Transport et infrastructures

Qatar 2022 : Si loin, si proche

Pour accueillir la prochaine Coupe du monde de football, l’émirat du Moyen-Orient devra construire neuf stades et en rénover trois. Une manne qui aiguise l’appétit des grands constructeurs, plus d’une décennie avant la compétition.

Depuis le 2 décembre, date de désignation du Qatar pour accueillir la Coupe du monde de football en 2022, le site Internet officiel de la candidature ne fonctionne plus, bloqué par l’afflux de visiteurs (www.qatar2022bid.com). Ce « bug » sonne également comme un symbole du flou qui entoure le projet de l’émirat du Moyen-Orient pour organiser la plus importante compétition sportive au monde, avec les Jeux Olympiques d’été.
Première incertitude, et de taille : la date de cette 22ème édition de la Coupe du monde. La compétition se tient traditionnellement en été mais la chaleur moyenne au Qatar à cette période de l’année, qui peut atteindre 45/50°C, rend problématique la pratique du sport en extérieur. Depuis la désignation, l’idée d’une « World Cup » en hiver – a priori farfelue – est évoquée et reprise par de hautes sommités du football, notamment le président de la FIFA, Sepp Blatter, et de l’UEFA, Michel Platini. Si le CIO, qui organisera les Jeux Olympiques d’hiver en 2022, s’y oppose fermement, l’hypothèse fait son chemin.
Ce changement de calendrier aurait des conséquences très importantes pour la construction des stades. En mai dernier, cheikh Mohammad ben Hamad Al-Khalifa, fils de l’émir et président du Comité d’organisation Qatar 2022, avait assuré que les stades seraient couverts et climatisés, ajoutant même une dimension durable au projet : « Nous allons construire des stades où la température ne dépassera pas les 27 degrés centigrades, en utilisant une technologie fonctionnant à l’énergie solaire avec des émissions réduites de CO2 ». Reste que la perspective de jouer « indoor » n’emballe pas le monde du ballon rond, ni ses supporters, et que le Qatar a beau être très riche (3ème rang des réserves mondiales de gaz), l’addition risque d’être salée.
Quelle que soit la décision prise, le programme de réalisation des stades (neuf à construire et trois à rénover), tous situés dans un rayon de 50 km et prévus pour accueillir de 43 000 à 86 000 personnes dans un pays aussi faiblement peuplé (744 000 habitants au total) suffit à donner le tournis. Pour illustrer la monstruosité écologique que représente la candidature du Qatar, il suffit de préciser que la construction de cinq stades est envisagée dans la seule capitale Doha, soit 300 000 spectateurs potentiels dans une ville qui ne compte que 400 000 habitants ! Conscient de ces défauts, l’Emirat a d’ailleurs précisé que la plupart des stades seront modulables et démontés pour être offerts, au terme de la compétition, à des pays en voie de développement. Dans le dossier de candidature, cinq esquisses de nouveaux stades ont en tout cas été présentés par l’agence allemande Albert Speer. Le fils de l’architecte du régime nazi a évoqué un stade bâti sur le modèle d’un boutre (bateau traditionnel), qui sera proche du futur pont entre le Qatar et Bahreïn, et un autre en forme d’huître doté d’un toit mobile. Outre les stades, la construction d’un réseau ferré national et urbain confié à la Deutsche Bahn (BEM du 30/11/09, p.13), de 900 000 chambres d’hôtels ou encore de routes sont au programme.

Vinci bien placé

Les grands groupes de BTP européens, s’ils se montrent discrets et indiquent que la compétition n’aura lieu que dans onze ans, sont évidemment aux aguets. Le mieux placé semble être le Français Vinci, fort de la présence à son capital à hauteur de 5,8 % de Qatari Diar, le fond souverain du pays. « Nous sommes en capacité de construire un stade », indique le groupe qui peut compter sur QDVC, filiale commune à Qatari Diar et Vinci Construction Grands Projets, crée en 2007 et qui emploie 1 700 personnes.
Le n°1 du BTP européen réalise actuellement une station de pompage des eaux, un tramway de 25 km et quatre parkings. Quant au projet de pont de 40 km entre le Qatar et le Bahreïn, qui devra être construit en collaboration avec la Deusch Bahn et Hochtief, il est bloqué pour des raisons politiques. Le major allemand (et sa filiale ViCon) semble être l’autre acteur fort de la région. Hochtief est en charge de la construction de la ville nouvelle, Lusail City. Bouygues n’arriverait pas non plus en terrain inconnu. Deux filiales y sont déjà présentes : Bouygues Bâtiment International et ETDE pour construire le Barwa Financial District, à Doha. Il s’agit d’un complexe immobilier comprenant notamment neuf tours de bureaux de 18 à 52 niveaux.
« Bouygues Construction bénéficie d’une expérience majeure dans le domaine des stades car elle réalise notamment le Sportshub de Singapour, plus gros PPP sportif du monde. Il s’agit d’un vaste complexe sportif avec stade rafraîchi », indique judicieusement le groupe au BEM.
Les Portugais, notamment Mota Engil, les Italiens en nombre (Astaldi, Impregilo, Pizarrotti…), le Belge Besix, le Suisse Implenia – qui a fait du Moyen-Orient sa priorité – ou encore le Polonais PBG (BEM du 27/12, p.9) sont déjà dans les « starting-blocks ».
Pour tous ces groupes, la Coupe du Monde du Qatar ne sera à coup sûr pas un four !

 

AU SOMMAIRE DU BULLETIN EUROPEEN DU MONITEUR

Fonds de cohésion : priorité à la croissance durable ». À l’occasion du « 5ème forum sur la cohésion », la Commission a appelé les États membres à orienter leurs demandes en ce sens pour la période d’investissement 2014-2020.
BTP européen : la situation ne s’améliore pas en novembre. Selon Eurostat, la production du secteur a reculé de 6,8 % dans la Zone Euro et de 1,7 % dans l’UE27 durant le mois de novembre en variation annuelle.
Ministère de la Défense britannique : des partenariats à décrocher. Un appel d’offres pour une série de contrats-cadres régionaux a été lancé en Angleterre et en Écosse pour une valeur totale d’1,7 milliard d’euros.
Un programme pour relancer le BTP hongrois. Le plan gouvernemental « Margareta », qui vise à relancer à court terme le secteur en misant sur la construction durable, vient d’être présenté.
Tunisie : la commission « Grands projets » supprimée. Placé sous la tutelle de la présidence de la République de l’ancien régime, cet organisme gérait des programmes financés notamment par des fonds du Moyen-Orient.
Mondial 2018 : le stade de Saint-Pétersbourg revu à la hausse. En vue de la compétition de football, l’ancienne capitale de la Russie promet d’investir 811 millions d’euros, soit environ 30 % de plus que prévu.
Roumanie : extension du métro. La société Metrorex, qui gère l’équipement, vient de lancer un appel d’offres pour un tronçon de 7,8 km.
Italie/France : le Tunnel du col de Tende débloqué. Une commission intergouvernementale a approuvé les propositions de l’Anas, ce qui permet de faire repartir la procédure d’appel d’offres.
Strabag compte sur la Pologne et mise sur la Russie. Le major autrichien, qui devrait être en mesure de faire progresser son chiffre d’affaires de 5 % en 2011, estime que son avenir est chez le « Colosse aux pieds d’argile ».
Égypte : la production des cimentiers européens perturbée. La révolte populaire qui agite le pays a également incité ces grands groupes, notamment Lafarge, à évacuer la plupart de leurs salariés.
Projet de règlement « Produits de construction ». Suite à un accord avec le Conseil, le Parlement européen a adopté en deuxième lecture, le 18 janvier, le futur règlement qui remplacera la directive DCP. Le BEM publie les principaux articles de ce texte.

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