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François Dutilleul, président de Rabot Dutilleul. - © Samuel Dhote / Le Moniteur

Interview

"Rabot Dutilleul veut décrocher plus de contrats globaux"

le 20/06/2018  |  ImmobilierAisneParisRabot Dutilleul

François Dutilleul, président du groupe familial indépendant, détaille son plan stratégique. L'ETI du BTP vise davantage de contrats globaux et veut faire travailler ses entités construction et promotion, notamment, de façon transversale.

 

Comment se présente l'année 2018 pour Rabot Dutilleul ?

Nous prévoyons une augmentation de nos volumes d'activité. Tous les métiers du groupe et tous les pays [France, Pologne, Belgique et Allemagne, NDLR] y contribueront. Cependant, le contexte général reste difficile. Même les mises en chantier reculent en France au premier trimestre. Après de nombreuses années de diminution des volumes et des prix, le marché reste très concurrentiel dans la construction. De nouvelles menaces apparaissent aussi : les coûts, aussi bien des matières premières que de la main-d'œuvre, augmentent.

L'activité construction du groupe a connu en 2017 une baisse de 40 M€, soit près de 10 %. Comment l'expliquez-vous, alors que la tendance est plutôt à la reprise ?

En 2016, le groupe a réorienté sa stratégie pour développer au maximum les contrats globaux (entreprise générale, conception-réalisation, PPP… ). La part de ces contrats - qui créent davantage de valeur mais qui sont plus longs à monter - a plus que doublé en 2016. Cela a modifié structurellement notre carnet de commandes : la part du plan de charge à réaliser en année n + 2 a doublé (n + 1 pour les autres contrats).

Cela a certes fait chuter un peu le chiffre d'affaires de 2017, mais cette organisation nous donne plus de visibilité sur notre carnet de commandes, qui est bien établi sur deux ans. Les contrats de conception-réalisation représentent par exemple 25 % de notre plan de charge pour 2018, contre 20 % en 2017. Cela exige d'être très clairvoyant sur l'évolution des prix sur deux ans.

"Nous travaillons à ce que les ressources des différentes filiales soient utilisées au mieux et en synergie"

Entre 2016 et 2017, vous avez réduit vos effectifs…

La diminution est liée au fait que l'entreprise Pouchain [spécialiste du génie climatique, NDLR] ne fait plus partie du périmètre du groupe. En 2017, nous avons embauché 250 nouveaux collaborateurs et nous recrutons en permanence. Nous ajustons aussi nos effectifs à nos nouvelles façons de travailler. Nous développons notamment la partie promotion immobilière, où le chiffre d'affaires par collaborateur est plus élevé.

Nous subissons par ailleurs une pénurie de ressources humaines dans le secteur de la construction, à cause de l'attraction forte des chantiers du Grand Paris. Dans les Hauts-de-France, du fait de notre proximité avec Paris, nous en faisons encore davantage les frais que d'autres régions. Nous avons cependant l'expérience de ce genre de situation grâce à notre implantation en Pologne où la pénurie de main-d'œuvre est criante depuis plus longtemps. Notre vision européenne nous rend lucide sur ce qui peut arriver en France et en Belgique.

En début d'année, vous avez pris la présidence de Rabot Dutilleul Construction à la suite du départ de Gilles Dupont tandis que Thierry Geffroy, venu d'Eiffage Construction, en prenait la direction générale. Pourquoi ?

Nous avons ainsi harmonisé le fonctionnement de Rabot Dutilleul Construction avec celui des autres filiales du groupe. Chaque entité comprend une direction générale s'appuyant sur un comité de direction, un comité d'engagement et un conseil de surveillance.

Nous travaillons à ce que les ressources des différentes filiales soient utilisées au mieux et en synergie sur l'ensemble de la chaîne de valeur du bâtiment. Notre objectif, désormais, n'est plus de vendre des produits mais des solutions globales.

"Nous mettons l'accent sur la formation : 13 000 heures en 2017, soit 10 % de plus qu'en 2016"

Une stratégie plus transversale ?

Oui, exactement. Notre nouveau « projet stratégique », présenté en début d'année à nos collaborateurs, place le client au centre. Objectif : lui proposer une solution en s'appuyant sur l'ensemble des compétences que nous possédons dans le groupe. Il s'agit de travailler en mode projet pour proposer ces solutions globales.

Nous sommes en train de former nos collaborateurs à ces nouvelles façons de fonctionner sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Cela implique de décloisonner au maximum les métiers et de faire abstraction des organigrammes juridiques des différentes sociétés du groupe. Nous travaillons à faire sauter les verrous et à libérer les énergies.

Comment faites-vous sauter ces verrous ?

Grâce à notre échelle d'ETI, notre taille est suffisante pour disposer de toutes les compétences mais assez réduite pour que les équipes soient proches physiquement et travaillent de concert. Nous avons aussi déjà cette culture. Depuis dix ans, nous mettons en place des outils facilitant la transversalité entre les métiers de la construction et de la promotion. Nous allons désormais au-delà. Nous mettons ainsi l'accent sur le capital humain. En 2017, 13 000 heures de formation ont été dispensées, soit 10 % de plus qu'en 2016.

En 2018, ce volume va encore augmenter. Nous sommes aussi en train d'acquérir de nouvelles compétences, avec un bureau d'études numériques qui nous donne plus d'autonomie sur les projets. Une nouvelle dynamique s'installe, c'est enthousiasmant !

"Nous allons développer le full BIM"

Avez-vous un exemple de marché pour lequel ce fonctionnement en mode « solution » a déjà été un plus ?

Cela a été le cas pour un grand retailer international en région parisienne qui voulait s'agrandir tout en laissant le magasin en activité. Nous lui avons proposé un package global comprenant les travaux mais aussi le dialogue auprès des clients et des collaborateurs, afin de pallier la baisse du chiffre d'affaires inhérente aux travaux. Nous avons aussi mobilisé notre bureau d'études numériques, qui a participé au montage d'une offre informatique et numérique, avec des partenaires externes spécialisés.

Vous mettez fortement l'accent sur le digital en 2018…

En effet. Le digital nous permet de mieux dialoguer avec nos parties prenantes et nos clients, et de mieux présenter nos solutions. Nous le développons en phase conception pour les études de prix mais aussi sur les chantiers afin de faciliter, notamment, leur planification. Nous avons déjà une grande expérience des outils collaboratifs.

Nous allons développer le « full BIM » qui permet au client d'utiliser la maquette numérique également en phase d'exploitation. Le bâtiment des archives de l'Aisne sera le premier à offrir cette possibilité. Ce sera également le cas de l'immeuble tertiaire Shake à Euralille.

Vous développez également des partenariats avec des start-up ?

Exactement. Nous avons par exemple signé un partenariat avec Effipilot [spécialiste de la gestion énergétique, NDLR]. D'autres vont suivre. Nous pouvons ainsi élargir encore la palette de solutions à offrir à nos clients et progresser sur des sujets comme la performance énergétique des bâtiments, l'économie circulaire, l'exploitation des bâtiments, la mobilité urbaine - ou encore sur les notions de bien-être et de bien vivre -, sur lesquels ces jeunes pousses sont beaucoup plus agiles.

L'année 2017 de Rabot Dutilleul

713 M€ de chiffre d'affaires répartis entre les activités construction (59 %) et promotion (41 %).

33 % du CA réalisé dans les Hauts-de-France, 23 % en Ile-de-France et 18 % en Belgique.

1 500 collaborateurs, dont 48 % de cadres et d'agents de maîtrise. 2 771 logements livrés en 2017.

287 530 m² de surfaces tertiaires livrées en 2017.

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