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Michel Mouillart, professeur d’économie à Paris X-Nanterre - © © Claude ALMODOVAR/LE MONITEUR

"Réagissons ! La demande en logements sera encore plus forte demain", Michel Mouillart, professeur d'économie

Propos recueillis par Laurence Francqueville |  le 13/06/2014  |  ConjonctureTechniqueBâtimentFrance entièreERP

Professeur d'Economie à l'université Paris-X et spécialiste du secteur du logement, Michel Mouillart s'appuie sur la dégradation continue du ratio de production de logements pour 1000 ménages depuis l'après-guerre pour appeler les pouvoirs publics à faire un effort urgent et important de relance en la matière.

Combien prévoyez-vous de mises en chantier de logements cette année ?

310 000 logements seront probablement mis en chantier (hypothèse haute) en Métropole cette année pour 28,4 millions de ménages, ce qui correspond à un ratio de 11,1 logements pour 1000 ménages. Un chiffre comparable à celui de l'année 1951 (11,4 logements pour 1000 ménages), où 150 000 logements étaient construits pour 13,1 millions de ménages. Lorsque l'Abbé Pierre a lancé son «Appel à l'insurrection de la bonté», on construisait 264 000 logements pour 13,4 millions de ménages (19,6 unités pour 1000 ménages). Même si la situation n'est pas comparable, la mise en perspective souligne que la crise quantitative que nous connaissons actuellement aura du mal à se régler, sauf à imaginer un effort spectaculaire de l'Etat qui ne produira probablement pas ses effets avant la fin du quinquennat.

Pouvez-vous quantifier cet effort nécessaire ?

Pour atteindre l'objectif présidentiel de 500 000 logements par an, il faudrait que le ratio s'établisse à 17,6 logements pour 1000 ménages (voir graphique, ligne rouge à pois jaunes). Réagissons ! Car la pression de la demande en logements, déjà forte aujourd'hui, le sera encore davantage demain. En effet, la France bénéficie d'une démographie dynamique, l'espérance de vie s'allonge encore et les modes d'habitat continuent de se diversifier. Les pouvoirs publics ne peuvent continuer à ignorer cette forte demande.

Ce chiffre des 500 000 semblait pourtant faire consensus dans la classe politique.

Oui et plus globalement celui de la nécessité d'un effort de construction important pendant un certain nombre d'années. En 2006-2007, la France enregistrait 465 000 mises en chantier par an, soit 17,4 logements pour 1 000 ménages ou 55 % de plus qu'aujourd'hui. Remis dans son contexte, le chiffre de 500 000 logements était donc emblématique mais pas inatteignable. Or ce qui n'est pas construit aujourd'hui est malheureusement perdu définitivement, reporté sur les générations futures.

Que faire pour construire plus ?

Les mesures déjà prises en faveur de la construction locative sociale permettront de produire au mieux 120 000 unités par an, auxquelles s'ajouteront peut-être quelque 20 000 logements intermédiaires si les investisseurs institutionnels jouent le jeu. Le reste, c'est-à-dire l'essentiel, ne pourra pas se faire sans relancer massivement l'accession à la propriété. Or cette dernière est devenue tabou, mise à mal par des discours purement idéologiques.

Comment relancer sensiblement et durablement la production de logements en accession?

La France a pourtant la chance de disposer, grâce au circuit des fonds d'épargne (Livret A, Livret développement durable), de ressources longues à bas coût permettant de faire face à des engagements impossibles à honorer autrement. Elle y avait d'ailleurs fait appel dans les années 1970 pour financer des prêts à l'accession sociale.

Cela vous parait-il possible aujourd'hui ?

A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Cet accès aux fonds d'épargne pourrait être limité dans le temps et octroyé sous condition de ressources, au bénéfice des ménages modestes qui sont sortis de l'accession, non pas à cause des taux d'intérêt - qui n'ont jamais été aussi bas - mais faute d'apport personnel. Un prêt adossé au livret A, même s'il n'est pas à taux zéro, peut en effet être constitutif d'apport personnel. Et si sa distribution est banalisée comme le Livret A, on retrouve un effet de levier aussi puissant que le PTZ initial. Evidemment, on peut toujours trouver des arguments pour ne pas faire. Mais cette piste mérite d'être étudiée de près tant l'enjeu est important en termes d'emploi aujourd'hui et de responsabilité vis-à-vis des générations futures. Mais également pour espérer approcher l'objectif présidentiel.

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