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Quand Michel Rocard confiait au « Moniteur » son enthousiasme pour les villes nouvelles
Michel Rocard, ministre d'Etat, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire, sortant du conseil des ministres au Palais de l'Elysee le 22 septembre 1982. - © Rue des Archives/AGIP ¬©Rue des Archives/AGIP

Quand Michel Rocard confiait au « Moniteur » son enthousiasme pour les villes nouvelles

Propos recueillis par Marie-Douce Albert |  le 04/07/2016  |  EtatArchitecture

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L’ancien Premier ministre socialiste est décédé le 2 juillet 2016. Un an auparavant, il avait accordé un entretien au « Moniteur » pour évoquer la naissance des villes nouvelles, il y a 50 ans. Michel Rocard y avait eu sa part tout comme il a eu diverses occasions, au fil de sa carrière, de jouer un rôle dans les politiques de l’aménagement du territoire.

Si les grands travaux ont été « mitterrandiens » et le mouvement de décentralisation orchestré par Gaston Defferre, Michel Rocard, décédé le 2 juillet 2016 à l’âge de 85 ans, a eu un rôle à jouer dans les politiques d’aménagement. Ainsi, avant d’être Premier ministre, l’homme politique avait commencé son parcours gouvernemental dès 1981 comme ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire. A ce titre, il a été à l’origine des contrats de projets Etat-Région, qui sont ensuite devenus les contrats de plan Etat-Région (CPER), créés par la loi « portant réforme de la planification » de juillet 1982.

Puis, alors que la France des années 1980 se heurtait à « la crise des banlieues », les deux gouvernements que Michel Rocard  a formé entre juin 1988 et mai 1991 ont eu à œuvrer en matière de politique de la ville. D’ailleurs, dès son arrivée à Matignon après la réélection de François Mitterrand, le Premier ministre abordait la question du « grand problème des villes » devant l’Assemblée nationale, lors de son discours de politique générale du 29 juin 1988. Il appellait alors à réconcilier « urbanité et urbanisme » par une série de mesures d’accompagnement social et notamment, par « des travaux d’urgence dans les quartiers dégradés », comme le rappelle sa biographie sur le site du gouvernement.

Elu de terrain, comme maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pendant 17 ans, comme député et plus tard comme sénateur des Yvelines, mais aussi député européen de 1994 à 2009, Michel Rocard a gardé jusqu’aux dernières années de sa vie l’image d’un « sage » et son expertise était recherchée. Ainsi, en 2009, il a coprésidé avec Alain Juppé, la commission sur le « Grand emprunt » que voulait lancer le président Nicolas Sarkozy.

Il y a un an, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’acte fondateur des villes nouvelles, Michel Rocard avait évoqué pour « Le Moniteur » une époque des grandes ambitions urbaines… qu’il jugeait désormais difficile à envisager. Retrouvez cet entretien ci-dessous.

Qu’avez-vous d’abord pensé du projet de création de villes nouvelles?

Michel Rocard : De prime abord, avec mes amis du PSU, nous avons eu un doute sur la future localisation de ces villes censées absorber l’augmentation de la population de la région parisienne. La vie est longue à organiser et nous pensions qu’il serait plus prudent de partir de villes existantes comme Fontainebleau, Rambouillet et même Orléans. Nous estimions en effet qu’elles devaient être suffisamment loin de Paris, au-delà d’une ceinture rurale et forestière, pour éviter une trop grande continuité urbaine. Tel ne fut pas le pari de Paul Delouvrier et je ne connais pas les raisons qui ont guidé son choix. Mais ces villes ont donc émergé au milieu des champs. Dès lors, il fallait tout mettre en œuvre pour y permettre l’installation de la vie, y compris politique.

Hormis cette inquiétude géographique, le projet vous a-t-il convaincu?

M. R. : Paul Delouvrier, que j’avais connu en Algérie, était un ami et j’avais pour lui une grande admiration. J’ai été enthousiasmé par le culot avec lequel il a mené ce chantier et notamment par les idées qu’il a développées sur la nécessaire diversité des fonctions urbaines. J’étais aussi conscient que seule la puissance de l’Etat pouvait soutenir de tels projets. Depuis, les conditions ont beaucoup changé. Il était indispensable de revitaliser la démocratie sur tout le territoire et de donner aux élus locaux davantage de responsabilités. En 1982, la décentralisation fut donc un « mieux » pour la France. Une de ses conséquences est toutefois d’avoir détruit le cadre légal centralisateur. Il serait difficile aujourd’hui de lancer une grande action collective d’aménagement telle que les villes nouvelles.

Vous-même avez joué un rôle actif dans l’organisation de ces villes…

M. R. : En effet, alors que j’étais l’unique député PSU, j’ai fait voter un amendement à la loi Royer sur le commerce de 1973 qui a facilité la représentativité de leurs habitants. Ensuite, le hasard m’a fait ministre de l’Aménagement et, par conséquent, des villes nouvelles. Une loi, votée en 1983, a d’ailleurs modifié leur statut.

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