveau national. Elle donne attractivité, sentiment de confiance. Quand on la démolit, elle laisse une trace, l'absente est toujours présente. Et notre enjeu, c'est que l'incendie de Notre-Dame n'absorbe pas la générosité des Français et des étrangers, mais au contraire provoque une prise de conscience de notre capacité à faire de même" au plan local, affirme Célia Vérot, sa directrice générale.

Selon elle, "ce patrimoine-là n'est pas en train de brûler. C'est plus lent. Une dégradation parfois invisible". Avec des coûts de sauvetage souvent accrus.

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Des combats sont gagnés de haute lutte: l'église néoclassique Saint-Martin d'Arc-sur-Tille, monument néoclassique près de Dijon, que le préfet et le diocèse ne pensaient pas pouvoir sauver, a ainsi été restaurée. "Elle n'a pas cédé la place à la salle polyvalente prévue", observe Alexandre Gady, président de l'association "Sites et monuments". "Il arrive qu'on sauve une église contre l'avis de l'évêque avec le soutien du maire communiste", s'amuse-t-il.

"Les chantiers deviennent de plus en plus techniques"

"Certaines villages ont leur deuxième, voire leur troisième église. Et les chantiers deviennent de plus en plus techniques: multiplication des normes, étude préalable, sécurisation. Vous avez à aligner pas mal d'argent avant le premier coup de pioche", note Alexandre Gady, selon qui les communes et regroupements de communes ont de multiples autres priorités croissantes, notamment sociales.

Si même la mairie de Versailles a du mal à trouver 10 millions d'euros pour rénover les combles de son église Notre-Dame, que dire à l'échelle d'une commune de 270 habitants qui a une école, un gymnase, une crèche et un stade de foot.

Comme il est interdit de détruire une église qui reste consacrée tant qu'on y célèbre une seule messe par an, le maire va parfois la laisser s'écrouler, demandant au préfet de prendre un arrêté péril. Des bâches, des barrières, des rubans très laids sont installés tout autour pendant des années. "Il devient plus facile alors de faire voter par le conseil municipal sa démolition. D'autant que souvent l'évêque, confronté aux églises vides, n'est pas le plus combatif", note Alexandre Gady.

Enorme somme

Selon lui, l'énorme somme récoltée pour Notre-Dame de Paris doit bénéficier aussi à d'autres cathédrales qui ont besoin de restaurations urgentes, a estimé l'expert Alexandre Gady, appelant les députés à amender en ce sens le projet de loi,  qui propose une souscription nationale, des avantages fiscaux pour les donateurs et un comité de contrôle pour "le bon emploi des fonds. "La loi n'étant pas encore votée, on peut peut-être encore améliorer les choses", a souhaité le président de Sites et Monuments.

Le montant total des travaux ne dépasserait pas 600 à 700 millions d'euros selon diverses estimations. Or les dons approcheraient le milliard d'euros: dons de grands mécènes, d'Etats, et d'un nombre considérable de particuliers.

Le gouvernement insiste pour que ces sommes soient dépensées intégralement pour le monument pour lequel elles ont été offertes, et non versées au bénéfice d'autres bâtiments.

Fonds de dotation pour les cathédrales

Alexandre Gady admet qu'il n'est pas possible de faire bénéficier de ces fonds des milliers de communes qui en auraient besoin pour restaurer leurs églises en péril, dans la mesure où il s'agit d'"un appel de l'Etat" et qu'"une défiscalisation lui est jointe". "J'ai donc proposé de faire un fonds de dotation pour les cathédrales, car beaucoup des 86 cathédrales (en dehors de Notre-Dame) qui sont propriétés de l'Etat ont besoin d'argent", a-t-il souligné.

Une telle modification du projet du gouvernement serait "cohérente" avec la défiscalisation proposée, puisqu'elle concernerait "la même typologie d'édifices", a-t-il insisté.

Il a cité les incohérences de certains dons faits sous le coup de "l'émotion". Ainsi le maire de Rodez, Christian Teyssèdre, "n'arrive pas à restaurer sa cathédrale propriété de l'Etat, qui est dans un état effroyable, et le Conseil régional vient d'envoyer de l'argent à Notre-Dame. Vous avez une collectivité locale qui a des problèmes et qui envoie de l'argent à Paris qui est richissime", s'émeut Alexandre Gady.

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