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Quand les coquilles d’huîtres se mélangent au béton
Huitre plate - © Hélène Cochet

Quand les coquilles d’huîtres se mélangent au béton

Amélie Luquain |  le 29/03/2019  |  BétonProgramme de rechercheFinistèreMorbihan

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Sur les côtes bretonnes, des récifs artificiels en béton incorporant des coquilles d’huîtres devraient permettre de restaurer les bancs d’huîtres plates.

Le Comité régional de la conchyliculture (CRC) Bretagne Sud est formel : les récifs d’huîtres sont des plus menacés. 85 % d’entre eux de par le monde ont été gravement endommagés voir détruits.

Débuté en 2018, le projet Forever, pour Flat Oyster REcoVERY, vise à restaurer les bancs d’huîtres plates sur les côtes bretonnes. Il s’est déroulé en plusieurs phases. Après un inventaire de l’état des populations sauvages résiduelles en Bretagne, la deuxième étape a consisté à mener un diagnostic détaillé des deux derniers écosystèmes bretons qui fournissent encore le captage français d’huîtres plates. Ils se situent dans la baie de Quiberon et la rade de Brest. Entré dans sa troisième phase, le projet repose sur la réalisation d’un pilote de restauration des bancs.

Des récifs artificiels en béton coquillier

Pour comprendre son fonctionnement, un cour de conchyliculture s’impose. « Au début de son cycle, l’huître plate, alors larve, cherche à se fixer sur des supports plutôt calcaires », explique Sonia Gachelin, chef de projet FOREVER pour le CRC Bretagne Sud.

« Ces supports qui constituent les habitats des huîtres sont très dégradés. Pour pallier ce manque, nous travaillons à la création de récifs artificiels à base de béton coquillier », poursuit-elle.

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20 à 60 % de coquilles d’huîtres

Pour ce faire, les chercheurs de l’Ecole supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction (ESITC) de Caen se sont intéressés à la bio-colonisation des bétons en milieu marin. Ils ont développé des bétons incorporant des co-produits-coquilliers marins en substitution des granulats naturels afin d’augmenter l’apport du calcaire dans les récifs artificiels.

Des essais expérimentaux ont été menés dans un premier temps. « Plusieurs formulations avaient été testées en étudiant l’effet de la teneur et de la granulométrie de co-produits coquilliers nécessaires ainsi que l’état de la surface à savoir lisse ou rugueux. Ces derniers jouent un rôle important sur le recrutement des larves d’huîtres plates », raconte Samuel Chaudemanche, post-doctorant à l’ESITC Caen. Dans un second temps, avec le partenaire du projet Ifremer, nous avons sélectionné les échantillons en comptant les larves qui se sont fixées dessus », poursuit-il.

« Finalement, nous avons retenu un mélange avec 20 à 60 % de coquilles d’huîtres dans la phase granulaire et un ciment à faible impact environnemental, particulièrement adapté aux environnements marins (CEM III à CEM V), les particules fines qui le constituent diminuant la propagation des chlorures », explique Aurélie Fabien, enseignant chercheur dans le même établissement.

Essais de durabilité des différentes formulations de béton coquillier en 2018
Essais de durabilité des différentes formulations de béton coquillier en 2018 - © Stéphane Pouvreau

Un support inspiré des collecteurs des ostréiculteurs

Une fois la formulation établie, les chercheurs se sont attelés à développer des supports dont les dimensions et les formes sont adaptées au recrutement et à la croissance des huîtres plates.

Il en résulte un récif d’environ 1,20 m d’envergure, qui superpose des plateformes concaves, dont le contour s’inspire directement des collecteurs des ostréiculteurs. Un malaxeur de grande capacité a été utilisé pour produire le mélange optimisé, qui a ensuite été coulé directement dans les moules formants le module. Pour éviter la corrosion en milieu aquatique, le module ne comprend pas de ferraillage.

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Quatre modules seront immergés

Quatre modules seront immergés à 4 ou 5 m de profondeur, dans la baie de Quiberon et la rade de Brest, en juin 2019, afin d’obtenir les premiers résultats à l’automne. « Ces supports à base de béton coquillier serviront de zone de captage pour une centaine de petites huîtres chacun. Notre objectif est que ces zones deviennent de vrais “récifs”, sur lesquels les huîtres, devenues adultes pourront se développer et émettre à leur tour des larves », conclue Sonia Gachelin.

Ce projet, qui bénéficie d’un financement européen dans le cadre de l’appel à projets Aquaculture Innovation Feamp (Fonds européens pour les affaires maritimes et la pêche) 2017, s’achèvera en 2020.

Partenaires : CRC Bretagne Sud, CRC Bretagne Nord, Ifremer, ESITC Caen.

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