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Qualité de l'air intérieur : "Il faut une profession de «ventiliste»"

Propos recueillis par Eric Leysens |  le 07/04/2011  |  InternationalFrance entière

Spécialiste en Oto-rhino-laryngologie et Professeur associé en ingénierie des stratégies de santé dans les bâtiments à l'Université d'Angers, Suzanne Déoux pointe les risques sanitaires que peut poser l'émergence des bâtiments basse consommation sur la qualité de l'air.

Que pensez- vous de la montée en puissance de la ventilation double flux ?
En France, on est dans une culture du simple flux. Le développement du double flux impose une nouvelle philosophie. Il faut que cette montée en puissance de la VMC double flux soit accompagnée de l'émergence d'une nouvelle profession : « ventiliste ». Ce néologisme pourrait regrouper tous les professionnels capables de concevoir un système de ventilation dans son intégralité (entrée, sortie, conduits, ventilateurs,...). Des professionnels qui devraient toujours avoir en tête des règles de base comme l'idée que l'on ne peut pas rentrer plus d'air qu'il n'en sort, notion triviale trop souvent ignorée aujourd'hui sur les chantiers. Si les bouches d'extraction installées ne permettent que d'évacuer 30m³/heure, on ne pourra pas en amener plus dans le bâtiment. Tous les éléments constituant le système de ventilation doivent donc être conçus de manière à fonctionner harmonieusement. Et, à la réception, il est impératif de vérifier ce bon fonctionnement. Si, par exemple, du fait d'un sur ou sous-dimensionnement des conduits, une ventilation fonctionne au-delà de sa puissance nominale, elle risque de faire du bruit. L'occupant peut alors être tenté de l'arrêter régulièrement et donc de respirer un air intérieur non renouvelé et de mauvaise qualité. Le changement de culture concerne également l'occupant. Ce dernier doit apprendre à entretenir son installation.

Que pensez-vous de la gestion des filtres des VMC double flux ?
Souvent, les filtres installés sont de type G4 (filtre grossier). Il faudrait au minimum des filtres fins de type F7 (rendements moyens de filtrage de 80-90% pour des particules de la grandeur de 0,4?m). Il faut également que les occupants prennent l'habitude, en zone urbaine, de les changer au minimum deux fois par an ; en zone rurale, une fois après la pollinisation. Sans quoi, le filtre devient lui-même une source de pollution.

Comment convaincre les acteurs du bâtiment et les occupants de prêter attention aux aspects sanitaires sous-jacents à ce changement de culture que vous évoquez ?
Aujourd'hui, la problématique énergétique étant prépondérante, elle doit également servir à prévenir, indirectement, des risques sur la santé. Il faut mettre en avant la surconsommation que provoquerait une mauvaise installation ou un manque d'entretien. On a, par exemple, installé dans une école un voyant signalant que le système de ventilation surconsomme. De façon indirecte, il sert à prévenir de la dégradation de la qualité de l'air.

Y-a-t-il des systèmes permettant de mieux concilier basse consommation et haute qualité de l'air que la VMC double flux ?
Système d'origine scandinave, la ventilation par déplacement permet d'améliorer la qualité de l'air sans ventiler plus. Elle diffuse à partir à partir de plusieurs petits diffuseurs placés dans le sol ou au bas du mur et balaye la zone d'occupation qui la réchauffe, apportant ainsi un air de qualité au plus près de l'occupant. Elle évite ainsi de diluer le polluant mixant air neuf et air vicié comme le font les autres systèmes de ventilation. On la propose actuellement en France pour les grands volumes, théâtre et salles de sports, où les bouches de soufflage sont placées sous les gradins.

Quelles sont les principales sources de pollution de l'air intérieur ?
En premier, on trouve le tabagisme dans le bâtiment. Et, de manière générale, toutes les combustions : encens, papiers d' Arménie.... L'intérêt actuel porté sur les composés organiques volatils (COV) comme le formaldéhyde ne doit pas faire oublier que la pollution de l'air intérieur la plus dangereuse provient des fumées.

Et la pollution microbiologique due aux moisissures ?
Ce que l'on peut regretter concernant la pollution microbiologique, c'est que l'étiquetage sanitaire des matériaux du bâtiment ne concerne que les COV et ne s'intéresse pas à la résistance aux moisissures de ces derniers. A propos, il faut absolument proscrire les poêles à pétrole qui pour un litre de combustible consommé dégagent un litre de vapeur d'eau, sans compter le benzène et toutes les autres molécules issues de la combustion.

Suzanne Déoux vient de publier "Bâtir pour la santé des enfants" aux éditions Medieco

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