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"Quels sont les enjeux de société pour les architectes à l’entrée du XXIe siècle ?" par Dominique Tessier

Defawe Philippe |  le 24/09/2008  |  France entièreArchitectureInternationalProfessionnels

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Il n’est plus d’actualité de définir, comme à la Renaissance ou à l’aube du XIXe siècle, une "ville modèle". Cependant les architectes, au travers de leurs projets, doivent rester porteurs d’utopies et accompagner l’histoire de la pensée. A eux d’apporter de nouvelles formes construites qui nous arriment à la terre et nous fassent réaliser nos destins d’homme.

La question – dont les architectes pourraient faire leur projet collectif – n’est-elle pas déjà celle des retrouvailles avec la terre, avec le monde naturel et concret ? Ce qui veut dire retrouvailles corporelles avec des lieux, par le truchement d’un bâti articulé et différencié pour servir de support à l’identité humaine et sociale. Ces retrouvailles sensibles avec les lieux sont le pendant nécessaire à la "liberté" que décrit Françoise Choay (1) : "Nous voici libérés des contraintes ancestrales : les limites de notre mémoire, la localisation dans l’espace, la durée, les communautés charnelles et enracinées. A celles-ci se substituent désormais les communautés virtuelles d’Internet."

Un enseignement détaché de l’académisme
Les architectes ne sont plus "les serviteurs des prince". Ils sont des intellectuels indépendants capables d’interroger la société et de donner vie à des formes d’usages nouveaux. Aujourd’hui, le projet d’architecture doit être conçu comme un scénario, dans le respect du "déjà là", comme dans la projection de l’innovation à venir. Le projet scénario de l’architecte définit un processus à construire dans la durée, assumé par une communauté d’acteurs renouant avec une éthique publique et une vision politique.

Les architectes sont préparés à la production de tels scénarios, dans toutes leurs implications intellectuelles. Les écoles d’architecture – je connais en particulier celles d’Ile-de-France – ont développé chacune à leur façon un enseignement de haut niveau, détaché de l’académisme. Elles ont permis aux nouveaux architectes d’aborder toutes les formes de programmes, notamment, la conception du logement social, des lieux de travail et celles des équipements publics les plus divers. Elles les ont rendus capables d’agir efficacement sur les formes urbaines aussi bien que sur les structures, les matériaux et les techniques du développement durable.

Garder l’esprit critique
Aux architectes dans leur vie professionnelle d’entretenir en permanence l’esprit critique dispensé à l’école et de rester créatifs. Garder l’esprit critique et ne pas tomber dans les ornières de la facilité n’est plus une attitude simple aujourd’hui. "Une architecture ne peut être située, analysée et interprétée qu’en s’appuyant sur des principes théoriques établis et dont la connaissance et le maniement sont globalement partagés. Ces conditions n’existent plus aujourd’hui ; on l’a assez répété : il n’y a plus d’écoles, d’idéologies ou de corpus d’outils méthodologiques qui s’imposent suffisamment pour fonder un socle commun." (2). Faute de ce socle, les emprunts multiformes à la mode, aux arts visuels, au design, à l’image rendent l’architecture plus difficile à interpréter et la qualité plus difficile à apprécier.
C’est pourquoi les débats sur le "genre" nous paraissent désormais vains et sujets à entretenir des discordes, alors que l’enjeu principal est de déplacer la ligne qui délimite les lieux où l’architecture est présente vers ceux où elle ne l’est pas.
Défendons-nous de devenir les sujets du marketing politique ou économique
Les projets d’architecture, quels que soient leur style, leur programme, leurs moyens, demandent un travail complexe, long et savant, que le consumérisme ambiant tend à vouloir réduire à la fabrication d’images. Alors restons vigilants quant au sens que peuvent prendre nos apparents succès médiatiques, et défendons-nous de devenir les sujets du marketing politique ou économique. Ce qui nous intéresse tous, comme cela intéresse tout un chacun, c’est le quotidien de la vie.
Sachons, pour défendre la qualité de l’architecture, entretenir entre nous la solidarité et la cohésion d’un groupe de professionnels liés par une même culture. Quelle que soit la façon dont nous exerçons l’architecture – sur le mode libéral, en salarié, auprès des maîtres d’ouvrage, en tant que fonctionnaire de l’Etat ou des collectivités – c’est par cet effort groupé que l’architecture pourra peser dans les débats de société.

Dominique Tessier est Président du conseil régional des architectes d’Ile-de-France. Architecte DPLG, il est diplômé en 1978 de Paris Belleville (UP8) et inscrit à l’Ordre depuis 1979. Il est architecte conseil de l’Etat et expert pour l’Union européenne à Madagascar, et également chercheur associé du laboratoire "espace du travail" à l’EPALV (UP6).
(1) Interview in aROOTS (3/04/2002) : "L’utopie d’aujourd’hui, c’est retrouver le sens du local". (2) Emmanuel Caille, "d’Architectures", mars 2008.


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