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Propositions pour relancer les TP

NATHALIE MOUTARDE |  le 10/01/1997  |  Collectivités localesConjonctureFrance Europe

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-André Clappier, président de la fédération régionale des TP d'Ile-de-France, fait des propositions pour 1997 après la tenue de l'assemblée générale du 7 janvier.

Comment jugez-vous la conjoncture actuelle dans les travaux publics franciliens ?

andré clappier. Aujourd'hui, la situation est grave et elle s'annonce catastrophique pour 1997. La dernière note de conjoncture, qui date de septembre 1996, fait apparaître, sur un an, une diminution du volume des travaux réalisés de 10,70 %.

Mais ce qui nous inquiète plus particulièrement, c'est la baisse du volume des marchés conclus : sur un an, elle s'élève à 20 %, et elle atteint même 25 % sur les six derniers mois. Nous allons en ressentir durement les effets dans les mois qui viennent.

Quant aux effectifs, ils ont chuté de 7 %, ce qui représente environ 5 000 emplois. La région francilienne est actuellement beaucoup plus sévèrement touchée par la crise que la France entière où la chute d'activité n'a pas dépassé 8 % en 1996. En 1997, le recul d'activité en Ile-de-France devrait être le double de celui enregistré au niveau national (entre 6 % et 8 %).

Quant aux perspectives, elles ne sont pas très encourageantes. Alors que le schéma directeur d'Ile-de-France prévoit 250 milliards de francs d'investissement sur vingt-cinq ans, soit 10 milliards par an, seuls 4,7 milliards sont dépensés annuellement. Par ailleurs, nous n'avons obtenu qu'une réponse relativement négative de la part du conseil régional d'Ile-de-France concernant la possibilité pour les régions de contracter un emprunt pour pallier la défaillance de l'Etat dans le cadre du contrat de Plan.

Quelles sont les propositions de la fédération régionale pour relancer l'activité ?

Les collectivités locales sont manifestement frileuses. Il fut un temps où les maires étaient jugés à travers leurs réalisations. Aujourd'hui, ils sont jugés sur leur prudence et sur leur capacité à ne pas augmenter, voire à diminuer les impôts. Notre rôle est d'abord d'expliquer aux élus locaux qu'investir signifie réaliser de nouvelles infrastructures et également entretenir le patrimoine.

Ensuite, dans le contexte actuel, où les Français considèrent qu'ils sont surimposés, notre message consiste à leur dire : « A niveau d'impôt équivalent, réduisez vos dépenses de fonctionnement pour pouvoir augmenter vos dépenses d'investissement. »

L'Ile-de-France se caractérise par l'explosion des coûts des infrastructures. Comment peut-on les financer ?

Les collectivités publiques, qu'il s'agisse de l'Etat ou des autres collectivités locales, n'ont plus aujourd'hui les ressources suffisantes pour financer les grandes infrastructures de transport en Ile-de-France. Il faut donc que chacun accepte de payer son écot, et que l'usager paie un peu mieux la réalité du coût des choses. Cette idée-là progresse et a trouvé sa première traduction avec l'instauration du péage sur l'A14.

Mais je pense que le financement des infrastructures ne sera pas assuré par une seule mesure mais par un ensemble de dispositions. Il va falloir faire preuve d'imagination.

D'ores et déjà, différentes possibilités existent. La direction régionale de l'équipement réfléchit, par exemple, à l'instauration d'une « vignette émeraude ». D'un montant de 600 francs, soit 1 % du « budget automobile » des ménages franciliens, elle permettrait de rapporter entre 2 et 3 milliards de francs par an.

Il faut également développer le système des concessions. Mais désormais, compte tenu de l'explosion des coûts, il suppose presque obligatoirement une participation de la collectivité publique. On peut aussi s'intéresser au « péage fictif » (1) - un dispositif déjà adopté en Grande-Bretagne - ou augmenter les péages sur les autoroutes pour entrer en Ile-de-France.

Différentes sources de financement sont donc envisageables, mais il faudra faire preuve de courage politique et de réalisme pour les mettre en application. Cela suppose encore une fois des économies au niveau des dépenses de fonctionnement.

Quels sont vos objectifs pour 1997 ?

Sur les 660 entreprises que compte la fédération régionale, 550 ont moins de 50 salariés. Ces PME sont aujourd'hui aux abois. Les carnets de commandes de certaines d'entre elles ne dépassent pas trois semaines. A court terme, notre priorité est donc de les aider à obtenir des marchés auprès des communes. C'est l'objet des emprunts Codevi. Nous devons aussi les aider à mieux construire, monter et expliquer leurs plans sociaux.

A moyen terme, notre objectif est de bien faire comprendre notre message sur la baisse des dépenses de fonctionnement et la hausse des dépenses d'investissement, seule mesure permettant de dégager les ressources nécessaires pour le développement harmonieux de l'Ile-de-France.

propos recueillis par nathalie moutarde

(1) Le concessionnaire est rémunéré par l'Etat en fonction de l'importance du trafic - les usagers ne payent pas (« Le Moniteur » du 8 novembre, p. 23).

PHOTO : André Clappier : «Réduisez les dépenses de fonctionnement et augmentez l'investissement.»

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