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Quand Dunkerque interroge la reconstruction après la guerre
Hiroshima - © © CUD

Quand Dunkerque interroge la reconstruction après la guerre

Nicolas Guillon (Bureau de Lille du Moniteur) |  le 30/05/2016  |  ProfessionArchitectureNordTravaux publicsRénovation

A l’occasion de l’anniversaire de l’Opération Dynamo et du tournage de «Dunkirk», le prochain film de Christopher Nolan, Dunkerque accueillait, le 27 mai, dix cités martyres du monde entier pour un premier colloque des «Villes Mémoires», sans doute annonciateur de la constitution d’un réseau.

Comment une ville renaît-elle de ses cendres ? Le sujet est d’une brûlante actualité pour Kaboul, Bagdad ou Alep. Ecrasée sous les bombes entre le 27 mai et le 4 juin 1940, Dunkerque avait envie de confronter son expérience à celle d’autres cités phénix. Dans un palais des congrès maquillé en usine pour les besoins du tournage du prochain film du réalisateur britannique Christopher Nolan, actuellement en tournage dans la ville, dix délégations venues du monde entier se sont ainsi le temps d’une journée replongées dans leur douloureux passé mais également dans les éléments qui ont constitué leur renaissance. Le casting avait de l’épaisseur si l’on ose dire: Caen et Oradour-sur-Glane, Saint-Pétersbourg (Leningrad) et Volgograd (Stalingrad) pour la Russie, Bizerte (Tunisie), Guernica (Espagne), Ypres (Belgique), Gdansk (Pologne), Rostock (Allemagne) et… Hiroshima (Japon), hasard du calendrier à l’heure précise où Barack Obama y posait le pied.

Faut-il reconstruire à l’identique ou inventer quelque chose de nouveau ? Les débats ont beaucoup tourné autour de la question. Où l’on apprend que les institutions continuèrent à fonctionner durant les 900 jours du siège de Leningrad et que dès 1942, dix concours d’architecture avaient déjà été lancés pour la restauration de la ville, qui verra également la fondation d’une école dédiée.

Le Havre, Dubrovnik, Oradour-sur-Glane...

L’urbaniste Emmanuel Pouille rappelle qu’«en France aussi, la reconstruction était organisée dès 1941. Une rupture avec l’esprit de Vichy s’opérera toutefois à partir de 1945. On se tournera alors vers les premiers Prix de Rome.» Il y eut même une loi d’exception votée en 1946 pour Oradour-sur-Glane. «Parce que situé juste à côté du village martyre, le plan de reconstruction fut confié à l’architecte des Monuments historiques et non à un urbaniste, semble regretter Benoît Sadry, élu de la commune. Les futurs habitants n’ont à aucun moment été associés.»

Guernica, péché originel de la Seconde Guerre mondiale, offre une autre lecture de la reconstruction: « Le franquisme a poursuivi son dessein à travers la reconstruction», ne peut que déplorer son maire adjoint. Emmanuel Pouille abonde en soulignant qu’«au final c’est souvent le projet politique qui prime. Dubrovnik, Mostar ne se sont pas posé la question, il fallait affirmer une identité nationale». Et d’ajouter: «En France non plus il n’y a jamais eu de débat quand il s’est agi de reconstruire. Après 14-18, on a fait les choses de façon très cocardière. Mais c’est tout de même à la Grande Guerre que l’on doit la loi Cornudet, avec laquelle naît en 1919 l’urbanisme contemporain.»

Alors, Saint-Malo, reconstituée à grands frais, ou Le Havre, livrée à l’imagination d’Auguste Perret, où est la vérité ? «Dans la confrontation des projets politiques, estime Patrice Vergriete, le maire de Dunkerque, où là encore l’Etat décida de tout. Il serait bon de mettre un peu de démocratie dans tout cela. C’est aussi le sens de ce colloque. Nos villes, de par leur vécu, ont sans doute, plus que les Etats-nations, un message à faire passer au moment où les sentiments nationalistes progressent un peu partout de façon inquiétante.» A l’instant où Patrice Vergriete prononce ces mots, une colonne de soldats britanniques, commandée par le capitaine Nolan, passe devant le palais des congrès, rappelant que cette histoire dramatique n’est pas si lointaine et que les vieux démons sont toujours prompts à resurgir.

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