Profession

Profession paysagiste : le statut se joue au parlement

Mots clés : Aménagement paysager - Démarche environnementale


Le statut légal de la profession de paysagiste concepteur pourrait se jouer le 24 juin, à la faveur d’un amendement, lors du débat parlementaire consacré à la loi sur la biodiversité.


« Jamais nous n’avons été aussi près du but » : Jean-Marc Bouillon, président de la Fédération française du paysage qui a tenu son assemblée générale le 13 juin à Rouen, déploie toute la capacité de lobbying de la profession dans la bataille du statut. Fil rouge de l’action de la fédération depuis 20 ans, ce combat bénéficie du soutien de toute l’interprofession regroupée au sein de Val’Hor : « Les paysagistes concepteurs apportent à nos métiers leur caution intellectuelle et culturelle », argumente le président de l’association interprofessionnelle Dominique Douard, à quelques semaines de la fin de son mandat.

 

Soutien prudent de l’Etat

Déjà l’an dernier, les paysagistes avaient cru emporter le morceau grâce à l’appui de l’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho. Ils reprennent l’offensive avec une nouvelle arme : l’étude juridique financée par Val’hor et confiée à Joel Moret-Bailly, enseignant chercheur à la faculté de droit de Lyon et spécialiste du droit des professions. Certes, le soutien officiel de l’Etat, réaffirmé à Rouen, ne va pas sans hésitations : « Bruxelles s’oppose à tout ce qui pourrait s’apparenter à une entrave à la libre concurrence », prévient Karine Mangin, chargée de mission au Bureau des paysages et de la publicité du ministère de l’Ecologie. Mais la profession a déjà déminé ce terrain : « Il ne s’agit pas de créer un nouvel ordre professionnel, et encore moins de défendre un quelconque pré carré, mais simplement de rendre possible un libre choix », martèle Jean-Marc Bouillon.

 

Consultations publiques orientées

 

Pour démontrer que l’absence de reconnaissance professionnelle des paysagistes entrave la liberté de choix de ses clients publics, la FFP a épluché 77 000 appels d’offres consacrés à l’aménagement, et correspondant à des opérations totalisant cinq milliards d’euros d’honoraires : les mots « paysage » et « paysagiste » n’y apparaissent que 160 fois, contre 2500 références aux métiers de l’architecture et de l’urbanisme. En amont de cette analyse, la fédération brandit son code de déontologie, adopté lors de son assemblée générale de 2013. Elle rappelle le travail de définition des mots clés de la profession libérale, de son périmètre, de son contenu, ainsi que des formations initiales et continues qui conditionnent son exercice. Les paysagistes reconnaissent toutefois une lacune en voie de comblement : « Contrairement aux autres composantes de l’interprofession, nous ne connaissons pas nos chiffres clés, qu’il s’agisse du nombre de professionnels ou de leur chiffre d’affaire cumulé », concède Jean-Marc Bouillon. Une étude en cours vise à combler ce vide.

 

La bataille du made in France

 

Pour compléter l’espoir d’une conclusion heureuse du combat statutaire des paysagistes concepteurs, l’interprofession annonce une autre perspective : grâce à des rentrées fiscales qualifiées de « satisfaisantes » par Val’hor et suite à la vente de l’ancien siège de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), une maison commune pourrait regrouper les principaux organismes de la filière. Cette cohésion nouvelle suffira-t-elle pour gagner la bataille du made in France, menée en direction des paysagistes par les producteurs de végétaux ? 24 pépiniéristes ont déjà adhéré au « pôle paysage partenaire » créé dans ce but : « Plus des deux tiers de vos plantations proviennent de l’importation. Nous espérons inverser cette tendance et atteindre au moins 80 % de vos livraisons », proclame Michel Le Borgne, l’un de leur porte-parole. Le pôle vise 40 adhésions avant la fin 2014.

 

Ecologie et paysage : vers des compromis créatifs

 

Sur le thème « Ecologie et paysage, un mariage impossible ? », la table ronde finale de l’assemblée générale a démontré en direct que des compromis féconds permettent de sortir par le haut des débats difficiles. Plusieurs formules choc ont d’abord rappelé les facteurs de blocage : « Un mariage suppose des concessions. Je ne les sens pas. On va vers le divorce », juge Philippe Leroy, maire de Franqueville-Saint-Pierre, commune périurbaine de 5600 habitants dans l’agglomération rouennaise. « Le modèle des écologues, c’est la friche, tandis que celui des paysagistes, c’est le jardin à la française », constate de son côté Charles Dumoulin, vice-président de l’association française des ingénieurs écologues.
Tous constatent néanmoins les progrès du dialogue sur le terrain, et deux initiatives jettent les bases d’une structuration théorique du croisement de compétences : l’association interprofessionnelle des écologues lance une réflexion sur ses coopérations avec les architectes et paysagistes ; le 27 juin, se déroulera à Angers la soutenance d’une thèse consacrée à l’évolution du métier de paysagiste au regard de l’écologie.

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