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"Qui sont les paysagistes-conseil de l’Etat ?" par Philippe Thébaud, paysagiste

Defawe Philippe |  le 20/10/2006  |  EnergieArchitectureLoireFrance entièreEnergies renouvelables

Qui connaît réellement le travail des paysagistes-conseil de l’Etat ? Et pourtant, plus de 10 ans se sont écoulés depuis que l’Etat a puisé dans le vivier des paysagistes libéraux -diplômés des écoles formant les architectes paysagistes- pour mettre ces volontaires au service des Préfets des départements. Deux jours par mois, ils assistent le Directeur de l’Equipement pour apporter leur vision des valeurs patrimoniales et prospectives de la gestion de l’évolution de la qualité des paysages, qu’ils soient urbains ou ruraux. Cette mission peut être doublée d’une mission pour le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable auprès du Directeur Régional de l’Environnement. C’est le cas dans le département de la Loire.

Délaisser volontairement son Agence tous les mois pour venir participer à la gestion d’un territoire, sur le terrain, avec les représentants de l’Etat demande une certaine détermination et une volonté de compréhension du mode de fonctionnement de notre société. Car passer du camp du « pétitionnaire » qui demande une autorisation, à celui de « l’instructeur » qui vérifie et contraint aux règles que s’est fixé l’Etat (en somme, passer du rôle de joueur à celui de l’arbitre) est une démarche tout à fait atypique et passionnante. L’efficacité reste liée aux personnalités en présence et à leur volonté de partager le même langage et, compte tenu de leurs origines et de leurs formations très différentes, le rejet de tout a priori…

Le métier du paysagiste consiste à gérer le territoire d’aujourd’hui dans l’optique de son évolution. Faire l’interface entre les élus, l’Etat et les populations « copropriétaires » de leur paysage est son engagement. Sur un grand territoire, il lui est donc possible, avec la notion de temps, d’imaginer de vraies politiques. Ce qu’en tant que praticien libéral, il lui est impossible de vivre, même si les projets sont de grande importance: ce sont toujours des projets juxtaposés avec des durées de missions déterminées, que la loi des marchés empêche souvent de reconduire. Le paysagiste libéral n’exerce que très rarement dans la durée. Il est vrai qu'avec cette méthode, tout le monde est gagnant: le croisement de connaissance de ceux qui gèrent un même territoire dans la durée avec ceux qui ont l’expérience de concevoir en toute circonstance crée une synergie bénéfique.

Dans la Loire, l’osmose fonctionne entre le Directeur de l'équipement et son paysagiste-conseil, ce qui rend la mission possible. Cette mission touche au rôle de formation interne (à l’occasion de groupe d’analyse mensuel avec les chefs de service ou de formation thématique comme « route et paysage », « étalement urbain », etc..) que dans des missions « d’ambassadeur paysage » avec les subdivisions auprès des élus à l’occasion de projets importants, mais aussi modestes. Car la culture sur les territoires à venir reste très fragile: si belle que soit la France et si bienveillants que soient les textes, lois, décrets, chartes, il faut bien admettre qu’il reste des pans entiers du pays grignotés par des « prédateurs » qui, au jour le jour et souvent avec la bonne conscience des services des Collectivités, dégradent gentiment les paysages sans aucun esprit de synthèse. A ce titre, la prise de conscience du développement durable doit faciliter la mission du paysagiste car elle permet à un point précis de restituer des valeurs dans un ensemble complexe. C’est donc un travail de fourmis sur des axes très clairs : gérer l’urbain, les lotissements, les déviations, la zone de développement économique, les entrées de ville, l’évolution des centres anciens, mais aussi, gérer la campagne, avec les impacts d’équipements nouveaux, carrières, antennes de téléphone mobile, éoliennes, équipements de protection des risques…

Dans la Loire, la création d’un groupe de travail en partenariat avec l’IGN et la DIREN, le BRGM et le Parc du Pilat mais aussi Saint- Etienne Métropole et d'autres acteurs locaux, permet actuellement l’échange de données pour élaborer un « Atlas dynamique 3D » sur des modèles numériques au service de tous. Ce travail commun dilue les frontières toujours difficiles, celles liées aux techniques des machines mais surtout celles que se donnent des hommes: c’est un nouveau regard qui s’installe et se partage. Ce n’est pas parce que c’est difficile que cela reste impossible. A St Etienne, le 7 décembre prochain, tous les acteurs sont invités à partager avec des élus, des concepteurs et des techniciens, leur avance de la maîtrise des outils. Pour rechercher une meilleure connaissance du territoire, pour permettre aux concepteurs de mettre leur intelligence au service de la collectivité, pour mettre à disposition de tous ceux qui ont à décider des moyens de compréhension, d’expertise et de concertation.


Philippe Thébaud est paysagiste libéral et paysagiste-conseil auprès du directeur départemental de l'Equipement de la Loire et du directeur régional de l'environnement.

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