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Quelles politiques d’achat pendant les périodes de crise ?

Sabine Ganansia |  le 29/11/2013  |  ConjonctureÉvénementFrance entière

La conjoncture économique générale influe-t-elle sur les politiques d’investissement ? Trente directeurs matériel, membres de la Confrérie des mécaniciens, en ont débattu à l’invitation du Moniteur.

Les crises successives de 2009 et de 2013 ont poussé les directions matériel à repenser leurs politiques d’investissement. Faut-il investir à contre-cycle quand les conditions de négociation et les délais de livraison sont optimaux ? Faut-il faire le dos rond et privilégier la conservation du parc ? Ou est-ce le moment de tout remettre à plat et de changer de stratégie ? Trente directeurs matériel, membres de la Confrérie des mécaniciens de travaux publics, ont débattu de ces questions lors d’un déjeuner-débat qui s’est tenu le 13 septembre dernier à l’invitation du Moniteur. « La question des cycles et des contre-cycles était pertinente il y a cinq ans, affirme Henri Belledent, directeur du service ingénierie et maintenance de Cemex Granulats. Saisir les opportunités à contresens n’est plus d’actualité dans les grands groupes, pour les investissements lourds. On ne peut investir que lorsqu’on peut justifier d’une rentabilité économique. » De nos jours, un achat peut être anticipé seulement si l’entreprise a suffisamment de volume de travail et sait qu’elle est capable d’affecter une quote-part de ce matériel sur le renouvellement de son parc. « Pour le chantier de la LGV Sud Europe Atlantique, nous avions quatre grosses locomotives à acheter, témoigne Didier Thévenard, directeur matériel d’Eurovia. On l’a fait en sachant que, quoi qu’il arrive, il y en avait 40 à renouveler dans un futur proche. Si on a une queue de chantier qui est plus courte ou une affaire qui sort mal, on va l’absorber sur notre masse de parc. Aujourd’hui, on anticipe quand on sait intégrer. » Depuis la crise de 2008, le marché s’est tendu, avec des chantiers à démarrage immédiat et des délais très courts. Les mauvaises perspectives concernant les grands travaux - rien n’est prévu à partir de 2015 - augmentent le risque, pour les entreprises, de se retrouver avec des matériels en surnombre, impossibles à absorber entièrement dans les parcs internes. Pis, le déstockage est compliqué par les nouvelles réglementations antipollution qui rendent les occasions plus difficiles à exporter dans d’autres régions du monde.

Retour aux fondamentaux

Leasing, crédit-bail, location financière : les modes de financement proposés par les banques apportent-ils une solution ? « En période de crise, on se tourne vers les instituts financiers et les banques. Et on leur demande quelles sont leurs politiques pour le financement des biens d’investissement lourd, comme des installations de carrière par exemple, dont la durée d’amortissement s’étend entre quinze et vingt-cinq ans. Eh bien, ils n’en ont pas ! » constate Henri Belledent.
L’ensemble des responsables matériel présents s’accorde à reconnaître qu’ils sont sortis de la zone de confort pour entrer dans la gestion fine de leurs parcs. Les crises successives les ont amenés à prendre en compte de nombreux paramètres auparavant négligés, comme la gestion du temps de production et des périodes de ralentissement de l’utilisation des machines. Statistiquement, il apparaît que les grands chantiers ont souvent de meilleures courbes de production que les petits chantiers du quotidien. Il semble y avoir, dans la gestion des grands projets, de bonnes pratiques à généraliser. Autre piste envisagée : l’allongement de la durée de vie des matériels. Une machine en fin de vie garde une valeur équivalente à 10 % de son prix d’achat. Rallonger sa durée de vie de 10 % à 15 % permet d’absorber cette valeur résiduelle. La longévité des machines n’est pas augmentée uniquement en repoussant leur date de renouvellement. Elle correspond aussi à une possibilité offerte par les progrès techniques qui rendent les machines beaucoup plus fiables dans le temps. « Nous allons avoir une durée de conservation des matériels plus élevée, souligne Xavier Barthélemy, directeur matériel d’Eiffage Travaux publics. Les pratiques de renouvellement rapide valables entre 2000 et 2008, qui n’étaient pas en phase avec l’obsolescence constatée, sont derrière nous. Aujourd’hui, nous mettons en place des actions pour avoir un matériel bien entretenu, avec des chauffeurs bien formés pour pousser nos matériels le plus loin possible, dans les meilleures conditions économiques, avec la meilleure efficience. Nous revenons à des fondamentaux. » Depuis la crise de 2008, la gestion du matériel a changé. Le métier s’est complexifié, les directeurs matériel doivent aller plus loin dans la technique et le détail. « Savoir s’il est opportun d’acheter à contre-cycle économique ? On n’en est plus là ! » tranche Didier Thévenard. Il faut constamment se remettre en cause. « Aujourd’hui, on se projette à trois ans tous les six mois ! » conclut Jean-Paul Dury, directeur technique de CFE Location.

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