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Projet urbain - Euroméditerranée s'étend avec vue sur la mer
DESSIN - 283274.BR.jpg - © FRANÇOIS LECLERCQ

Projet urbain - Euroméditerranée s'étend avec vue sur la mer

Gilles Davoine et Jean-Marc Matalon |  le 29/01/2010  |  EnergieLogementArchitectureAménagementUrbanisme

A Marseille, l'opération d'intérêt national Euroméditerranée s'agrandit de 170 ha avec un programme comptant 14 000 logements. Le projet retenu, de l'architecte François Leclercq, offre à la ville une nouvelle corniche sur la mer et un parc urbain.

Un boulevard promenade en surplomb du port avec vue sur la mer et un parc linéaire de 14 ha serpentant sur 2 km à travers les nouveaux quartiers d'habitat : parions que ces deux figures urbaines - qui sont aussi deux promesses faites aux habitants - deviendront les emblèmes de l'extension d'Euroméditerranée - couramment appelée Euromed II -, 170 ha rajoutés au périmètre actuel qui en compte 310. Le programme du concours d'urbanisme demandait de prévoir l'implantation de quelque 14 000 logements, 500 000 m 2 de bureaux, des hôtels et des grands équipements polyvalents pour abriter des manifestations (sports, concerts, spectacles, congrès.).

Par rapport à Euromed I, qui ne prévoyait la construction que de 4 000 logements neufs, l'accent est donc fortement mis sur l'habitat. « Marseille, qui perdait des habitants depuis les années 1970, a vu cette hémorragie s'arrêter à la fin des années 1990 et la courbe démographique est repartie à la hausse dans les années 2000 avec, en moyenne, 5 000 habitants par an et même une nette accélération dans les deux dernières années », explique François Jalinot, directeur d'Euroméditerranée.
Il s'agit donc d'implanter toutes les catégories d'habitat sur le site d'Euromed II, c'est-à-dire dans une zone proche du centre-ville, bien desservie par les transports en commun, plutôt qu'en périphérie avec des longs temps de trajet en voiture. Mais le projet prévoit également une quantité de bureaux égale à celle d'Euromed I.

L'accent sur la qualité de vie

Pas question pour autant de construire un nouveau centre d'affaires. « Si l'objectif principal d'Euromed I était de renforcer l'attractivité économique de Marseille, Euromed  II visera surtout à construire tous les éléments apportant de la qualité de vie aux habitants actuels et nouveaux », plaide Guy Tessier, le président d'Euroméditerranée. Ce territoire sera plus vert, moins enclavé, plus ouvert aux étudiants, actifs et retraités. » Bénéficiant du label ministériel « Ecocité », l'extension de l'opération d'intérêt national privilégiera les solutions innovantes en matière de gestion des déchets ou d'énergies renouvelables. « Nous réfléchissons, par exemple, à installer un système de géothermie marine pour chauffer et rafraîchir les logements », précise Guy Teissier.
C'est donc bien une véritable ville dans toutes ses composantes qu'il s'agissait d'esquisser lors du « concours de maîtrise d'œuvre urbaine », remporté fin 2009 par l'architecte urbaniste François Leclercq associé aux paysagistes de l'agence TER, devant Bruno Fortier et Nicolas Michelin. Une ville à installer sur un site aujourd'hui peu habité, 3 000 personnes en tout, réparties dans deux « noyaux villageois » phagocytés par des infrastructures ferroviaires et autoroutières, et leurs cortèges de zones d'entrepôts et de terrains délaissés.
Cette zone qui comporte plusieurs dizaines d'hectares en friche, véritable réservoir foncier détenu par quelques grands propriétaires institutionnels, bénéficie d'une situation urbaine exceptionnelle : à quelques encablures du centre-ville, facile à desservir par les transports en commun - lignes de métro et de tramway existantes qu'il suffit de prolonger - et, surtout, en balcon au-dessus du port et de la mer.

Plateau dominant la mer

C'est cette situation en hauteur, sur un plateau dominant de 15 à 20 m le rivage, que le projet Leclercq parvient bien à exploiter et à valoriser. « Nous avons cherché à établir le lien le plus étroit possible entre ce site et la mer, ce qui passait notamment par l'amélioration de l'interface ville-port », dit François Leclercq. Or, le principal obstacle visuel entre la ville, son port et la mer est le viaduc autoroutier de l'A55 qui longe la côte. Si le projet Fortier proposait de l'enfouir et le projet Michelin de le conserver et de le rénover, le projet Leclercq préconise de le démolir et de construire une voie rapide à la même hauteur mais enchâssée dans le rebord du plateau. Une infrastructure semi-enterrée de façon à laisser les vues latérales sur la mer qui singularisent fortement, depuis cinquante ans, l'entrée dans Marseille quand on arrive du nord en voiture.
Et, en couverture de la voie rapide, en bordure du plateau, un boulevard-promenade de près de 1,5 km de longueur et de 30 m de largeur deviendra l'une des épines dorsales du quartier. Le long de cette « corniche » - pendant de la corniche Kennedy desservant au sud de la ville les « beaux quartiers » -, s'égrèneront des programmes de bureaux, d'hôtels ou d'équipements avec vue sur la mer.

Habitat et commerces donnant sur une coulée verte

L'autre élément remarquable du projet consiste, au cœur de la zone, à profiter du relief en creux et des pentes naturelles de ruissellement des eaux pluviales pour aménager, en lieu et place du faisceau ferroviaire de la gare désaffectée du Canet, un parc linéaire de 2 km de longueur sur une largeur de 60 à 120 m. Ce parc « humide », installé en fond de vallée de l'ancien ru des Aygalades - aujourd'hui canalisé sous terre -, serait creusé jusqu'à la nappe phréatique pour assurer la présence permanente de l'eau et récupérerait les eaux de pluie, dont celles des toitures des bâtiments. Car, de part et d'autre de cette bande verte de 14 ha, seront disposés les programmes d'habitat et de commerces, selon une trame de rues et d'îlots reprenant celle des quartiers voisins.
A partir de ce projet, défini dans ses grandes lignes, l'équipe de François Leclercq devra, en 2010, élaborer un « plan guide » plus précis avant de mener les études urbaines de la première ZAC qui sera créée dès 2011. La réalisation de ce projet, qui prendra probablement plus d'une décennie, exigera un investissement total, public et privé, évalué à 3,5 milliards d'euros
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Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage urbaine : Etablissement public Euroméditerranée (opération d'intérêt national).
Maîtrise d'œuvre urbaine : François Leclercq, architecte urbaniste ; avec Rémy Marciano, architecte, et Jacques Sbriglio, architecte ; TER (Olivier Philippe), paysagiste ; Setec-Partenaires et Développement (Cadet International, Setec bâtiment, Setec international, Hydratec), bureaux d'études.
Programme : 14 000 logements, 500 000 m 2 de bureaux, 100 000 m 2 d'équipements publics, 100 000 m 2 de commerces, 14 ha d'espaces verts (30 000 habitants, 20 000 emplois).
Investissement total estimé : 3,5 milliards d'euros (dont 700 millions publics).

FRANÇOIS LECLERCQ, architecte-urbaniste, lauréat du concours de maîtrise d'œuvre urbaine Euromed II

«Notre objectif est ici d'inventer une ville durable, adaptée au climat méditerranéen, c'est-à-dire en utilisant le vent, le soleil, les pluies et la mer. En matière d'énergie, nous étudions la production de chaud et de froid à partir de la géothermie marine. Il s'agit de mettre en place une '' boucle à eau de mer '', qui permet de rafraîchir ou de réchauffer les bâtiments selon la saison. En matière de construction, il s'agit d'optimiser les apports solaires et de retrouver un peu les recettes anciennes : travail sur l'orientation des bâtiments, sur les ombres et les protections solaires extérieures, forte isolation des murs, ventilation naturelle. Enfin, en matière d'eaux de pluie, qui sont violentes et très concentrées, le parc humide permettra de les gérer, de les absorber et de les valoriser avec des niveaux d'inondabilité variables, tout en améliorant la biodiversité. »

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